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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405830

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405830

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGONULTAS

Résumé IA

**Référé mesures utiles (L. 521-3 CJA) – Demande de rendez-vous pour dépôt de titre de séjour – Tribunal administratif de Rennes – Rejet.** Le Tribunal administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B, ressortissant comorien, qui demandait, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet du Morbihan de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant s'étant placé lui-même dans cette situation en n'effectuant pas sa demande dans les délais réglementaires (entre 120 et 60 jours avant l'expiration du titre) et en ne fournissant pas les justificatifs requis malgré les relances de l'administration. La demande a été rejetée, ainsi que les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024, M. A B, représenté par Me Gonultas, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous pour lui permettre de procéder au dépôt d'une demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : l'impossibilité matérielle d'obtenir un rendez-vous afin de déposer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour porte atteinte à ses droits en le maintenant en situation de séjour irrégulier en l'absence d'attestation de prolongation d'instruction, et ce alors même qu'il est fondé à obtenir le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français ; il est exposé à un risque d'éloignement et est dans une situation de grande précarité dès lors qu'il a été mis fin à ses droits sociaux ;

- la mesure sollicitée est utile : il ne ressort pas des éléments du dossier que la préfecture ait statué définitivement sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfants français et, en l'absence de rendez-vous, il est privé de la possibilité de faire examiner sa demande ; il a tenté en vain d'obtenir un rendez-vous à plusieurs reprises ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : il justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français et sa demande de renouvellement de son titre de séjour est recevable ;

- la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : M. B s'est placé lui-même dans la situation d'urgence qu'il invoque ; il n'a introduit sa demande de renouvellement de son titre de séjour que 36 jours avant sa péremption et non entre les 120 et 60 jours imposés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en outre, il n'a pas communiqué de justificatif probant de l'entretien de ses enfants comme l'impose l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il a été plusieurs fois sollicité pour communiquer toutes les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande ;

- la mesure sollicitée n'est pas utile : M. B n'a produit aucune pièce justificative au moment de sa demande nécessaire pour lui permettre de l'examiner en dépit de trois relances de la part de ses services ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse dès lors que la demande de rendez-vous n'est pas la seule possibilité pour le requérant de régulariser sa demande puisqu'il est en mesure de se connecter aux services dématérialisés de l'Etat pour faire sa demande et y verser des pièces, ainsi qu'il l'a fait ;

- la mesure fait obstacle à l'exécution d'une décision administrative et M. B a tous les moyens légaux à sa disposition pour déposer sa demande en produisant les pièces qui lui ont été demandées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 31 mars 2023 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien né le 31 décembre 1973, entré en France en 2002, a obtenu un titre de séjour pluriannuel en qualité de parent d'enfant français valable jusqu'au 12 octobre 2023. Le 6 septembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a obtenu deux attestations de prolongation d'instruction, la dernière valable jusqu'au 7 mai 2024. Le 26 juin 2024, sa demande a été clôturée. Il demande, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à ce qu'il soit enjoint au préfet du Morbihan de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. B justifiant avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle le 1er octobre 2024, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

5. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci () ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise []. ". Aux termes, enfin, de l'article 1er de l'arrêté du 31 mars 2023 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice : " Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : / () 2° À compter du 5 avril 2023, les demandes de cartes de séjour temporaires, de cartes de séjour pluriannuelles, de cartes de résident et de certificats de résidence algériens délivrés en application des articles L. 411-1, L. 411-4, L. 423-7, L. 423-8 et L. 423-10 du même code () ".

6. Il est constant que M. B a sollicité, le 6 septembre 2023, le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) et qu'il s'est vu délivrer une attestation de dépôt en ligne, telle que prévue à l'article R. 432-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'une attestation de prolongation d'instruction. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le requérant s'est vu notifier, les 13 octobre 2023, 8 février 2024, 15 février 2024 et 19 juin 2024, via ce téléservice, plusieurs demandes pour compléter l'instruction de son dossier, la dernière portant sur la justification de la participation à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et que ce dernier a utilisé ce téléservice pour communiquer un certain nombre de documents. Si sa demande a été clôturée le 26 juin 2024, c'est uniquement au motif qu'il a présenté un dossier incomplet et non parce qu'il ne parvenait pas à utiliser le téléservice ANEF. Il n'établit pas avoir ultérieurement tenté en vain d'utiliser à nouveau ledit téléservice pour présenter une nouvelle demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la mesure sollicitée, qui tend à ce que la solution de substitution prévue à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit mise en œuvre est dépourvue d'utilité. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B.

Sur les frais liés au litige :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise pour information au préfet du Morbihan.

Fait à Rennes, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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