Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405698
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405698 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENTIN |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 septembre 2024, 21 juillet 2025 et 2 septembre 2026, sous le n° 2405698, la société par actions simplifiée (SAS) Océane Consulting Data Management, représentée par Me Quentin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 26 juillet 2024 rejetant sa réclamation préalable ;
2°) de lui accorder le remboursement d’une créance de « crédit d’impôt recherche » d’un montant de 178 968 euros au titre de l’année 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n’existe pas de désaccord avec l’administration sur la qualification du personnel pris en compte pour le calcul des crédits d’impôt en litige ;
- les projets de recherche et développement réalisés au cours des exercices en litige relèvent du développement expérimental au sens de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts et remplissent les critères de nouveauté, de créativité, d’incertitude, présentent un caractère systématique et sont transférables et/ou reproductibles ;
- les projets en cause ont permis de lever des verrous technologiques ; la publication des résultats des recherches n’est pas une condition d’éligibilité au crédit d’impôt ;
- elle produit un rapport d’expertise relatif au projet n° 3 confirmant son éligibilité au crédit d’impôt recherche.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2025 et 27 août 2026, la directrice en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Elle oppose une fin de non-recevoir aux conclusions tendant à l’annulation de la décision de rejet du 26 juillet 2024, au motif que cette décision n’est pas détachable de la procédure d’imposition et soutient qu’aucun des moyens soulevés par la société requérante n’est fondé.
II. - Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 24 mars 2026 et 19 juin 2026, sous le n° 2602311, la société par actions simplifiée (SAS) Océane Consulting Data Management, représentée par Me Quentin, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 30 janvier 2026 rejetant sa demande de remboursement d’un crédit d’impôt recherche au titre de l’année 2019 ;
2°) de lui accorder le remboursement d’une créance de « crédit d’impôt recherche » d’un montant de 122 031 euros au titre de l’année 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en estimant dans la décision attaquée que sa demande de remboursement d’un crédit d’impôt au titre de l’année 2019, déposée le 9 octobre 2025, était tardive l’administration a commis une erreur manifeste d’appréciation justifiant l’annulation de cette décision ;
- sa requête relève de la catégorie des recours de plein contentieux et comporte un moyen ;
- les deux projets réalisés en 2019 relèvent du développement expérimental au sens de l’article 49 septies F de l’annexe III du code général des impôts ; le projet n° 1 s’inscrit dans le prolongement des opérations de recherche réalisées en 2018 ; elle produit un rapport d’expertise relatif au projet de 2018 confirmant son éligibilité au crédit d’impôt recherche et dont les conclusions sont transposables au projet n° 1 de 2019 ; le projet n° 2 de 2019 remplit également les conditions d’éligibilité au crédit d’impôt recherche ; l’argument tiré de l’absence d’indicateurs de recherche est inopérant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2026, la directrice régionale des finances publiques de Bretagne et du département d’Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Elle oppose une fin de non-recevoir aux conclusions tendant à l’annulation de la décision de rejet du 30 janvier 2026, tirée de l’existence d’un recours parallèle de plein contentieux et une fin de non-recevoir aux conclusions tenant au remboursement d’une créance de « crédit d’impôt recherche », tirée de l’absence de moyens venant à l’appui de ces conclusions.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les conclusions de Mme Véronique Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Océane Consulting Data Management est une entreprise de services numériques et exerce une activité de conseil, formation et prestations de services en informatique. Elle a fait l’objet en 2019 d’une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. Dans le cadre de ce contrôle un expert a été désigné par la délégation régionale à la recherche et à la technologie de Bretagne afin de se prononcer sur le bien‑fondé des crédits d’impôt recherche déclarés par la société durant la période vérifiée. Dans un rapport du 13 novembre 2019 l’expert a conclu à l’inéligibilité des projets au titre desquels les crédits d’impôt avaient été revendiqués et pour certains d’entre eux remboursés. Par une proposition de rectification du 20 janvier 2020, l’administration a informé la SAS Océane Consulting Data Management de son intention de mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés au titre des années 2016 et 2017 correspondant aux crédits d’impôt recherche de ces deux années, dont le remboursement avait été obtenu, et a rejeté la demande de remboursement d’un crédit d’impôt recherche présentée au titre de l’année 2018. La SAS Océane Consulting Data Management a présenté des observations auxquelles l’administration a répondu en confirmant les rectifications. Le supérieur hiérarchique du vérificateur, saisi à la demande de la société requérante, a fait de même. Le désaccord persistant entre l’administration et la SAS Océane Consulting Data Management a été soumis au comité consultatif des crédits d’impôt pour dépenses de recherche qui a estimé que les projets soumis relevaient de la pure ingénierie et non d’une activité de recherche ouvrant droit au crédit d’impôt en cause. Les cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés des années 2016 et 2017 ont été mises en recouvrement le 20 décembre 2024, et la demande de remboursement du crédit d’impôt au titre de l’année 2018 a été formellement rejetée. La SAS Océane Consulting Data Management a présenté une réclamation le 22 janvier 2024 qui a été rejetée le 26 juillet 2024. Par la première requête visée ci-dessus, enregistrée sous le n° 2405698, la SAS Océane Consulting Data Management demande, dans le dernier état de ses conclusions, le remboursement de la créance de crédit d’impôt qu’elle a déclarée au titre de l’année 2018. Le 9 octobre 2025, la SAS Océane Consulting Data Management a déposé une demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche correspondant à des dépenses effectuées durant l’année civile 2019. Par une décision du 30 janvier 2026 l’administration a rejeté cette demande au motif qu’elle était tardive. Par la seconde requête visée ci-dessus, enregistrée sous le n° 2602311, la SAS Océane Consulting Data Management conteste le bien-fondé du motif pour lequel sa demande a été rejetée et demande le remboursement de sa créance de crédit d’impôt recherche. Ces deux requêtes, introduites par la même société, sont relatives à des questions de même nature et concernent l’application des mêmes textes. Par suite, il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
2. Aux termes de l’article 244 quater B du code général des impôts : « I.-Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, (…) peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant. Le premier de ces deux taux est porté à 50 % pour les dépenses de recherche exposées à compter du 1er janvier 2015 dans des exploitations situées dans un département d'outre-mer. Pour les dépenses mentionnées au k du II, le taux du crédit d'impôt est de 20 %. Ce taux est porté à 40 % pour les dépenses mentionnées au même k exposées, à compter du 1er janvier 2015, dans des exploitations situées dans un département d'outre-mer. / (…) / II. -Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes. Toutefois, les dotations aux amortissements des immeubles acquis ou achevés avant le 1er janvier 1991 ainsi que celles des immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er janvier 1991 ne sont pas prises en compte ; / (…) /b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente ; / (…) / c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis ; / (…) ».
