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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405903

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405903

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreint à se présenter à la gendarmerie de Le Faouët deux fois par semaine ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 août 2024 du préfet du Morbihan ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Bourhis d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision l'astreignant à se présenter à la gendarmerie de Le Faouët deux fois par semaine :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ambert et les observations de Me Le Bourhis, représentant M. C, ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien, né le 1er mai 1982, est entré irrégulièrement en France durant l'été 2018. Le 5 mars 2024, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435.1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 août 2024, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au vu desquels le préfet du Morbihan a pris les décisions attaquées. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise que M. C est entré irrégulièrement en France durant l'été 2018, est sans enfant à charge et a conclu le 31 mai 2023 un pacte civil de solidarité avec une personne de nationalité française. Il mentionne qu'il n'exerce aucune activité professionnelle sur le territoire et ne justifie pas de ressources propres. Si M. C soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'il ne mentionne pas la présence de plusieurs frères et sœurs présents en France titulaires d'une carte de résident ainsi que ses problèmes de santé, il n'établit pas avoir communiqué ces informations à la préfecture du Morbihan préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Cette circonstance est ainsi sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Au vu de ces éléments, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France durant l'été 2018 et est sans enfant à charge. M. C a quatre frères et sœurs présents sur le territoire français titulaires d'une carte de résident. Il indique également avoir une sœur résidant dans son pays d'origine, au Mali. M. C, né le 1er mai 1982, a conclu le 31 mai 2023 un pacte civil de solidarité avec une personne de nationalité française, née le 18 avril 1969, avec laquelle il vit depuis août 2021. M. C se borne toutefois à joindre une succincte attestation d'hébergement de sa concubine du 8 septembre 2024 et une attestation du 20 novembre 2024. Aucun autre document, hormis un avis d'imposition du 19 juillet 2024, ne vient attester de la consistance et de l'intensité de ses liens avec sa concubine avec laquelle il déclare avoir une relation sentimentale depuis septembre 2021. Il est constant que M. C a fait l'objet en France d'une interdiction de conduire un véhicule du 23 mai 2024 au 23 novembre 2024 après avoir été condamné pour conduite d'un véhicule sans permis en ayant fait usage de stupéfiants. Il indique par ailleurs avoir des troubles cognitifs. Par les seuls éléments joints au dossier, le requérant n'établit pas que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. M. C indique avoir des troubles cognitifs nécessitant l'aide d'une tierce personne pour des activités de sa vie quotidienne. Il précise avoir effectué des activités de bénévolat en distribuant des flyers à l'occasion d'une " fête du cheval " ainsi que pour le " troc et puces " du grand port du Faouët durant cinq années et être membre de la société numismatique du pays de Lorient. Il est constant que M. C a fait l'objet en France d'une interdiction de conduire un véhicule du 23 mai 2024 au 23 novembre 2024 après avoir été condamné pour conduite d'un véhicule sans permis en ayant fait usage de stupéfiants. Par ces seuls éléments et ceux mentionnés au point 5 ci-dessus, M. C ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. En l'absence de nouvelles circonstances de fait ou de droit, depuis l'édiction de cette dernière mesure, faisant obstacle à son exécution, les conclusions subsidiaires à fin d'injonction doivent par ailleurs être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant malien, est entré en France durant l'été 2018. Un certificat médical du 16 septembre 2024, produit dans le cadre d'une demande adressée à la maison départementale des personnes handicapées, indique que M. C présente des troubles cognitifs majeurs consistant en des troubles de mémoire et de compréhension, une désorientation spatialo-temporelle et une désadaptation socio-familiale. Ce certificat précise que M. C a besoin de l'aide d'une tierce personne pour certaines tâches de sa vie quotidienne. Il est suivi en neurologie, ainsi que l'atteste une confirmation de rendez-vous avec un neurologue prévu le 28 janvier 2025. M. C dispose de la nationalité malienne et est originaire de Bamako. Compte tenu de la situation sécuritaire au Mali et surtout des troubles cognitifs majeurs que présente M. C, son renvoi au Mali lui ferait courir un risque réel de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision fixant le Mali comme pays de destination doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision l'astreignant à se présenter à la gendarmerie de Le Faouët deux fois par semaine :

12. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'arrêté du 26 août 2024 est suffisamment motivé.

13. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne que M. C a communiqué une adresse de domiciliation à Plouray. Elle indique qu'afin d'éviter un risque de fuite et de vérifier les diligences accomplies pour le départ, il y a lieu d'astreindre M. C à remettre l'original de son passeport et à se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie de Le Faouët afin d'y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ. Au vu de ces éléments, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. C est hébergé chez Mme B à Plouray et est astreint, par la décision attaquée, à se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie de Le Faouët, le mardi et le jeudi à 10 heures, afin d'y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ. M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de la distance, de 22 kilomètres, séparant la ville où il réside de la gendarmerie de Le Faouët. Il n'établit toutefois pas que sa compagne ne puisse pas l'y conduire ou qu'une autre gendarmerie, plus proche de son domicile, eût pu être choisie afin d'y vérifier ses diligences accomplies dans les préparatifs de son départ du territoire. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision l'astreignant à se présenter à la gendarmerie de Le Faouët deux fois par semaine doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui fait droit aux seules conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. L'Etat n'étant pas pour l'essentiel la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à sa charge au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Morbihan du 26 août 2024 est annulé en tant seulement qu'il fixe le Mali comme pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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