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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405762

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405762

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBEIGELMAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

(I.) Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, sous le n° 2405762, Mme A B, représentée par Me Beigelman, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision de la directrice du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes du 27 août 2024 de l'affecter en régime différencié au sein du bâtiment E3 ;

2°) d'enjoindre à la directrice du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes de l'affecter en régime ordinaire de détention ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation ; elle est maintenue en régime différencié de détention portes fermées, pour une durée indéterminée, au sein de laquelle elle est très régulièrement victime d'injures transphobes ; l'administration pénitentiaire ne justifie pas avoir poursuivi disciplinairement les auteurs de ces injures ; cette situation dégrade significativement sa santé mentale ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle a été prise sans qu'ait été recueilli l'avis de la commission pluridisciplinaire unique, obligatoire avant toute décision de placement en régime différencié ;

* le bâtiment E1 au sein duquel elle était précédemment affectée n'est pas adapté pour une telle affectation ;

* la décision n'a pas été formalisée, de sorte qu'il n'est pas possible de s'assurer de la compétence de son signataire ;

* elle n'est pas motivée, contrairement à ce qu'exige le règlement intérieur ;

* elle n'est pas limitée dans le temps, alors que le règlement intérieur prévoit que la décision d'affectation en régime portes fermées produit ses effets durant un mois, avec réévaluation périodique de la situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le Garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : la décision en litige ne préjudicie pas de manière grave et immédiate à la situation de Mme B ; le changement d'affectation est assorti d'une mesure de gestion individualisée de sa détention, prise au regard du risque que son comportement fait peser sur le fonctionnement de l'établissement, ainsi que pour sa sécurité ; elle n'est pas privée d'accès aux activités et promenades, aux parloirs et aux correspondances, pas davantage qu'à sa formation ; sa situation et son affectation seront réévaluées en fonction de l'évolution de son comportement ;

- Mme B ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que l'administration pénitentiaire prend les mesures qui s'imposent pour la protéger des comportements transphobes et inappropriés des autres détenues et qu'il n'est pas porté atteinte à sa dignité.

(II.) Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2024, sous le n° 2405882, Mme A B, représentée par Me Beigelman, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des décisions de la directrice du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes des 19 juillet et 2 août 2024 de l'affecter puis de la maintenir en régime différencié au sein du bâtiment E1 ;

2°) d'enjoindre à la directrice du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes de l'affecter en régime ordinaire de détention ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que les décisions en litige préjudicient de manière grave et immédiate à sa situation ; elle est maintenue en régime différencié de détention portes fermées, pour une durée indéterminée, au sein de laquelle elle est très régulièrement victime d'injures transphobes ; l'administration pénitentiaire ne justifie pas avoir poursuivi disciplinairement les auteurs de ces injures ; cette situation dégrade significativement sa santé mentale ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige, dès lors que :

* la décision du 19 juillet 2024 de placement en régime différencié a été prise sans qu'ait été recueilli l'avis de la commission pluridisciplinaire unique ;

* le bâtiment E1 au sein duquel elle a été affectée n'est pas adapté pour une telle affectation ;

* la décision n'a pas été formalisée, de sorte qu'il n'est pas possible de s'assurer de la compétence de son signataire ;

* elle n'est pas motivée, contrairement à ce qu'exige le règlement intérieur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le Garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, dès lors que les décisions en litige ont cessé de produire leurs effets, avant même son enregistrement.

Vu :

- les requêtes nos 2405599 et 2405747, enregistrées les 19 et 26 septembre 2024 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Me Beigelman, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que ses requêtes, par les mêmes moyens qu'elle développe, et précise notamment que :

* l'administration pénitentiaire prend effectivement des mesures disciplinaires pour sanctionner les détenues qui insultent Mme B, ce qui a pour effet paradoxal d'envenimer la situation, compte tenu du ressentiment que les placements en quartier disciplinaire génèrent ;

* la condition tenant à l'urgence est satisfaite, compte tenu de l'atteinte à sa situation que suscite son maintien en régime portes fermées, dans un bâtiment inadapté, au sein duquel elle n'est pas protégée ;

* les incidents évoqués par l'administration pénitentiaire pour justifier la mesure ne sont pas matériellement établis ; ils sont, pour la plupart, allégués de manière allusive, voire biaisée ; aucune procédure disciplinaire n'a été mise en œuvre ; certains comportements qui lui sont reprochés pourraient être considérés comme problématiques, qui ne sont toutefois pas suffisants pour justifier la mesure en cause ; certains faits reprochés ont été infirmés par les codétenues, ou sont évoqués alors qu'ils se sont déroulés à des périodes où elle n'était pas présente dans le bâtiment ;

* la mesure de maintien en régime différencié n'a pas été soumise à l'avis de la commission pluridisciplinaire unique ; le déplacement en bâtiment E3 en régime portes fermées constitue une décision de maintien en régime adapté et non une simple mesure de gestion de sa détention ;

* si les premières décisions ne produisent effectivement plus d'effet, elle doit être réintégrée en régime ordinaire de détention ; sinon, l'exécution des premières décisions doit être suspendue ;

* le placement en régime adapté en urgence n'est pas prévu par les dispositions du règlement intérieur ; les faits évoqués ne justifient pas la mesure en cause ;

* elle n'a jamais été mise en mesure de s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés, dès lors qu'aucune procédure disciplinaire n'est mise en œuvre.

