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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405689

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405689

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405689
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du 5 juillet 2024 de la commune de Guéméné-sur-Scorff instaurant une exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties dans les zones France ruralités revitalisation, sur le fondement de l’article 1383 K du code général des impôts. Le requérant, contribuable local, invoquait un défaut d’information des élus en méconnaissance des articles L. 2121-10 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales. Le juge a estimé que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’était pas établie, faute de démonstration d’une atteinte grave et immédiate à un intérêt public ou à la situation du requérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. B A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du 5 juillet 2024 par laquelle le conseil municipal de la commune de Guéméné-sur-Scorff a décidé d'instaurer l'exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties dont bénéficient les immeubles situés dans les zones France ruralités revitalisation mentionnées aux II et III de l'article 44 quindecies A du code général des impôts et rattachés à un établissement remplissant les conditions pour bénéficier de l'exonération de cotisation foncière des entreprises prévue à l'article 1466 G.

Il soutient que :

- la délibération en litige ne figurait pas à l'ordre du jour du conseil municipal inscrit sur la convocation transmise le 28 juin 2024 aux conseillers municipaux en méconnaissance de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales ;

- les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ont été méconnues dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas pu prendre connaissance des documents relatifs à cette délibération en amont de la séance ;

- la question excédait par son importance, celles qui sont susceptibles de relever des questions diverses.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- l'arrêté du 19 juin 2024 constatant le classement des communes en zone France ruralités revitalisation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " () lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Aux termes du I de l'article 1383 K du code général des impôts : " Les communes et les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre peuvent, par une délibération prise dans les conditions prévues au I de l'article 1639 A bis, exonérer de taxe foncière sur les propriétés bâties les immeubles situés dans les zones France ruralités revitalisation mentionnées aux II et III de l'article 44 quindecies A. / L'exonération s'applique aux immeubles rattachés à un établissement remplissant les conditions pour bénéficier de l'exonération prévue à l'article 1466 G, dans les mêmes proportions et pendant la même durée que celle-ci ".

3. La commune de Guémené-sur-Scorff est classée en zone France Ruralités Revitalisation, classement qui rend éligibles les entreprises qui s'implantent sur son territoire à des dispositifs d'exonérations fiscales et sociales. Par une délibération du 5 juillet 2024, le conseil municipal a décidé d'instaurer une exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties sur le fondement des dispositions précitées du code général des impôts. M. A demande la suspension de l'exécution de cette délibération.

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de la délibération en litige, M. A, qui doit être regardé comme se prévalant de sa qualité de contribuable local, se prévaut de ce qu'elle a été prise en méconnaissance du droit à l'information des élus. Si cette circonstance, à la supposer avérée, est de nature à affecter la légalité de la délibération en litige, elle ne saurait toutefois établir par elle-même que l'exécution de cette délibération serait de nature à porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation de M. A ou aux intérêts qu'il entend défendre. Si le requérant évoque les difficultés budgétaires de la commune, il n'apporte aucune justification de nature à établir l'existence d'une situation d'urgence, laquelle ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de cette délibération. Dans ces conditions, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Rennes, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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