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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406005

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406005

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024 sous le n° 2406005, M. H G, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est dépourvu de base légale ;

- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 9 octobre 2024, sous le n° 2406006, Mme B F, représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine l'assignant à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est dépourvu de base légale ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Le Bihan, représentant M. G et Mme F, qui reprend ses écritures en indiquant que le principe de non rétroactivité de la loi ne permet pas de se fonder sur une obligation de quitter le territoire français antérieure aux dispositions en vigueur permettant de les assigner,

- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui fait valoir que la requête de Mme F est tardive et comme telle irrecevable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2406005 et n° 2406006 présentées pour M. G et Mme F présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. G et Mme F justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité des arrêtés d'assignation à résidence :

3. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon arrêté du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme E A, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. Si M. G et Mme F soutiennent que les assignations à résidence sont dépourvues de base légale pour être fondées sur un arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 19 mai 2024 dont ils n'ont pas reçu notification, il ressort des pièces des dossiers que les arrêtés visent les arrêtés de mai 2022 les fondant et que c'est par une erreur de plume restant sans influence sur le sens des décisions que le préfet d'Ille-et-Vilaine mentionne ensuite, s'agissant de Mme F, le 19 mai 2024 et s'agissant de M. G le 31 mai 2022. Au demeurant, les intéressés ont reçu notification de ces obligations de quitter le territoire français qu'ils ont ensuite déféré devant le tribunal administratif de céans. Le moyen tiré du défaut de base légal en l'absence de décisions de 2024 doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. Il résulte des dispositions de la loi du 26 janvier 2024 que les nouvelles dispositions permettant à l'autorité administrative d'assigner à résidence un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant, introduites par le 2° du VI de l'article 72 de cette loi, sont applicables immédiatement, soit le lendemain de la publication de la loi au Journal officiel de la République française, en l'absence de disposition réglementaire nécessaire à leur application. Il ne ressort, par ailleurs, d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une obligation de quitter le territoire français deviendrait caduque à défaut d'avoir été exécutée à l'issue d'un délai déterminé. Il s'ensuit que l'écoulement du temps depuis l'édiction des obligations de quitter le territoire français prises à l'encontre de M. G et Mme F le 19 mai 2022, soit moins de trois ans avant l'intervention des assignations à résidence, n'a pas, en lui-même, eu pour effet de placer les intéressés dans une situation juridique définitivement constituée, faisant obstacle à ce que la loi attache de nouvelles conséquences juridiques à ces mesures d'éloignement. L'autorité administrative pouvait ainsi prendre à l'encontre de M. G et Mme F, des décisions les assignant à résidence en faisant application des dispositions nouvelles de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non rétroactivité de la loi et du défaut de base légale en résultant doit être écarté.

7. Il ressort également des pièces des dossiers que le délai de départ volontaire fixé par les obligations de quitter le territoire français en était expiré. Enfin, les intéressés n'apportent aucun élément susceptible d'établir que leur éloignement ne serait pas une perspective raisonnable. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête n° 2406006, que M. G et Mme F ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 2 octobre 2024 portant assignation à résidence.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. G et Mme F présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : M. G et Mme F sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes n° 2406005 de M. G et n° 2406006 de Mme F sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H G, à Mme B F et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. DLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2406005, 2406006

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