Le Garde des sceaux, ministre de la justice, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été incarcérée le 24 janvier 2024 au sein du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Après avoir été affectée au sein du quartier maison d'arrêt de cet établissement, elle a rejoint le centre de détention, le 22 février 2024 en régime différencié de détention " portes fermées ", puis, à compter du 4 mars 2024, en régime ordinaire de détention " portes ouvertes ", au sein de l'un des bâtiments prévus pour ce régime de détention. Mme B a fait l'objet d'une nouvelle décision de placement en régime différencié de détention " portes fermées ", au sein du bâtiment E1 de l'établissement, prise en urgence le 19 juillet 2024, prorogée pour un mois par décision du 2 août 2024 prise sur avis de la commission pluridisciplinaire unique (CPU). Par note de service interne du 27 août 2024, la directrice de l'établissement a décidé de son affectation, au sein du bâtiment E3, dédié à un régime de détention " portes ouvertes ", mais selon un régime individualisé, se caractérisant, pour Mme B, par un régime " portes fermées ". Par les deux requêtes susvisées, qui présentent à juger des questions de droit et de fait connexes et qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par une seule ordonnance, Mme B, qui a saisi le tribunal de recours en annulation contre ces trois décisions, respectivement, des 19 juillet et 2 août 2024 portant affectation et maintien en régime différencié au sein du bâtiment E1 et du 27 août 2024 portant affectation en régime adapté au sein du bâtiment E3, demande au juge des référés, dans l'attente des jugements au fond, d'en suspendre l'exécution.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Mme B justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle pour déposer les deux requêtes susvisées. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées et compte tenu de la connexité des dossiers, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, dans le seul dossier n° 2405762.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des décisions du 19 juillet et du 2 août 2024 portant affectation et maintien en régime différencié au sein du bâtiment E1 :

3. Il ressort des pièces des dossiers que les deux décisions du 19 juillet et du 2 août 2024, portant affectation et maintien en régime différencié au sein du bâtiment E1, ne produisent plus d'effet depuis le 27 août 2024, date à laquelle Mme B a été placée en régime adapté au sein du bâtiment E3 de l'établissement et qu'elles ne seraient pas remises en vigueur par l'effet de l'éventuelle suspension de l'exécution de cette troisième décision en litige. Dès lors qu'elles avaient cessé de produire leurs effets antérieurement à l'introduction de la requête n° 2405882, enregistrée au greffe du tribunal le 2 octobre 2024 et eu égard à la nature de la procédure de référé, les conclusions tendant à la suspension de leur exécution sont ainsi dénuées d'objet et ne sont, par suite, pas recevables.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision du 27 août 2024 portant affectation en régime adapté au sein du bâtiment E3 :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article L. 2 du code pénitentiaire : " Le service public pénitentiaire s'acquitte de ses missions dans le respect des droits et libertés garantis par la Constitution et les conventions internationales ratifiées par la France, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ". Aux termes de son article L. 6 : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la commission de nouvelles infractions et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap, de l'identité de genre et de la personnalité de chaque personne détenue ".

6. Aux termes, par ailleurs de l'article L. 211-4 du code pénitentiaire : " La répartition des personnes condamnées dans les établissements pour peines s'effectue compte tenu de leur catégorie pénale, de leur âge, de leur état de santé et de leur personnalité. / Leur régime de détention est déterminé en prenant en compte leur personnalité, leur santé, leur dangerosité et leurs efforts en matière de réinsertion sociale. / Le placement d'une personne détenue sous un régime de détention plus sévère ne saurait porter atteinte aux droits mentionnés par les dispositions de l'article L. 6 ". Aux termes par ailleurs de son article D. 211-36 : " Des modalités de prise en charge individualisées peuvent, pour l'application des dispositions de l'article L. 211-4, être appliquées, au sein de chaque établissement pénitentiaire, aux personnes détenues, en tenant compte de leur parcours d'exécution de la peine et de leur capacité à respecter les règles de vie en collectivité. Les modalités de prise en charge de chaque personne détenue sont consignées dans le parcours d'exécution de la peine ".

7. Aux termes enfin des dispositions du règlement intérieur de l'établissement relatives au régime adapté : " Depuis le 1er juin 2015, le centre pénitentiaire a mis en place un régime différencié. Ce régime comprend un régime de confiance avec portes ouvertes et un régime adapté avec portes fermées. / La division D1 [devenue ultérieurement E1] regroupe les personnes détenues placées sous le régime adapté. / L'affectation en régime adapté est fait : - soit sur décision du chef d'établissement, lorsque la personne détenue rencontrent des difficultés relationnelles au sein du régime portes ouvertes ou que son comportement est incompatible avec le régime portes ouvertes / - soit sur la base du volontariat par une requête écrite de la personne détenue, / et après avis obligatoire de la commission pluridisciplinaire unique régime différencié (CPU/RD) pour une durée minimale de un mois. Cette commission se réunit une fois par mois et examine les entrées, les renouvellements et les sorties du D1. / Le placement au D1 fait suite à une décision motivée prise par le chef d'établissement après avis de la commission pluridisciplinaire unique regroupant un membre de la direction, le chef de détention, l'officier et les gradés du centre de détention, la psychologue PEP, un représentant du SPIP. / La décision est notifiée à la personne détenue. / () ".

