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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405690

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405690

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GUILLOTIN LE BASTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 septembre et 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Poilvet, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision n° AGD-01-2024-07-26-A-00107107 du directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 26 juillet 2024 portant refus de délivrance d'un agrément en qualité de dirigeant ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS, à titre principal, de lui délivrer un agrément provisoire en qualité de dirigeant et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ainsi que de lui remettre sans délai et provisoirement, le temps de ce réexamen, un agrément en qualité de dirigeant ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige fait obstacle à la régularisation administrative, ce qui implique qu'il cesse son activité ou commette un délit ; il est exposé à un risque de sanction d'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité et à des condamnations financières ; son établissement était fermé durant l'été, ce qui explique le délai mis à contester la décision ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence et prend acte de la transmission de la délégation de signature ;

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et R. 612-24 du code de la sécurité intérieure ; il justifie de son aptitude professionnelle et de sa connaissance des règles de gestion administrative, comptable et générale d'une entreprise au sens de ces dispositions, qui n'ont pas pour objet ni effet d'imposer qu'en qualité de gérant de discothèque, employant des agents titulaires d'une carte professionnelle d'agent de sécurité, il dispose également de compétences et diplômes en lien avec la sécurité ;

* il ne peut intégrer une formation spécifique aux fins de certification professionnelle, dès lors que cela nécessiterait de s'absenter de son emploi durant plusieurs mois, et ne peut davantage présenter de dossier de validation des acquis de l'expérience, compte tenu de son coût.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ; M. B a attendu presque deux mois, sans motif, pour saisir le juge des référés ; il n'allègue pas se trouver dans une situation financière précaire, ni qu'il serait dans l'impossibilité d'assumer ses charges ; le refus en litige ne le prive pas de la possibilité d'exercer son activité professionnelle ;

- M. B ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : son signataire bénéficie d'une délégation de signature ; le diplôme de licence professionnelle " commerce, spécialité commerce distribution " ne permet pas de justifier de l'aptitude de M. B à exercer les fonctions de dirigeant d'une société de sécurité privée ; la société dont il est le co-dirigeant a fait l'objet d'un contrôle le 20 mars 2024, révélant qu'il emploie entre quatre et six agents de sécurité privée chaque samedi, sans agrément.

Vu :

- la requête au fond n° 2405688, enregistrée le 24 septembre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Me Poilvet, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- les explications de M. B.

Le CNAPS n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été différée au vendredi 11 octobre 2024 à 12 h 00.

