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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405625

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405625

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. et Mme D. Ces derniers demandaient d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes de mettre en place un accompagnant individuel (AESH) pour leur fille, conformément à une décision de la CDAPH. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car l'enfant était scolarisée à temps complet et bénéficiait d'un soutien de son enseignante, sans que l'absence d'AESH ne fasse peser un risque avéré sur la poursuite de sa scolarité. La décision se fonde sur le code de l'éducation et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 septembre et 8 octobre 2024, M. A D et Mme B E demandent au juge des référés :

1°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'attribuer à leur fille C un accompagnant individuel des élèves en situation de handicap (AESH) à 75 % du temps scolaire, conformément à la notification de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Ille-et-Vilaine du 23 août 2024, dans les plus brefs délais, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 euro au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur fille, née le 5 novembre 2018, porteuse d'un trouble déficitaire de l'attention ne bénéficie d'aucune AESH depuis la rentrée scolaire contrairement à la décision de la CDAPH d'Ille-et-Vilaine du 23 août 2024 et cette absence a des conséquences gravement préjudiciables sur son accès à une scolarisation en milieu ordinaire ;

- la mesure sollicitée est urgente : l'absence d'AESH auprès de C entraîne une difficulté remettant en cause son droit à l'éducation et à la compensation, le droit constitutionnel de l'accès à l'instruction et le droit à des aménagements raisonnables tel que le définit l'article 24 de la convention internationale des droits des personnes handicapées ; cette absence l'expose à un risque de déscolarisation et remet en cause son inclusion en milieu ordinaire ;

- cette mesure, pour les mêmes motifs, est utile et ne souffre d'aucune contestation sérieuse : les aménagements mis en place ne sont pas adaptés à la situation de leur fille, qui a des difficultés pour comprendre les consignes et de les approprier ; le suivi hebdomadaire avec la psychomotricienne et l'ergothérapeute est insuffisant pour l'accompagner dans ses difficultés quotidiennes ; elle est en cours préparatoire, année importante dans l'apprentissage de la lecture et de l'écrit, son comportement s'est dégradé depuis la rentrée scolaire en lien avec les difficultés qu'elle rencontre et il existe un risque d'échec scolaire ;

- cette mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : l'absence d'accompagnement de C, pour insatisfaisant qu'il soit, ne fait pas obstacle à sa scolarisation effective sur l'ensemble du temps scolaire avec une attention soutenue de sa professeure ;

- en dépit de l'augmentation croissante des moyens financiers et humains accordés à l'inclusion scolaire, l'éducation nationale n'est plus en capacité de mettre en œuvre, de manière efficiente, le flux des prescriptions émanant des maisons départementales des personnes handicapées, qui sont en constante augmentation ; le recrutement des accompagnants d'élèves en situation de handicap se heurte de plus à de sérieuses difficultés, notamment dans certaines zones géographiques de l'académie, les emplois apparaissant peu attractifs ; les demandes sont instruites et priorisées selon l'urgence au vu des besoins propres des élèves concernés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. () ".

3. F, née le 5 novembre 2018, est scolarisée en cours préparatoire au sein de l'école publique La Chesnaye à Mordelles. Par une décision du 23 août 2024, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Ille-et-Vilaine lui a attribué une aide humaine individualisée à hauteur de 75% du temps scolaire, valable du 22 août 2024 au 31 juillet 2027.

4. Il résulte de l'instruction qu'aucune aide humaine individuelle n'a été mise en place au bénéfice de C depuis le début de la rentrée scolaire 2024-2025. Toutefois, il est constant que l'enfant est actuellement scolarisée à temps complet et qu'elle bénéficie d'un soutien important de sa professeure pour les activités d'apprentissage et d'entrainement. Dans ces circonstances, les requérants n'établissent pas que l'absence d'AESH aux côtés de leur enfant l'exposerait à un risque avéré pour la poursuite de sa scolarité. Par suite, en l'état de l'instruction, nonobstant les indéniables difficultés rencontrées par les requérants pour obtenir la mise en œuvre de la notification dont bénéficie leur enfant, nécessaire à sa scolarisation dans des conditions et modalités adaptées à son handicap, la condition tenant à l'urgence, requise pour que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ne peut encore être regardée, à la date de la présente ordonnance, comme satisfaite.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme symbolique que M. D et Mme E demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et Mme B E et à la ministre de l'éducation nationale.

Une copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Rennes.

Fait à Rennes, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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