mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405797 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 septembre et 15 octobre 2024, M. A B, représenté par BL avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel le maire de la commune de Pléneuf-Val-André a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 10 octobre 2023 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Pléneuf-Val-André la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : il va bientôt se retrouver sans revenu, ce qui engendrera une grave précarité financière, dès lors qu'il va être dans l'incapacité de faire face aux dépenses du foyer, qui comporte un enfant à charge ; de plus, il est en situation de vulnérabilité psychologique ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- son accident est imputable au service : les médecins qui l'ont reçu en consultation ont certifié d'un lien certain et d'une imputabilité entre son état de santé et la réorganisation de son service, qui a conduit à la suppression de ses fonctions de chef de la police municipale, à la nomination à ces fonctions de son ancien adjoint et ce sans qu'aucun échange ne soit intervenu au préalable sur de prétendues difficultés managériales ; cette réorganisation est en réalité une véritable sanction disciplinaire et l'intérêt du service n'était pas de mettre fin à ses fonctions alors de surcroît qu'il les a toujours exercées avec un grand professionnalisme ; l'annonce de cette réorganisation excède l'exercice normal des pouvoirs hiérarchiques du maire ; il a bien subi un événement unique, daté et précis, qui s'est déroulé en trois temps distincts et la décision est en elle-même humiliante et vexatoire et constitue une sanction disciplinaire, sans même qu'il ait pu s'expliquer sur les témoignages produits ;
- elle est entachée d'incompétence.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2024, la commune de Pléneuf-Val-André, représentée par la Selarl Cabinet Coudray-Urbanlaw, conclut à titre principal au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire au rejet de la requête et, en toute hypothèse, à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, il n'y a pas lieu de statuer dès lors que l'arrêté en litige a épuisé tous ses effets puisqu'il porte sur une période comprise entre le 17 novembre 2023 et le 31 juillet 2024 ;
- à titre subsidiaire,
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : les droits à congé de maladie ordinaire de M. B expirent au 17 novembre prochain et il continuera à se voir verser un demi-traitement a minima jusqu'à cette date ; le requérant a également souscrit à un contrat de prévoyance au titre duquel il bénéficie d'une garantie dite complément de salaire pour une couverture à hauteur de 90 % ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
* elle n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation : la notion d'accident de service exclut que M. B puisse se prévaloir de plusieurs événements successifs ; en l'espèce, la réunion qui s'est tenue le 10 octobre 2023 ne constitue pas un événement soudain dès lors que le requérant avait été destinataire d'une fiche de poste le 6 octobre 2023 comme cela lui avait été annoncé lors d'une précédente réunion le 29 septembre 2023 ; la réunion du 10 octobre 2023 n'a pas excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et les échanges qui ont eu lieu étaient sereins, constructifs et empreints de respect ; M. B ne démontre pas davantage le caractère soudain et violent de l'entretien du 29 septembre 2023 ;
* elle n'est entachée d'aucune incompétence, son signataire disposant d'une délégation régulière.
