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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405851

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405851

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDELAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, M. B A, représenté par Me Delagne demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 24 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa demande, dans un délai identique ;

4°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Delagne d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 551-9 et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le directeur général de l 'Office de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Delagne, représentant M. A, absent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né en 1972, est entré en France le 15 juin 2022 et a déposé le 19 juillet 2022 une demande d'asile, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés le 17 décembre 2022. Le recours qu'il a formé contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile rendue le 14 février 2023 et notifiée le 10 juillet 2023. Le 24 septembre 2024, il a déposé auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par la décision attaquée du 24 septembre 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), territorialement compétente, a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, en raison de l'urgence à statuer sur sa requête, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; 3° Il présente un demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

5. La décision attaquée, qui est motivée en fait par la circonstance que M. A a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, vise, par ailleurs, les articles L. 555-15 et D. 555-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, ces articles sont inexistants. Par suite, en l'absence de toute mention ou référence relative à une règle de droit prévoyant les circonstances dans lesquelles les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées à un demandeur d'asile, la décision attaquée est dépourvue de motivation en droit. M. A est fondé, pour ce seul motif, à en demander l'annulation.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

6. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée, implique, au regard du motif de cette annulation, que l'OFII réexamine son droit aux conditions matérielles d'accueil. Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer le droit de M. A aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. M. A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, et sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Delagne, conseil du requérant, de la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 24 septembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et l'intégration a refusé à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer le droit de M. A aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Delagne la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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