3. Aux termes de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts, dans sa version applicable au litige : « Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : (...) / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ».
4. Aux termes de l’article 49 septies G de la même annexe : « Le personnel de recherche comprend : 1. Les chercheurs qui sont les scientifiques ou les ingénieurs travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes ou de systèmes nouveaux. Sont assimilés aux ingénieurs les salariés qui, sans posséder un diplôme, ont acquis cette qualification au sein de leur entreprise. / 2. Les techniciens, qui sont les personnels travaillant en étroite collaboration avec les chercheurs, pour assurer le soutien technique indispensable aux travaux de recherche et de développement expérimental. / Notamment : / Ils préparent les substances, les matériaux et les appareils pour la réalisation d'expériences ; / Ils prêtent leur concours aux chercheurs pendant le déroulement des expériences ou les effectuent sous le contrôle de ceux-ci ; / Ils ont la charge de l'entretien et du fonctionnement des appareils et des équipements nécessaires à la recherche et au développement expérimental. / Dans le cas des entreprises qui ne disposent pas d'un département de recherche, les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt sont exclusivement les rémunérations versées aux chercheurs et techniciens à l'occasion d'opérations de recherche. ». Pour l’application de ces dispositions, peuvent être qualifiés de techniciens de recherche les salariés qui réalisent des opérations nécessaires aux travaux de recherche ou de développement expérimental éligibles au crédit d’impôt recherche, sous la conduite d’un ou plusieurs chercheurs qui les supervisent, sans qu’y fasse obstacle la circonstance qu’ils ne disposeraient pas d’un diplôme ou d’une qualification professionnelle dans le domaine scientifique.
5. Il appartient au juge de l’impôt, au vu de l’instruction et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si des dépenses sont éligibles au dispositif du crédit d’impôt prévu par les dispositions précitées du code général des impôts.
Sur les conclusions de la requête n° 2405698 :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions en annulation de la décision du 26 juillet 2024 :
6. La demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt constituant une réclamation au sens de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales, la décision la rejetant ou ne donnant que partiellement satisfaction au contribuable est insusceptible de faire l’objet d’un recours ou de conclusions tendant à son annulation. Par suite, l’administration est fondée à opposer à la SAS Océane Consulting Data Management l’irrecevabilité des conclusions de sa requête n° 2405698 tendant à l’annulation de la décision du 26 juillet 2024.
En ce qui concerne la demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt relative à des dépenses effectuées en 2018 :
7. Le projet à l’origine du crédit d’impôt recherche en litige au titre de l’année 2018 correspond, selon la société requérante, à des opérations de développement expérimental au sens du c de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts. Il a été soumis pour expertise à un expert désigné en application de l’article R. 45-B1 du livre des procédures fiscales.
8. Ce projet a eu pour objet l’analyse comportementale et le processus cognitif, afin d’anticiper et d’optimiser le traitement des flux d’informations de différentes natures. Il s’inscrit dans la suite de projets antérieurs qui avaient pour objet de concevoir des composants d’un service vocal interactif dans une chaîne de traitement « Business process management ». Ce projet avait pour ambition de proposer une solution capable non seulement d’analyser et comprendre le comportement humain, mais aussi d’intégrer et de s’appuyer sur les éléments connexes à ce comportement. Sa réalisation s’est appuyée sur trois concepts techniques, l’apprentissage grâce à la capture de concepts prédéfinis comme les comportements, la posture, les gestes, les mouvements, les habitudes et méthodes de travail d’une personne ou d’un groupe de personnes ; la modélisation des informations ainsi obtenues en élaborant des algorithmes de reconnaissance et de classification ; la capture et l’analyse et l’utilisation en temps réel des informations et leur comparaison avec des modèles prédéfinis pour mettre à disposition ces informations, par l’intermédiaire d’une intelligence artificielle, dans des processus de décision ou de traitement.
9. L’expert désigné par la délégation régionale à la recherche et à la technologie de Bretagne a estimé, dans son rapport du 13 novembre 2019, que le sujet de ce projet était complexe et ambitieux et que son contenu pouvait être réexploité afin de lui conférer une valeur pertinente et scientifique, mais qu’en l’état les actions présentées étaient incohérentes. Il a relevé l’absence au dossier d’étude d’évaluation comparée à la littérature existante et que les quinze personnes ayant participé à ce projet en 2018 avaient de bonnes connaissances en développement de logiciels, mais aucune expérience ou qualification en recherche. Il a également noté l’absence d’indicateurs recherche et développement que ce soit sous la forme de publications, de communication dans des congrès ou de participations à des collaborations scientifiques. Il a conclu à l’absence d’éligibilité des dépenses liées à ce projet au crédit d’impôt recherche. Le rapport d’expertise conclut de façon générale à l’absence d’approche scientifique. L’administration s’est approprié les conclusions de ce rapport.
10. Dans son avis du 6 septembre 2023, le comité consultatif des crédits d’impôt pour dépenses de recherche a estimé que le projet était très ambitieux, que l’étude bibliographique n’avait pas été réalisée dans le contexte du projet, les limitations des travaux existants par rapport aux besoins du projet n’étant pas précisées, et que l’équipe manquait d’encadrement et de support pour la recherche et le développement. Il en a conclu qu’il s’agissait non pas d’un projet scientifique mais de purs travaux d’ingénierie.
