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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405975

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405975

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Rochard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 du préfet du Finistère portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il n'a pas été précédé d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfants ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit à la vie privée et familiale en le séparant de sa concubine durant deux ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tronel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant Sénégalais né en 1990, déclare être entré irrégulièrement en France en novembre 2018 et s'est par la suite maintenu irrégulièrement sur le territoire. Le 19 octobre 2023, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 12 mars 2024, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux années. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à M. A et fait état notamment de son entrée irrégulière en France en novembre 2018, à la suite de laquelle l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, sans solliciter de titre de séjour jusqu'à sa demande du 19 octobre 2023. En outre, l'acte attaque rappelle que le requérant, père de deux enfants mineurs présents au Sénégal, pays où il a vécu la majorité de sa vie, n'apporte aucun élément probant attestant de l'ancienneté et de la stabilité de sa vie commune avec sa concubine et ne fait valoir aucun autre lien privé ou familial en France. Par ailleurs, l'acte litigieux souligne que la promesse d'embauche pour un emploi d'ouvrier agricole dont le requérant se prévaut est insuffisante pour constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour. Enfin, la décision contestée mentionne qu'outre ses conditions de vie précaire, M. A est défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et de menace avec arme en état d'ivresse, et qu'il ne justifie donc pas d'une bonne insertion dans la société française. L'arrêté comporte ainsi, de manière non stéréotypée, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. Le signataire de l'arrêté attaqué, M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture du Finistère, a reçu, par arrêté du 26 février 2024 publié au recueil des actes administratifs du département du Finistère du 1er mars 2024, délégation du préfet de ce département à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion de la réquisition du comptable public. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

4. Il ressort de la motivation précédemment exposée que le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. A. Le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation doit, par suite, être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est présent en France depuis plus de cinq ans, cette durée de présence résulte pour l'essentiel de son maintien irrégulier sur le territoire, puis du temps d'instruction de sa demande de titre de séjour. M. A ne justifie par aucun élément probant l'ancienneté et la stabilité de sa vie commune avec sa concubine, et ne fait valoir aucun autre lien privé ou familial en France, alors que par ailleurs ses deux enfants mineurs résident au Sénégal, pays où il a vécu la majorité de sa vie. Il s'ensuit qu'en prenant les décisions contestées, le préfet n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, doit également être écarté le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'emporterait le refus de titre de séjour et la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. A.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A dirigées contre les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. L'erreur de plume sur les nom et prénom de M. A dans l'avant-dernier considérant, aussi regrettable soit-elle, ne révèle en soi ni une insuffisante motivation, ni un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant au regard de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Ces deux moyens doivent, par suite, être écartés.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le préfet, en édictant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux années n'a pas méconnu le droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, contrairement à ce que soutient ce dernier. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, dirigées contre l'arrêté du 12 mars 2024, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. A à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, où siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

Le président rapporteur,

Signé

N. Tronel L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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