Vu :
- la requête au fond n° 2405236 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Bouilland, représentant M. B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, soutient que l'exception de non-lieu opposée par la commune de Pléneuf-Val-André ne peut pas être accueillie dès lors que les conséquences de l'arrêté sont toujours actuelles, M. B ne pouvant pas bénéficier, du fait de cet arrêté, d'un congé pour invalidité temporaire ni d'une allocation d'invalidité, expose les difficultés financières du requérant qui n'a perçu aucun revenu pendant les mois de juillet, août et septembre 2024 et ne percevra plus aucun traitement au mois de novembre 2024, insiste, au regard du doute sérieux, sur le fait que la violence qui s'est exercée sur M. B ne tient pas au ton employé au cours des entretiens qu'il a eus mais tient au contenu des propos, à savoir une annonce soudaine et brutale de la suppression de ses fonctions de chef de la police municipale, qu'il s'agit d'un fait unique qui s'est déroulé en trois étapes dans un laps de temps très court, qu'il s'agit en réalité d'une sanction déguisée et non une simple réorganisation du service, que la décision prise a un caractère vexatoire ;
- les observations de Me Saulnier, représentant la commune de Pléneuf-Val-André, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur le fait que la situation financière de M. B ne s'est pas dégradée immédiatement, qu'il perçoit des revenus locatifs, une pension en qualité d'ancien gendarme et un mi-traitement jusqu'au mois de novembre 2024, souligne que lors de l'entretien du 10 octobre 2023, il n'y a eu aucune annonce particulière et que M. B va d'ailleurs, au cours de cette réunion, faire une proposition à la collectivité d'exercice d'un mandat syndical, que les insuffisances professionnelles du requérant sont attestées par plusieurs témoignages, que la décision en litige ne constitue pas une sanction disciplinaire déguisée mais est une décision prise dans l'intérêt du service en raison de l'insuffisance professionnelle de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, agent de police municipale au sein de la commune de Pleneuf-Val-André depuis 20 ans, exerce des fonctions au grade de brigadier-chef principal depuis 2012 et a été nommé en qualité de responsable du service de la police municipale à compter de 2018. Le 29 septembre 2023, il a été convoqué à un entretien en présence du maire de la commune, du directeur général des services, de l'élu adjoint en charge du personnel et du conseiller municipal délégué à la sécurité pour évoquer un changement de poste sans perte de rémunération et la réorganisation du service. Une fiche de poste correspondant à ses nouvelles missions lui a été adressée le 6 octobre 2023 et un nouvel entretien s'est tenu le 10 octobre 2023. M. B a transmis un premier arrêt de travail à la commune de 17 novembre 2023. Le 24 novembre 2023, il a déclaré un accident de service à la date du 10 octobre 2023. Une expertise médicale a été diligentée à l'issue de laquelle l'expert médical a conclu, le 14 février 2024, à l'imputabilité au service des lésions déclarées sur le certificat médical initial du 17 novembre 2023. Le conseil médical réuni le 27 juin 2024 a rendu un avis favorable à l'imputabilité au service de l'accident déclaré par M. B. Par un arrêté du 16 juillet 2024, le maire de la commune de Pléneuf-Val-André a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par M. B et l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 17 novembre 2023 jusqu'au 31 juillet 2024. M. B demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Aux termes de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 () ". Aux termes de l'article L. 822-18 du même code : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".
4. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
5. M. B soutient qu'il a été victime d'un accident de service sur son lieu de travail le 10 octobre 2023 du fait d'un entretien qu'il a eu ce jour-là, accompagné d'un représentant syndical, avec le maire, le directeur général des services, le conseiller délégué à la sécurité au cours duquel il a été évoquée sa nouvelle fiche de poste le déchargeant de ses fonctions de responsable de service, qui lui avait été communiquée quelques jours auparavant. Si l'état de santé de M. B est avéré, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier aurait été victime, au cours de cet entretien, de propos déplacés, vexatoires ou humiliants excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et au contraire, les personnes présentes attestent d'une rencontre cordiale et apaisée au cours de laquelle a même été évoquée la possibilité que M. B obtienne une décharge complète syndicale, que le maire a validée. Dans ces conditions, alors même que M. B ne souffrait pas de troubles anxiodépressifs préalablement à cet entretien, il ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, et ce en dépit du fait qu'il actait une perte de responsabilité de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que la maire de la commune de Pléneuf-Val-André, en refusant de reconnaître comme étant imputable au service la pathologie dont souffre M. B, aurait fait une inexacte appréciation des dispositions précitées du code général de la fonction publique n'est pas propre, en l' état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. Aucun des autres moyens invoqués et analysés ne sont davantage de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence et la fin de non-recevoir opposée par la commune de Pléneuf-Val-André au motif que l'arrêté aurait été entièrement exécuté à la date de l'introduction de la requête, de rejeter les conclusions à fins de suspension de la requête.
Sur les frais liés au litige :
8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Pléneuf-Val-André tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Pléneuf-Val-André présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Pléneuf-Val-André.
Fait à Rennes, le 23 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2405797
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026