11. La SAS Oceane Consulting Data Management produit et se prévaut d’un rapport d’expertise établi le 30 juin 2025 par un ingénieur télécoms et informatique expert notamment auprès des cours administratives d’appel de Paris et de Versailles, lequel conclut à la conformité du projet en cause aux critères énoncés par le manuel de Frascati et à sa qualification d'opération de développement expérimental au sens du c de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts, rendant la société requérante éligible au crédit d’impôt en litige pour les dépenses relatives à ce projet. Toutefois cette expertise a été effectuée sur la base d’un dossier justificatif corrigé, établi lui-même en 2025, soit sept ans après les opérations en litige, comportant une présentation du projet dont la conformité aux opérations effectivement réalisées n’est pas établie. Cette nouvelle expertise n’est pas de nature à valablement contredire l’expertise du 13 novembre 2019 et l’avis du comité consultatif des crédits d’impôt pour dépenses de recherche, lesquels reposaient essentiellement sur le constat d’une absence d’approche scientifique, confirmée par le résumé des principaux résultats obtenus figurant dans le dossier justificatif corrigé, donnant comme exemple des nouveaux défis apparus, la constatation que la seule capture de grands mouvements de bras et d’un sourire ne permet pas de distinguer la colère de la joie chez une même personne, ambiguïté relative à la nature et à l’interprétation des données à prendre en compte qu’une démarche scientifique aurait pu identifier et résoudre en amont.
Sur les conclusions de la requête n° 2602311 :
En ce qui concerne la recevabilité de la requête :
12. Si l’administration souligne à bon droit que la SAS Océane Consulting Data Management ne peut pas valablement solliciter l’annulation de la décision du 30 janvier 2026, dès lors qu’elle répond à une demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt constitutive d’une réclamation préalable au sens de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales, et que, par suite, cette demande est irrecevable, il est constant que la requête de la SAS Océane Consulting Data Management comporte également des conclusions en remboursement de cette créance, lesquelles sont recevables.
13. La contestation par la SAS Océane Consulting Data Management dans sa requête, de l’unique motif de rejet de sa demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt constitue un moyen opérant. Par suite, l’administration n’est pas fondée à soutenir que cette requête serait dépourvue de moyen, en méconnaissance de l’article R. 411-1 du code de justice administrative et qu’elle serait, dès lors, irrecevable.
En ce qui concerne le bien-fondé de la demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt relative à des dépenses effectuées en 2019 :
14. Il résulte de l’instruction que l’administration a rejeté le 2 septembre 2025 la demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche correspondant à des dépenses effectuées en 2019, présentée le 27 juillet 2023 par la SAS Océane Consulting Data Management au motif que les dépenses en cause n’étaient pas éligibles au crédit d’impôt prévu à l’article 244 quater B du code général des impôts. La société requérante a déposé une nouvelle demande de remboursement de cette créance, le 9 octobre 2025, que l’administration a rejetée le 30 janvier 2026 au motif qu’elle était tardive et par suite irrecevable. La SAS Océane Consulting Data Management conteste ce refus et demande le remboursement de la créance en cause.
15. D’une part, aux termes de l’article 220 B du code général des impôts : « Le crédit d’impôt pour dépenses de recherche défini à l’article 244 quater B est imputé sur l’impôt sur les sociétés dû par l’entreprise dans les conditions prévues à l’article 199 ter B ». Aux termes de l’article 199 ter B du même code : « I. – Le crédit d’impôt pour dépenses de recherche défini à l’article 244 quater B est imputé sur l’impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l’année au cours de laquelle les dépenses de recherche prises en compte pour le calcul du crédit d’impôt ont été exposées. L’excédent de crédit d’impôt constitue au profit de l’entreprise une créance sur l’État d’égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l’impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée puis, s’il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l’expiration de cette période. / (…) II. – La créance mentionnée au premier alinéa du I est immédiatement remboursable lorsqu’elle est constatée par l’une des entreprises suivantes : / (…) ».
16. D’autre part, aux termes de l’article 49 septies M de l’annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction issue du décret n° 2008-590 du 23 juin 2008 : « I. – Pour l’application des dispositions des articles 199 ter B, 220 B et 244 quater B du code général des impôts, les entreprises souscrivent une déclaration spéciale conforme à un modèle établi par l’administration. Les personnes morales passibles de l’impôt sur les sociétés déposent cette déclaration spéciale auprès du service des impôts avec le relevé de solde mentionné à l’article 360. S’agissant des sociétés relevant du régime des groupes de sociétés prévu à l’article 223 A du code général des impôts, la société mère dépose les déclarations spéciales pour le compte des sociétés du groupe. Elle les joint, y compris celle la concernant, au relevé de solde relatif au résultat d’ensemble du groupe. Les autres entreprises déposent la déclaration spéciale dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu’elles sont tenues de souscrire en application de l’article 53 A du code général des impôts. / (…) ». Aux termes de l’article 49 septies J de la même annexe : « Quelle que soit la date de clôture des exercices et quelle que soit leur durée, le crédit d'impôt est calculé par référence aux dépenses exposées au cours de l'année civile. En cas de clôture d'exercice en cours d'année, le montant du crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater B du code général des impôts est calculé en prenant en compte les dépenses éligibles exposées au titre de la dernière année civile écoulée ». Aux termes de l’article 360 de la même annexe : « La liquidation de l’impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l’article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l’administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation, ainsi que la désignation et l’adresse du principal établissement de l’entreprise (…). Les demandes de restitution de créances remboursables sont formulées sur ce relevé ». Aux termes de l’article 360 bis de cette annexe : « (…) Le dépôt du relevé de solde est effectué au plus tard le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l’exercice (…) ».
17. Enfin, aux termes de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales : « Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l’administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu’elles tendent à obtenir soit la réparation d’erreurs commises dans l’assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d’un droit résultant d’une disposition législative ou réglementaire (…) ». Aux termes de l’article R*. 196-1 du même livre : « Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l’administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / (…) c) De la réalisation de l’événement qui motive la réclamation (…) ».