Des pièces ont été produites pour M. B, enregistrées le 10 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité, en sa qualité de co-gérant d'une société exploitant une discothèque et disposant d'un service interne de sécurité, la délivrance d'un agrément dirigeant, à laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de faire droit, par décision du 26 juillet 2024, dont l'intéressé, qui a saisi le tribunal d'un recours en annulation demande au juge des référé, dans l'attente du jugement au fond, de suspendre l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'État. / () ". Aux termes de son article L. 612-25 : " Sans préjudice des dispositions prévues par des lois spéciales, l'entreprise dont certains salariés sont chargés, pour son propre compte, d'une activité mentionnée à l'article L. 611-1 n'est pas soumise aux dispositions des articles L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6 à L. 612-8 et L. 612-15. / Toutefois, nul ne peut diriger ou gérer le service interne de sécurité de l'entreprise mentionnée au premier alinéa du présent article s'il n'est pas titulaire de l'agrément mentionné à l'article L. 612-6 ". Aux termes de son article L. 612-7 : " L'agrément prévu à l'article L. 612-6 est délivré aux personnes qui satisfont aux conditions suivantes : / () / 7° Justifier d'une aptitude professionnelle dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / () ". Aux termes de son article R. 612-24 : " Les exploitants individuels, les dirigeants et les gérants ainsi que les employés des entreprises exerçant l'une des activités mentionnées à l'article L. 611-1 du présent code justifient de leur aptitude professionnelle par la détention : / 1° Soit d'une certification professionnelle, enregistrée au répertoire national des certifications professionnelles, se rapportant à l'activité exercée ; / 2° Soit d'un certificat de qualification professionnelle élaboré par la branche professionnelle de l'activité concernée, agréé par arrêté du ministre de l'intérieur ou, s'agissant des activités qui relèvent de l'article L. 6342-4 du code des transports et dont l'exercice requiert une certification au titre du règlement (UE) 2015/1998 du 5 novembre 2015, par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des transports ; / 3° Soit d'un titre de formation ou d'une attestation de compétences se rapportant à l'activité concernée, qui est requis par un État membre de l'Union européenne ou par un des États parties à l'accord sur l'Espace économique européen pour accéder à cette même activité sur son territoire ou l'y exercer. Si l'activité en cause n'est pas spécifiquement réglementée dans cet État, l'intéressé fournit toute pièce établissant qu'il a exercé cette activité dans un ou plusieurs États membres pendant une année au moins, à temps plein ou à temps partiel pendant une durée totale équivalente, au cours des dix dernières années ". Aux termes de son article R. 612-26 : " La certification professionnelle et le certificat de qualification professionnelle attestent notamment de connaissances relatives : / 1° Aux dispositions du présent livre, et plus spécifiquement à celles relatives aux conditions de moralité requises pour l'accès à la profession, aux conditions d'armement, de détention et d'usage des armes, au port des uniformes et insignes, ainsi qu'aux principes d'exercice exclusif de l'activité et de neutralité énoncés aux articles L. 612-2 à L. 612-4, et aux sanctions y afférentes ; / 2° Aux dispositions du code pénal relatives à la légitime défense, à l'atteinte à l'intégrité physique et à la liberté d'aller et venir, à la non-assistance à personne en péril et à l'omission d'empêcher un crime ou un délit ; / 3° Aux dispositions du code civil relatives au respect de la vie privée et du droit de propriété. / Ils attestent, en outre, de savoir-faire relatifs à la mise en œuvre de ces dispositions ". Aux termes de son article R. 612-33 : " Outre les connaissances et savoir-faire prévus à l'article R. 612-26, la certification professionnelle et le certificat de qualification professionnelle des exploitants individuels, des dirigeants et des gérants attestent notamment de la connaissance des règles de gestion administrative, comptable et générale d'une entreprise ".

4. Il résulte des dispositions précitées, éclairées par les travaux préparatoires de la loi n° 2021-646 du 25 mai 2021 pour une sécurité globale préservant les libertés dont sont issues celles, nouvelles, du second alinéa de l'article L. 612-25 procédant d'un amendement gouvernemental, que l'intention de ses auteurs a été, sur ce point précis, de soumettre les dirigeants d'entreprises disposant d'un service interne de sécurité aux exactes mêmes obligations que les dirigeants d'entreprises de sécurité privée, en rendant désormais obligatoire, à compter du 26 novembre 2022, l'obtention d'un agrément dirigeant, dont la délivrance est subordonnée aux mêmes exigences de capacités et certifications professionnelles, incluant tant une certification professionnelle dans le domaine de l'activité de sécurité privée qu'une certification attestant d'une connaissance des règles de gestion administrative, comptable et générale d'une entreprise. Dans ces circonstances, et pour regrettablement trompeuses que puissent apparaître les mentions tant du formulaire de demande d'agrément dirigeant que de la liste des certifications professionnelles donnant aptitude pour l'obtention d'un agrément dirigeant, disponibles sur le site internet du CNAPS, dont il résulte que doit être fourni un diplôme de niveau licence ou plus, soit se rapportant à l'activité privée de sécurité exercée, soit attestant de la connaissance des règles de gestion administrative, comptable et générale d'une entreprise, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le CNAPS en exigeant une certification professionnelle dans le domaine d'activité de la sécurité privée n'apparaît pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

5. Aucun des autres moyens soulevés par M. B, notamment celui tiré de l'erreur d'appréciation quant à la valeur et la suffisance de ses diplômes n'apparaît d'avantage propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, les difficultés matérielles qu'il rencontrerait à obtenir les certifications requises restant sans incidence sur cette légalité.

6. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de la décision n° AGD-01-2024-07-26-A-00107107 du directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 26 juillet 2024 portant refus de délivrance d'un agrément en qualité de dirigeant ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNAPS qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Rennes, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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