8. Il ressort des pièces des dossiers que par note de service interne n° 156/2024 du 27 août 2024, la directrice de l'établissement a décidé de l'affectation, au sein du bâtiment E3, dédié à un régime de détention " portes ouvertes ", mais selon un régime individualisé, se caractérisant, pour Mme B, par un régime " portes fermées ", l'accompagnement de tous ses mouvements par un agent et le maintien de l'accès aux promenades, à l'aumônerie et la participation aux activités ainsi qu'aux cours scolaires et à la formation à laquelle elle est inscrite depuis septembre 2024, ainsi qu'un droit aux parloirs, aux visites et à la correspondance postale et téléphonique. Cette note de service doit, compte tenu de son objet et de ses effets, être qualifiée de décision de placement en régime adapté au sens des dispositions précitées du règlement intérieur, constituant plus particulièrement, s'agissant de Mme B, un maintien dans un tel régime de détention, avec changement de bâtiment d'affectation au sein de l'établissement. La circonstance que l'intéressée ne soit désormais plus affectée dans le bâtiment dédié à ce régime, adapté, de détention reste sans incidence sur la qualification de la décision en cause. Il résulte à cet égard des dispositions précitées du règlement intérieur qu'une telle décision doit être formalisée et motivée et ne peut intervenir qu'après avis de la commission pluridisciplinaire unique régime différencié. Dès lors qu'il est constant que cette commission n'a pas été saisie pour avis, préalablement à l'édiction de la décision en litige du 27 août 2024 de maintien de Mme B en régime adapté, alors même au demeurant que l'avis rendu par cette même commission le 2 août 2024 indiquait qu'un réexamen de sa situation devrait intervenir à l'échéance d'un délai d'un mois, outre que ce maintien n'a précisément pas eu lieu dans le bâtiment dédié à un tel régime de détention, le moyen tiré de ce que la décision en cause est intervenue au terme d'une procédure irrégulière apparaît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

En ce qui concerne l'urgence :

9. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

10. Alors même que le régime de détention adapté garantit à Mme B l'accès aux promenades, à l'aumônerie et la participation aux activités ainsi qu'aux cours scolaires et à la formation à laquelle elle est inscrite depuis septembre 2024, ainsi qu'un droit aux parloirs, aux visites et à la correspondance postale et téléphonique, il ressort des pièces du dossier qu'elle est soumise à un régime de détention " portes fermées ", dans un bâtiment qui n'est pas prévu pour un tel régime de détention, au sein duquel ses codétenues sont toutes soumises à un régime de détention " portes ouvertes " et au sein duquel il est constant qu'elle est exposée de manière régulière à des injures transphobes. Le maintien de ce régime de détention, hors de toute décision véritablement formalisée et de toute procédure d'évaluation par la commission compétente, caractérise une atteinte suffisamment grave et immédiate portée à sa situation personnelle pour que la condition tenant à l'urgence soit regardée comme satisfaite, sans qu'ait d'incidence déterminante la circonstance que le comportement de Mme B puisse ponctuellement apparaître problématique et sans que ne puisse, par ailleurs, être utilement opposée la circonstance que ne serait pas caractérisée une atteinte grave et manifestement illégale à l'une de ses libertés fondamentales. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces des dossiers qu'un intérêt public fasse obstacle à la suspension de l'exécution de la décision en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont satisfaites. Il y a par suite lieu de suspendre l'exécution de la décision de la directrice du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes du 27 août 2024 portant affectation de Mme B en régime différencié au sein du bâtiment E3 de l'établissement, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. La présente ordonnance implique seulement, mais nécessairement, qu'il soit enjoint au Garde des sceaux, ministre de la justice, de prendre les mesures nécessaires pour que la situation de Mme B soit soumise à la commission pluridisciplinaire unique régime différencié du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, dans un délai qui ne saurait excéder sept jours à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Beigelman, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Beigelman de la somme de 1 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans le dossier n° 2405762.

Article 2 : L'exécution de la décision de la directrice du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes du 27 août 2024 portant affectation de Mme B en régime différencié au sein du bâtiment E3 de l'établissement est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Il est enjoint au Garde des sceaux, ministre de la justice, de prendre les mesures nécessaires pour que la situation de Mme B soit soumise à la commission pluridisciplinaire unique régime différencié du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, dans un délai qui ne saurait excéder sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Beigelman, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Beigelman la somme de 1 500 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2405762 et les conclusions de la requête n° 2405882 sont rejetés.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Beigelman et au Garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera transmise pour information à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Rennes.

Fait à Rennes, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au Garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

Nos 2405762, 240588

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