18. Il résulte de ces dispositions que, pour une entreprise soumise à l’impôt sur les sociétés, le crédit d’impôt prévu par l’article 244 quater B du code général des impôts doit être imputé sur l’impôt dû au titre de l’exercice correspondant à l’année d’engagement des dépenses prises en compte pour sa détermination ou, si l’exercice ne coïncide pas avec l’année civile, sur l’impôt dû au titre de l’exercice clos au cours de l’année qui suit. L’excédent de crédit d’impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l’État d’égal montant. Si les entreprises mentionnées au 4° du II de l’article 199 ter B du code général des impôts bénéficient, en vertu de ces dernières dispositions, d’un droit à la restitution immédiate de cette créance, celles-ci n’ont toutefois ni pour objet ni pour effet de priver ces entreprises de la possibilité d’utiliser alternativement cette créance dans les conditions de droit commun prévues au I du même article, c’est-à-dire de ne pas demander son remboursement immédiat mais de l’imputer sur l’impôt dû au titre de chacun des trois exercices suivant celui au titre duquel la créance a été constatée avant, le cas échéant, de demander la restitution de la fraction de cette créance qui n’aura pu être imputée. Par suite, si, lorsqu’une telle entreprise entend faire usage de son droit à remboursement immédiat de sa créance de crédit d’impôt, la demande de remboursement de cette créance, qui constitue une réclamation au sens des dispositions de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales, doit, en application du c de l’article R. 196-1 du même livre, être présentée au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant la naissance de ce droit, il demeure loisible à une telle entreprise de ne pas solliciter cette restitution immédiate mais de procéder à son imputation sur l’impôt dû au titre de chacun des exercices que les dispositions du I de l’article 199 ter B mentionnent puis de demander par voie de réclamation, dans un délai courant alors jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant la date limite prévue par l’article 360 bis de l’annexe III au code général des impôts pour le dépôt du relevé de solde de l’impôt sur les sociétés du dernier de ces exercices, le remboursement de la créance résiduelle qu’elle n’aura pu imputer.
19. Il résulte de l’instruction que la créance de crédit d’impôt recherche dont la SAS Océane Consulting Data Management a demandé le remboursement le 9 octobre 2025 correspond à des dépenses effectuées durant l’année civile 2019. La société requérante, qui clôt ses exercices le 31 décembre de chaque année, pouvait imputer un crédit d’impôt recherche en raison de dépenses éligibles effectuées au cours de l’année 2019 sur l’impôt sur les sociétés dû au titre de l’année 2019. En présence d’un solde à l’issue de cette imputation et, en l’absence de demande de restitution immédiate, elle pouvait imputer ce solde sur l’impôt sur les sociétés des années 2020, 2021 et 2022. Elle disposait ensuite, au terme de cette période, pour demander le remboursement d’un éventuel solde, d’un délai courant jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant la date limite prévue par l’article 360 bis de l’annexe III au code général des impôts pour le dépôt du relevé de solde de l’impôt sur les sociétés de l’exercice clos en 2022. La date limite de dépôt du relevé de solde de l’exercice clos en 2022 ayant été le 15 avril 2023, la SAS Océane Consulting Data Management pouvait valablement demander le remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche relative à des dépenses effectuées en 2019 jusqu’au 31 décembre 2025. Par suite, elle est fondée à soutenir que l’administration ne pouvait pas rejeter sa demande présentée le 9 octobre 2025 au motif qu’elle était tardive.
20. Toutefois l’administration, qui, dans son mémoire en défense, n’oppose plus à la SAS Océane Consulting Data Management, la tardiveté de sa demande, mais soutient, comme dans sa décision du 2 septembre 2025, que les dépenses en cause ne sont pas éligibles au crédit d’impôt prévu à l’article 244 quater B du code général des impôts, doit être regardée comme sollicitant une substitution de motifs, qui ne prive la société requérante d’aucune garantie et à laquelle cette dernière a d’ailleurs répliqué.
21. Il résulte de l’instruction que les dépenses en raison desquelles la SAS Océane Consulting Data Management a déclaré au titre de 2019 un crédit d’impôt recherche sont relatives à la poursuite du projet débuté l’année précédente intitulé « Analyse comportementale et processus cognitif : comment anticiper et optimiser le traitement des flux d’informations » et à un nouveau projet intitulé « Semantic process discovery par l’analyse des échanges de contenus et d’objets ».
22. Il résulte de l’instruction que les travaux effectués en 2019 dans le cadre du projet débuté en 2018, s’ils ont été complémentaires et par suite différents de ceux effectués l’année précédente, ne s’en distinguent pas par la démarche poursuivie. Par suite, ils n’entrent pas dans le champ d’application du crédit d’impôt prévu à l’article 244 quater B du code général des impôts.
23. Le second projet est présenté par la société requérante comme relevant également du développement expérimental au sens du c) de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts et comme ayant eu pour objet de définir un système auto-apprenant de gestion des flux de travail capable d’identifier le service à l’origine d’un flux, son sens et le service de destination à partir de son contenu. La société requérante précise qu’elle a réalisé une cartographie des technologies et composants support existants, qu’elle a intégrés et complétés par ses propres travaux, qu’elle a construit un prototype expérimental et réalisé des tests pour évaluer la précision, l’efficacité et l’utilité du système développé, qu’elle a mis au point une plateforme fonctionnelle de tests et développé un module d’identification d’échange combinant des méthodes probabilistes et statistiques et a abouti à une approximation fiable d’une valeur cible en identifiant un processus par l’expérience et les données.
24. L’administration a refusé le remboursement de la créance de crédit d’impôt correspondant aux dépenses relatives à ce projet aux motifs, figurant dans sa décision du 9 septembre 2025, auquel renvoie le mémoire en défense, que le dossier de présentation ne faisait état d’aucun indicateur en recherche et développement, que les travaux réalisés s’appuyaient sur la mise en œuvre, l’adaptation ou l’amélioration de solutions ou technologies existantes à des fins de développement de produit, ne présentaient aucun élément de nouveauté scientifique ou technique pouvant être transposé ou généralisé et ne tendaient pas à lever une incertitude scientifique ou technique.
