vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | OUESLATI |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 20 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal administratif de Rennes, le dossier de la requête de M. D A pour statuer sur celle-ci.
Par cette requête, enregistrée initialement le 18 septembre au tribunal administratif de Nantes et le 20 septembre 2024, au tribunal administratif de Rennes, M. A, alors au centre de rétention administrative de Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle car, d'une part, il a des attaches en Loire-Atlantique, notamment avec Mme C B, avec laquelle il est en couple depuis avril 2021 et, d'autre part, a des soins à poursuivre au CHU de Nantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 23 septembre 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Rennes a prolongé le maintien en rétention administrative de M. A pour une durée maximum de vingt-six jours,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes,
- les observations de Me Oueslati, avocate commise d'office, représentant M. A, qui conclut en outre à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de l'État au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et fait valoir que le préfet a méconnu le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et que l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- et les explications de M. A, assisté d'une interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des motivations de l'arrêté contesté que M. A est célibataire, sans enfant, et qu'il déclare, sous cette identité être un ressortissant marocain, né en septembre 1993, mais que sous les identités de Djawad Farha et Djawed Farah il indique être né respectivement en septembre 2000 et septembre 1994, qu'il est arrivé en France en juin 2016 et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'est pas titulaire d'un titre de séjour français en cours de validité. Cet arrêté mentionne qu'il a été incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes le 28 novembre 2021, en raison de deux condamnations prononcées, d'une part, par jugement du tribunal correctionnel de Meaux en date du 29 avril 2021, à une peine de douze mois d'emprisonnement, pour des faits de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et vol avec destruction ou dégradation, et, d'autre part, par jugement du tribunal correctionnel de Saint-Nazaire en date du 29 novembre 2021, à une peine de vingt-quatre mois d'emprisonnement, pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, qu'antérieurement, il a été condamné le 16 octobre 2017, par le tribunal de grande instance de Marseille à une amende de 200 euros pour des faits de vol, et le 20 mai 2019, par le tribunal correctionnel de Lyon à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits d'autres destructions, et dégradations de biens privés le 26 janvier 2017 à Saint-Denis (93), vol en réunion le 29 janvier 2017, recel le 29 septembre 2017 à Marseille, vol aggravé par trois circonstances sans violence le 5 décembre 2018 à Saint-Clair-du-Rhône (38), recel de bien provenant d'un vol le 16 mars 2019 à Saint-Denis (93), transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants le 22 février 2020 à Lagny-sur-Marne (77), qu'il a fait l'objet de quatre obligations de quitter le territoire français prononcées à son encontre les 29 septembre 2017 et 31 octobre 2018 par le préfet des Bouches-du-Rhône et les 22 février 2020 et 2 mars 2021 par le préfet de Seine-et-Marne, qu'il s'est soustrait à l'exécution de ces mesures d'éloignement, que s'il déclare être en couple et avoir vécu en concubinage avant son incarcération, il ne peut pas le justifier, qu'il n'a pas d'enfant à charge et est sans domicile fixe, qu'il n'établit pas détenir d'attaches personnelles anciennes, intenses et stables en France, qu'en outre, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère et son frère et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans, que le séjour irrégulier de M. A, la menace à l'ordre public que sa présence représente sur le territoire français et l'absence d'obstacle à ce qu'il quitte le territoire français justifient qu'il soit obligé de quitter le territoire, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a communiqué des renseignements inexacts concernant son identité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces articles s'adressent non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il découle toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
3. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision attaquée, alors qu'il a fait l'objet d'une audition le 4octobre 2021 par les services de la police du commissariat de Lorient, avant l'édiction de l'arrêté en litige, au cours de laquelle il a pu présenter ses observations, notamment par rapport à l'édiction éventuelle par la préfecture " d'une mesure de reconduite à la frontière vous concernant, dans votre pays d'origine ou dans un pays dans lequel vous êtes légalement admissible, éventuellement assortie d'une assignation à résidence ou d'un placement en centre de rétention administratif ". Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A disposerait d'informations tenant à sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, notamment dans le cadre de cette audition ou avant que ne soient prises les décisions en litige, notamment durant sa détention et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être préalablement entendu doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français qu'en juin 2016, qu'il s'y est maintenu irrégulièrement sans déposer de demande de titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution de quatre précédentes mesures d'éloignement et a fait l'objet de plusieurs condamnations comme exposé au point 1, qu'il n'a pas d'enfant à charge et est sans domicile fixe et que s'il déclare être en couple et avoir vécu en concubinage avant son incarcération, il ne peut pas le justifier, alors que notamment s'il déclare vivre avec Mme C B depuis le mois de juin 2021, il avait déclaré dans son audition du 4 octobre 2021 être avec une autre personne prénommée Salma depuis le 15 septembre 2021. Ainsi, M. A, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc, ne justifie d'aucune intégration notable sur le territoire français. Enfin, s'il fait valoir que son état de santé nécessite le retrait d'un kyste de la nuque et, suite à un traumatisme survenu en mars 2023 où il aurait reçu un coup de poing au cours d'une rixe, deux interventions chirurgicales qui sont déjà programmées dans le service maxillo-faciale et stomatologie du CHU de Nantes en octobre prochain, il n'établit pas que ces soins ne pourraient pas être réalisés dans son pays d'origine. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'une ou plusieurs des décisions comprises dans l'arrêté attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale au regard des motifs au vu desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'une ou plusieurs des décisions comprises dans l'arrêté attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.
6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
7. Le requérant ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et le caractère personnel des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il fait état de problèmes de santé pour lesquels il bénéficie d'un traitement en France, il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier de soins dans son pays d'origine, ni qu'il serait isolé dans ce dernier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Loire-Atlantique.
Décision communiquée aux parties le 27 septembre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le magistrat désigné,
signé
G. Descombes La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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