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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406001

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406001

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le requérant, qui avait présenté une demande d'asile sous une fausse identité, soutenait notamment une violation de la procédure contradictoire et une insuffisance de motivation. Le tribunal a écarté ces moyens, jugeant que la procédure prévue à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avait été respectée et que la décision était suffisamment motivée. La solution retenue confirme le bien-fondé de la décision de l'OFII fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 1er octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de garantir son maintien dans un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Roilette d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'OFII ne l'a pas mis en mesure de présenter des observations écrites avant l'édiction de la décision attaquée ; ainsi, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il n'est pas établi qu'un entretien de vulnérabilité ait eu lieu ;

- s'il a présenté une demande d'asile sous une fausse identité, c'est sous contrainte et craignant pour la vie de sa mère ; ainsi, la décision attaquée viole l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 522-3 du même code, tout en étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été informé, par courrier du 17 septembre 2024, de l'intention de l'OFII de cesser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et que le pli contenant ce courrier a été présenté à l'adresse connue de l'OFII le 19 septembre 2024 avant d'être mis en instance, le requérant ayant été avisé de cette circonstance. Ce dernier, auquel le courrier du 17 septembre 2024 a été régulièrement notifié, a ainsi été mis en mesure de présenter des observations écrites avant l'édiction de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire mentionnée à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions dont elle fait application soit notamment l'article L. 551-16 et l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le requérant a tenté de présenter une demande d'asile sous une fausse identité. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que l'OFII a procédé à un examen complet de la situation du requérant.

6. En quatrième lieu, contrairement à ce qui est allégué, un entretien de vulnérabilité a été mené le 11 décembre 2023.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté une première demande d'asile le 8 décembre 2023 devant la préfecture de Seine-et-Marne en indiquant alors avoir pour nom A B, être né le 5 mars 1998 et être de nationalité soudanaise, avant de tenter de solliciter à nouveau l'asile, le 13 septembre 2024, sous l'identité d'Adil Omar. Il indiquait alors être né le 5 janvier 1995 et être soudanais. Ces circonstances révèlent qu'il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, au sens du 6° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, d'une part, aucun élément sérieux ne tend à suggérer qu'il aurait fraudé à l'asile sous la contrainte d'une tierce personne. D'autre part, aucun élément suffisamment circonstancié, notamment d'ordre médical, ne révèle qu'il serait dans un état de vulnérabilité faisant obstacle à la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui exigent une prise en compte de la vulnérabilité des demandeurs, doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré d'une erreur quant à l'appréciation de la vulnérabilité du requérant.

8. En sixième lieu, aucun élément du dossier ne suggère que la décision attaquée puisse avoir à l'égard du requérant des effets tels qu'ils soient assimilables à des traitements inhumains ou dégradants. Ainsi, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Roilette et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière,

signé

P. LecompteLa greffière,

**********

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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