25. Si la société requérante soutient que ce projet remplit l’ensemble des critères du manuel de Frascati et notamment ceux de nouveauté et d’incertitude, elle ne produit aucun élément le démontrant et notamment d’éléments relatifs à l’état de l’art, alors qu’elle est la seule partie en mesure d’apporter ces éléments justifiant de l’intérêt scientifique ou technique de son projet.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes nos 2405698 et 2602311 de la SAS Océane Consulting Data Management, y compris celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D é C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2405698 et n° 2602311 de la SAS Océane Consulting Data Management sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Océane Consulting Data Management, à la directrice en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest et à la directrice régionale des finances publiques de Bretagne et du département d’Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
signé
E. Albouy
Le président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
I. - Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 septembre 2024, 21 juillet 2025 et 2 septembre 2026, sous le n° 2405698, la société par actions simplifiée (SAS) Océane Consulting Data Management, représentée par Me Quentin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 26 juillet 2024 rejetant sa réclamation préalable ;
2°) de lui accorder le remboursement d’une créance de « crédit d’impôt recherche » d’un montant de 178 968 euros au titre de l’année 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n’existe pas de désaccord avec l’administration sur la qualification du personnel pris en compte pour le calcul des crédits d’impôt en litige ;
- les projets de recherche et développement réalisés au cours des exercices en litige relèvent du développement expérimental au sens de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts et remplissent les critères de nouveauté, de créativité, d’incertitude, présentent un caractère systématique et sont transférables et/ou reproductibles ;
- les projets en cause ont permis de lever des verrous technologiques ; la publication des résultats des recherches n’est pas une condition d’éligibilité au crédit d’impôt ;
- elle produit un rapport d’expertise relatif au projet n° 3 confirmant son éligibilité au crédit d’impôt recherche.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2025 et 27 août 2026, la directrice en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Elle oppose une fin de non-recevoir aux conclusions tendant à l’annulation de la décision de rejet du 26 juillet 2024, au motif que cette décision n’est pas détachable de la procédure d’imposition et soutient qu’aucun des moyens soulevés par la société requérante n’est fondé.
II. - Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 24 mars 2026 et 19 juin 2026, sous le n° 2602311, la société par actions simplifiée (SAS) Océane Consulting Data Management, représentée par Me Quentin, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 30 janvier 2026 rejetant sa demande de remboursement d’un crédit d’impôt recherche au titre de l’année 2019 ;
2°) de lui accorder le remboursement d’une créance de « crédit d’impôt recherche » d’un montant de 122 031 euros au titre de l’année 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en estimant dans la décision attaquée que sa demande de remboursement d’un crédit d’impôt au titre de l’année 2019, déposée le 9 octobre 2025, était tardive l’administration a commis une erreur manifeste d’appréciation justifiant l’annulation de cette décision ;
- sa requête relève de la catégorie des recours de plein contentieux et comporte un moyen ;
- les deux projets réalisés en 2019 relèvent du développement expérimental au sens de l’article 49 septies F de l’annexe III du code général des impôts ; le projet n° 1 s’inscrit dans le prolongement des opérations de recherche réalisées en 2018 ; elle produit un rapport d’expertise relatif au projet de 2018 confirmant son éligibilité au crédit d’impôt recherche et dont les conclusions sont transposables au projet n° 1 de 2019 ; le projet n° 2 de 2019 remplit également les conditions d’éligibilité au crédit d’impôt recherche ; l’argument tiré de l’absence d’indicateurs de recherche est inopérant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2026, la directrice régionale des finances publiques de Bretagne et du département d’Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Elle oppose une fin de non-recevoir aux conclusions tendant à l’annulation de la décision de rejet du 30 janvier 2026, tirée de l’existence d’un recours parallèle de plein contentieux et une fin de non-recevoir aux conclusions tenant au remboursement d’une créance de « crédit d’impôt recherche », tirée de l’absence de moyens venant à l’appui de ces conclusions.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les conclusions de Mme Véronique Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Océane Consulting Data Management est une entreprise de services numériques et exerce une activité de conseil, formation et prestations de services en informatique. Elle a fait l’objet en 2019 d’une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. Dans le cadre de ce contrôle un expert a été désigné par la délégation régionale à la recherche et à la technologie de Bretagne afin de se prononcer sur le bien‑fondé des crédits d’impôt recherche déclarés par la société durant la période vérifiée. Dans un rapport du 13 novembre 2019 l’expert a conclu à l’inéligibilité des projets au titre desquels les crédits d’impôt avaient été revendiqués et pour certains d’entre eux remboursés. Par une proposition de rectification du 20 janvier 2020, l’administration a informé la SAS Océane Consulting Data Management de son intention de mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés au titre des années 2016 et 2017 correspondant aux crédits d’impôt recherche de ces deux années, dont le remboursement avait été obtenu, et a rejeté la demande de remboursement d’un crédit d’impôt recherche présentée au titre de l’année 2018. La SAS Océane Consulting Data Management a présenté des observations auxquelles l’administration a répondu en confirmant les rectifications. Le supérieur hiérarchique du vérificateur, saisi à la demande de la société requérante, a fait de même. Le désaccord persistant entre l’administration et la SAS Océane Consulting Data Management a été soumis au comité consultatif des crédits d’impôt pour dépenses de recherche qui a estimé que les projets soumis relevaient de la pure ingénierie et non d’une activité de recherche ouvrant droit au crédit d’impôt en cause. Les cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés des années 2016 et 2017 ont été mises en recouvrement le 20 décembre 2024, et la demande de remboursement du crédit d’impôt au titre de l’année 2018 a été formellement rejetée. La SAS Océane Consulting Data Management a présenté une réclamation le 22 janvier 2024 qui a été rejetée le 26 juillet 2024. Par la première requête visée ci-dessus, enregistrée sous le n° 2405698, la SAS Océane Consulting Data Management demande, dans le dernier état de ses conclusions, le remboursement de la créance de crédit d’impôt qu’elle a déclarée au titre de l’année 2018. Le 9 octobre 2025, la SAS Océane Consulting Data Management a déposé une demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche correspondant à des dépenses effectuées durant l’année civile 2019. Par une décision du 30 janvier 2026 l’administration a rejeté cette demande au motif qu’elle était tardive. Par la seconde requête visée ci-dessus, enregistrée sous le n° 2602311, la SAS Océane Consulting Data Management conteste le bien-fondé du motif pour lequel sa demande a été rejetée et demande le remboursement de sa créance de crédit d’impôt recherche. Ces deux requêtes, introduites par la même société, sont relatives à des questions de même nature et concernent l’application des mêmes textes. Par suite, il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
2. Aux termes de l’article 244 quater B du code général des impôts : « I.-Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, (…) peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant. Le premier de ces deux taux est porté à 50 % pour les dépenses de recherche exposées à compter du 1er janvier 2015 dans des exploitations situées dans un département d'outre-mer. Pour les dépenses mentionnées au k du II, le taux du crédit d'impôt est de 20 %. Ce taux est porté à 40 % pour les dépenses mentionnées au même k exposées, à compter du 1er janvier 2015, dans des exploitations situées dans un département d'outre-mer. / (…) / II. -Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes. Toutefois, les dotations aux amortissements des immeubles acquis ou achevés avant le 1er janvier 1991 ainsi que celles des immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er janvier 1991 ne sont pas prises en compte ; / (…) /b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente ; / (…) / c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis ; / (…) ».
