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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405720

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405720

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme F, qui contestait un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 18 septembre 2024 l'assignait à résidence. La requérante invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation et une méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Le tribunal a écarté l'ensemble de ces moyens, jugeant que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée. Il a également estimé que la condition de perspective raisonnable d'éloignement prévue à l'article L. 731-1 du CESEDA était remplie, nonobstant la situation médicale des enfants de Mme F.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, Mme D F, représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Le Bihan, représentant Mme F, qui reprend ses écritures en soulignant l'insuffisance de la motivation et de l'examen de sa situation et indique avoir déposé une demande de titre de séjour en raison de la situation de santé de son enfant,

- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine,

- les explications de Mme F, assistée d'une interprète par téléphone.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Mme F justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté :

2. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon arrêté du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme E A, adjointe à la chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. L'arrêté vise les articles L. 731-1, L. 733-1, L. 733-2 et L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressée, notamment l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet et qu'elle n'a pas exécutée, la perspective raisonnable de son départ. Le préfet indique également les modalités de l'assignation et de pointage. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

4. Une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressée au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de Mme F, même si le préfet n'a pas noté le rendez-vous fixé en vue d'une demande de titre de séjour.

5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. Mme F fait état de la situation de santé de ses enfants mais il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour en tant qu'accompagnant de sa fille malade avait fait l'objet d'un rejet par arrêté du 10 mars 2023. Si, par ailleurs, elle fait état d'un rendez-vous en préfecture le 1er octobre 2024 en vue du dépôt d'une demande au titre de la maladie de son fils, elle n'établit pas s'être vue délivrer une autorisation provisoire de séjour ni que sa demande serait complète. Au demeurant, à supposer une telle demande recevable, cette demande de titre de séjour resterait sans influence sur la légalité de l'assignation à résidence, l'intéressée n'établissant pas, en l'état du dossier, que son départ ne serait plus une perspective raisonnable. Elle n'apporte aucun élément médical susceptible d'établir que cette situation ne lui permettrait pas de respecter les mesures d'accompagnement de la décision d'assignation et n'établit pas que ces mesures présenteraient un caractère disproportionné au regard de l'objectif poursuivi par la mesure. Le moyen tiré de la méconnaissance l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2024 portant assignation à résidence.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme F présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Mme F est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. CLa greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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