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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405609

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405609

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B, ressortissant comorien, qui contestait l'arrêté du préfet du Finistère du 12 septembre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, de défaut de motivation et d'examen insuffisant, jugeant l'arrêté régulier. Il a également considéré que le préfet n'avait pas méconnu l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté 12 septembre 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet Finistère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, d'instruire sa demande et de se prononcer sur son droit à un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'examen particulier de la décision ;

- il méconnaît l'article L.423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Radureau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien né le 4 juin 1997, est selon ses déclarations arrivé à Mayotte en 2015 pour rejoindre son père. Il a obtenu une carte de séjour " vie privée et familiale " valide du 10 janvier 2018 au 9 janvier 2019, ne l'autorisant à séjourner qu'à Mayotte en application de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est cependant entré en métropole le 10 octobre 2018. Par un arrêté du 10 juin 2020, le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B le titre de séjour qu'il sollicitait. Par un jugement n° 2002620 du 8 octobre 2020 le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête présentée contre cet arrêté. Se maintenant sur le territoire il a sollicité le 1er février 2024 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en invoquant son mariage avec une ressortissante de nationalité française. Par l'arrêté attaqué du 12 septembre 2024, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet du Finistère a donné délégation, selon arrêté du 2 septembre 2024 dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 29-2024-119 du même jour, à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les dispositions des articles L. 611-1 3° et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les éléments se rapportant à la situation personnelle et administrative de M. B. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de la motivation de l'arrêté que le préfet du Finistère a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de l'intéressé, au regard de sa demande de titre de séjour et des éléments se rapportant à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 423-2 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'un ressortissant français peut être délivrée lorsque l'étranger justifie cumulativement d'une entrée régulière sur le territoire français, d'un mariage en France et d'une communauté de vie effective d'au moins six mois sur le territoire.

7. M. B soutient qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sa qualité de conjoint d'un ressortissant français. Cependant, ainsi que rappelé au point 1 et que l'a jugé le tribunal administratif de Montpellier, M. B a bénéficié d'un titre de séjour, délivré par le préfet de Mayotte, autorisant le séjour sur le seul territoire de Mayotte du 10 janvier 2018 au 19 janvier 2019 et ne justifie pas ainsi être entré régulièrement sur le territoire métropolitain. Dès lors M. B ne justifie pas respecter l'une des conditions fixées par l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B soutient qu'il séjourne sur le territoire métropolitain depuis le mois d'octobre 2018 en cherchant à s'insérer et à régulariser sa situation pour pouvoir travailler. Il indique qu'il forme un couple avec Mme A depuis le mois de février 2021 et se sont mariés le 13 mai 2023. M. B présente notamment une déclaration sur l'honneur de communauté de vie qu'il a signée avec son épouse le 26 août 2023 à Morlaix, indique qu'il vit depuis le mois de janvier 2023 chez ses beaux-parents, produit une attestation d'hébergement en date du 17 septembre 2024 établie par le père de son épouse qui cependant ne mentionne pas la date depuis laquelle il héberge M. B, l'acte de naissance de son fils le 25 septembre 2024 à Morlaix, ainsi que quelques attestations et factures. Cependant les éléments communiqués au préfet du Finistère ainsi que ceux produits dans le cadre de la présente instance, alors même que la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, ne permettent pas d'établir l'ancienneté de la communauté de vie avec Mme A. Si M. B justifie avoir été scolarisé à Mayotte où il s'est vu délivrer le baccalauréat général en 2018 il ne présente aucun élément précis sur les conditions de son séjour depuis le rejet de sa demande de titre de séjour en 2020 et ses perspectives d'insertion en métropole. Il ne démontre pas être isolé aux Comores, où à Mayotte. Dans ces conditions, les circonstances précitées ne suffisent pas à démontrer que le requérant aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale et en lui enjoignant de quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

C. Radureau

L'assesseur le plus ancien,

Signé

T. Grondin

La greffière d'audience,

Signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2405609

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