3. Aux termes de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts, dans sa version applicable au litige : « Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : (...) / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ».
4. Aux termes de l’article 49 septies G de la même annexe : « Le personnel de recherche comprend : 1. Les chercheurs qui sont les scientifiques ou les ingénieurs travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes ou de systèmes nouveaux. Sont assimilés aux ingénieurs les salariés qui, sans posséder un diplôme, ont acquis cette qualification au sein de leur entreprise. / 2. Les techniciens, qui sont les personnels travaillant en étroite collaboration avec les chercheurs, pour assurer le soutien technique indispensable aux travaux de recherche et de développement expérimental. / Notamment : / Ils préparent les substances, les matériaux et les appareils pour la réalisation d'expériences ; / Ils prêtent leur concours aux chercheurs pendant le déroulement des expériences ou les effectuent sous le contrôle de ceux-ci ; / Ils ont la charge de l'entretien et du fonctionnement des appareils et des équipements nécessaires à la recherche et au développement expérimental. / Dans le cas des entreprises qui ne disposent pas d'un département de recherche, les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt sont exclusivement les rémunérations versées aux chercheurs et techniciens à l'occasion d'opérations de recherche. ». Pour l’application de ces dispositions, peuvent être qualifiés de techniciens de recherche les salariés qui réalisent des opérations nécessaires aux travaux de recherche ou de développement expérimental éligibles au crédit d’impôt recherche, sous la conduite d’un ou plusieurs chercheurs qui les supervisent, sans qu’y fasse obstacle la circonstance qu’ils ne disposeraient pas d’un diplôme ou d’une qualification professionnelle dans le domaine scientifique.
5. Il appartient au juge de l’impôt, au vu de l’instruction et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si des dépenses sont éligibles au dispositif du crédit d’impôt prévu par les dispositions précitées du code général des impôts.
Sur les conclusions de la requête n° 2405698 :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions en annulation de la décision du 26 juillet 2024 :
6. La demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt constituant une réclamation au sens de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales, la décision la rejetant ou ne donnant que partiellement satisfaction au contribuable est insusceptible de faire l’objet d’un recours ou de conclusions tendant à son annulation. Par suite, l’administration est fondée à opposer à la SAS Océane Consulting Data Management l’irrecevabilité des conclusions de sa requête n° 2405698 tendant à l’annulation de la décision du 26 juillet 2024.
En ce qui concerne la demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt relative à des dépenses effectuées en 2018 :
7. Le projet à l’origine du crédit d’impôt recherche en litige au titre de l’année 2018 correspond, selon la société requérante, à des opérations de développement expérimental au sens du c de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts. Il a été soumis pour expertise à un expert désigné en application de l’article R. 45-B1 du livre des procédures fiscales.
8. Ce projet a eu pour objet l’analyse comportementale et le processus cognitif, afin d’anticiper et d’optimiser le traitement des flux d’informations de différentes natures. Il s’inscrit dans la suite de projets antérieurs qui avaient pour objet de concevoir des composants d’un service vocal interactif dans une chaîne de traitement « Business process management ». Ce projet avait pour ambition de proposer une solution capable non seulement d’analyser et comprendre le comportement humain, mais aussi d’intégrer et de s’appuyer sur les éléments connexes à ce comportement. Sa réalisation s’est appuyée sur trois concepts techniques, l’apprentissage grâce à la capture de concepts prédéfinis comme les comportements, la posture, les gestes, les mouvements, les habitudes et méthodes de travail d’une personne ou d’un groupe de personnes ; la modélisation des informations ainsi obtenues en élaborant des algorithmes de reconnaissance et de classification ; la capture et l’analyse et l’utilisation en temps réel des informations et leur comparaison avec des modèles prédéfinis pour mettre à disposition ces informations, par l’intermédiaire d’une intelligence artificielle, dans des processus de décision ou de traitement.
9. L’expert désigné par la délégation régionale à la recherche et à la technologie de Bretagne a estimé, dans son rapport du 13 novembre 2019, que le sujet de ce projet était complexe et ambitieux et que son contenu pouvait être réexploité afin de lui conférer une valeur pertinente et scientifique, mais qu’en l’état les actions présentées étaient incohérentes. Il a relevé l’absence au dossier d’étude d’évaluation comparée à la littérature existante et que les quinze personnes ayant participé à ce projet en 2018 avaient de bonnes connaissances en développement de logiciels, mais aucune expérience ou qualification en recherche. Il a également noté l’absence d’indicateurs recherche et développement que ce soit sous la forme de publications, de communication dans des congrès ou de participations à des collaborations scientifiques. Il a conclu à l’absence d’éligibilité des dépenses liées à ce projet au crédit d’impôt recherche. Le rapport d’expertise conclut de façon générale à l’absence d’approche scientifique. L’administration s’est approprié les conclusions de ce rapport.
10. Dans son avis du 6 septembre 2023, le comité consultatif des crédits d’impôt pour dépenses de recherche a estimé que le projet était très ambitieux, que l’étude bibliographique n’avait pas été réalisée dans le contexte du projet, les limitations des travaux existants par rapport aux besoins du projet n’étant pas précisées, et que l’équipe manquait d’encadrement et de support pour la recherche et le développement. Il en a conclu qu’il s’agissait non pas d’un projet scientifique mais de purs travaux d’ingénierie.
11. La SAS Oceane Consulting Data Management produit et se prévaut d’un rapport d’expertise établi le 30 juin 2025 par un ingénieur télécoms et informatique expert notamment auprès des cours administratives d’appel de Paris et de Versailles, lequel conclut à la conformité du projet en cause aux critères énoncés par le manuel de Frascati et à sa qualification d'opération de développement expérimental au sens du c de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts, rendant la société requérante éligible au crédit d’impôt en litige pour les dépenses relatives à ce projet. Toutefois cette expertise a été effectuée sur la base d’un dossier justificatif corrigé, établi lui-même en 2025, soit sept ans après les opérations en litige, comportant une présentation du projet dont la conformité aux opérations effectivement réalisées n’est pas établie. Cette nouvelle expertise n’est pas de nature à valablement contredire l’expertise du 13 novembre 2019 et l’avis du comité consultatif des crédits d’impôt pour dépenses de recherche, lesquels reposaient essentiellement sur le constat d’une absence d’approche scientifique, confirmée par le résumé des principaux résultats obtenus figurant dans le dossier justificatif corrigé, donnant comme exemple des nouveaux défis apparus, la constatation que la seule capture de grands mouvements de bras et d’un sourire ne permet pas de distinguer la colère de la joie chez une même personne, ambiguïté relative à la nature et à l’interprétation des données à prendre en compte qu’une démarche scientifique aurait pu identifier et résoudre en amont.
Sur les conclusions de la requête n° 2602311 :
En ce qui concerne la recevabilité de la requête :
12. Si l’administration souligne à bon droit que la SAS Océane Consulting Data Management ne peut pas valablement solliciter l’annulation de la décision du 30 janvier 2026, dès lors qu’elle répond à une demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt constitutive d’une réclamation préalable au sens de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales, et que, par suite, cette demande est irrecevable, il est constant que la requête de la SAS Océane Consulting Data Management comporte également des conclusions en remboursement de cette créance, lesquelles sont recevables.
13. La contestation par la SAS Océane Consulting Data Management dans sa requête, de l’unique motif de rejet de sa demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt constitue un moyen opérant. Par suite, l’administration n’est pas fondée à soutenir que cette requête serait dépourvue de moyen, en méconnaissance de l’article R. 411-1 du code de justice administrative et qu’elle serait, dès lors, irrecevable.
En ce qui concerne le bien-fondé de la demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt relative à des dépenses effectuées en 2019 :
14. Il résulte de l’instruction que l’administration a rejeté le 2 septembre 2025 la demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche correspondant à des dépenses effectuées en 2019, présentée le 27 juillet 2023 par la SAS Océane Consulting Data Management au motif que les dépenses en cause n’étaient pas éligibles au crédit d’impôt prévu à l’article 244 quater B du code général des impôts. La société requérante a déposé une nouvelle demande de remboursement de cette créance, le 9 octobre 2025, que l’administration a rejetée le 30 janvier 2026 au motif qu’elle était tardive et par suite irrecevable. La SAS Océane Consulting Data Management conteste ce refus et demande le remboursement de la créance en cause.
15. D’une part, aux termes de l’article 220 B du code général des impôts : « Le crédit d’impôt pour dépenses de recherche défini à l’article 244 quater B est imputé sur l’impôt sur les sociétés dû par l’entreprise dans les conditions prévues à l’article 199 ter B ». Aux termes de l’article 199 ter B du même code : « I. – Le crédit d’impôt pour dépenses de recherche défini à l’article 244 quater B est imputé sur l’impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l’année au cours de laquelle les dépenses de recherche prises en compte pour le calcul du crédit d’impôt ont été exposées. L’excédent de crédit d’impôt constitue au profit de l’entreprise une créance sur l’État d’égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l’impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée puis, s’il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l’expiration de cette période. / (…) II. – La créance mentionnée au premier alinéa du I est immédiatement remboursable lorsqu’elle est constatée par l’une des entreprises suivantes : / (…) ».
16. D’autre part, aux termes de l’article 49 septies M de l’annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction issue du décret n° 2008-590 du 23 juin 2008 : « I. – Pour l’application des dispositions des articles 199 ter B, 220 B et 244 quater B du code général des impôts, les entreprises souscrivent une déclaration spéciale conforme à un modèle établi par l’administration. Les personnes morales passibles de l’impôt sur les sociétés déposent cette déclaration spéciale auprès du service des impôts avec le relevé de solde mentionné à l’article 360. S’agissant des sociétés relevant du régime des groupes de sociétés prévu à l’article 223 A du code général des impôts, la société mère dépose les déclarations spéciales pour le compte des sociétés du groupe. Elle les joint, y compris celle la concernant, au relevé de solde relatif au résultat d’ensemble du groupe. Les autres entreprises déposent la déclaration spéciale dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu’elles sont tenues de souscrire en application de l’article 53 A du code général des impôts. / (…) ». Aux termes de l’article 49 septies J de la même annexe : « Quelle que soit la date de clôture des exercices et quelle que soit leur durée, le crédit d'impôt est calculé par référence aux dépenses exposées au cours de l'année civile. En cas de clôture d'exercice en cours d'année, le montant du crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater B du code général des impôts est calculé en prenant en compte les dépenses éligibles exposées au titre de la dernière année civile écoulée ». Aux termes de l’article 360 de la même annexe : « La liquidation de l’impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l’article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l’administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation, ainsi que la désignation et l’adresse du principal établissement de l’entreprise (…). Les demandes de restitution de créances remboursables sont formulées sur ce relevé ». Aux termes de l’article 360 bis de cette annexe : « (…) Le dépôt du relevé de solde est effectué au plus tard le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l’exercice (…) ».
17. Enfin, aux termes de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales : « Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l’administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu’elles tendent à obtenir soit la réparation d’erreurs commises dans l’assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d’un droit résultant d’une disposition législative ou réglementaire (…) ». Aux termes de l’article R*. 196-1 du même livre : « Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l’administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / (…) c) De la réalisation de l’événement qui motive la réclamation (…) ».
18. Il résulte de ces dispositions que, pour une entreprise soumise à l’impôt sur les sociétés, le crédit d’impôt prévu par l’article 244 quater B du code général des impôts doit être imputé sur l’impôt dû au titre de l’exercice correspondant à l’année d’engagement des dépenses prises en compte pour sa détermination ou, si l’exercice ne coïncide pas avec l’année civile, sur l’impôt dû au titre de l’exercice clos au cours de l’année qui suit. L’excédent de crédit d’impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l’État d’égal montant. Si les entreprises mentionnées au 4° du II de l’article 199 ter B du code général des impôts bénéficient, en vertu de ces dernières dispositions, d’un droit à la restitution immédiate de cette créance, celles-ci n’ont toutefois ni pour objet ni pour effet de priver ces entreprises de la possibilité d’utiliser alternativement cette créance dans les conditions de droit commun prévues au I du même article, c’est-à-dire de ne pas demander son remboursement immédiat mais de l’imputer sur l’impôt dû au titre de chacun des trois exercices suivant celui au titre duquel la créance a été constatée avant, le cas échéant, de demander la restitution de la fraction de cette créance qui n’aura pu être imputée. Par suite, si, lorsqu’une telle entreprise entend faire usage de son droit à remboursement immédiat de sa créance de crédit d’impôt, la demande de remboursement de cette créance, qui constitue une réclamation au sens des dispositions de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales, doit, en application du c de l’article R. 196-1 du même livre, être présentée au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant la naissance de ce droit, il demeure loisible à une telle entreprise de ne pas solliciter cette restitution immédiate mais de procéder à son imputation sur l’impôt dû au titre de chacun des exercices que les dispositions du I de l’article 199 ter B mentionnent puis de demander par voie de réclamation, dans un délai courant alors jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant la date limite prévue par l’article 360 bis de l’annexe III au code général des impôts pour le dépôt du relevé de solde de l’impôt sur les sociétés du dernier de ces exercices, le remboursement de la créance résiduelle qu’elle n’aura pu imputer.
19. Il résulte de l’instruction que la créance de crédit d’impôt recherche dont la SAS Océane Consulting Data Management a demandé le remboursement le 9 octobre 2025 correspond à des dépenses effectuées durant l’année civile 2019. La société requérante, qui clôt ses exercices le 31 décembre de chaque année, pouvait imputer un crédit d’impôt recherche en raison de dépenses éligibles effectuées au cours de l’année 2019 sur l’impôt sur les sociétés dû au titre de l’année 2019. En présence d’un solde à l’issue de cette imputation et, en l’absence de demande de restitution immédiate, elle pouvait imputer ce solde sur l’impôt sur les sociétés des années 2020, 2021 et 2022. Elle disposait ensuite, au terme de cette période, pour demander le remboursement d’un éventuel solde, d’un délai courant jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant la date limite prévue par l’article 360 bis de l’annexe III au code général des impôts pour le dépôt du relevé de solde de l’impôt sur les sociétés de l’exercice clos en 2022. La date limite de dépôt du relevé de solde de l’exercice clos en 2022 ayant été le 15 avril 2023, la SAS Océane Consulting Data Management pouvait valablement demander le remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche relative à des dépenses effectuées en 2019 jusqu’au 31 décembre 2025. Par suite, elle est fondée à soutenir que l’administration ne pouvait pas rejeter sa demande présentée le 9 octobre 2025 au motif qu’elle était tardive.
20. Toutefois l’administration, qui, dans son mémoire en défense, n’oppose plus à la SAS Océane Consulting Data Management, la tardiveté de sa demande, mais soutient, comme dans sa décision du 2 septembre 2025, que les dépenses en cause ne sont pas éligibles au crédit d’impôt prévu à l’article 244 quater B du code général des impôts, doit être regardée comme sollicitant une substitution de motifs, qui ne prive la société requérante d’aucune garantie et à laquelle cette dernière a d’ailleurs répliqué.
21. Il résulte de l’instruction que les dépenses en raison desquelles la SAS Océane Consulting Data Management a déclaré au titre de 2019 un crédit d’impôt recherche sont relatives à la poursuite du projet débuté l’année précédente intitulé « Analyse comportementale et processus cognitif : comment anticiper et optimiser le traitement des flux d’informations » et à un nouveau projet intitulé « Semantic process discovery par l’analyse des échanges de contenus et d’objets ».
22. Il résulte de l’instruction que les travaux effectués en 2019 dans le cadre du projet débuté en 2018, s’ils ont été complémentaires et par suite différents de ceux effectués l’année précédente, ne s’en distinguent pas par la démarche poursuivie. Par suite, ils n’entrent pas dans le champ d’application du crédit d’impôt prévu à l’article 244 quater B du code général des impôts.
23. Le second projet est présenté par la société requérante comme relevant également du développement expérimental au sens du c) de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts et comme ayant eu pour objet de définir un système auto-apprenant de gestion des flux de travail capable d’identifier le service à l’origine d’un flux, son sens et le service de destination à partir de son contenu. La société requérante précise qu’elle a réalisé une cartographie des technologies et composants support existants, qu’elle a intégrés et complétés par ses propres travaux, qu’elle a construit un prototype expérimental et réalisé des tests pour évaluer la précision, l’efficacité et l’utilité du système développé, qu’elle a mis au point une plateforme fonctionnelle de tests et développé un module d’identification d’échange combinant des méthodes probabilistes et statistiques et a abouti à une approximation fiable d’une valeur cible en identifiant un processus par l’expérience et les données.
24. L’administration a refusé le remboursement de la créance de crédit d’impôt correspondant aux dépenses relatives à ce projet aux motifs, figurant dans sa décision du 9 septembre 2025, auquel renvoie le mémoire en défense, que le dossier de présentation ne faisait état d’aucun indicateur en recherche et développement, que les travaux réalisés s’appuyaient sur la mise en œuvre, l’adaptation ou l’amélioration de solutions ou technologies existantes à des fins de développement de produit, ne présentaient aucun élément de nouveauté scientifique ou technique pouvant être transposé ou généralisé et ne tendaient pas à lever une incertitude scientifique ou technique.
25. Si la société requérante soutient que ce projet remplit l’ensemble des critères du manuel de Frascati et notamment ceux de nouveauté et d’incertitude, elle ne produit aucun élément le démontrant et notamment d’éléments relatifs à l’état de l’art, alors qu’elle est la seule partie en mesure d’apporter ces éléments justifiant de l’intérêt scientifique ou technique de son projet.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes nos 2405698 et 2602311 de la SAS Océane Consulting Data Management, y compris celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D é C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2405698 et n° 2602311 de la SAS Océane Consulting Data Management sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Océane Consulting Data Management, à la directrice en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest et à la directrice régionale des finances publiques de Bretagne et du département d’Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
signé
E. Albouy
Le président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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