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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406011

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406011

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 27 septembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de lui indiquer un lieu d'hébergement dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir et de lui verser les sommes dues majorées des intérêts au taux légal, et, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de trois jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision ne fait pas état de sa demande d'asile ; la motivation de la décision ne permet pas de vérifier que son auteur a pris en compte les raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ses obligations ; sa vulnérabilité n'a pas été examinée ; ainsi, la décision est entachée d'un défaut d'examen, d'une insuffisance de motivation et d'un vice de procédure ;

- l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu dès lors que sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en compte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouno,

- les observations de Me Louis, substituant Me Le Strat, représentant M. B, présent.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme D C, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, laquelle a reçu délégation à l'effet de signer tous les actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rennes en vertu d'une décision du 15 janvier 2019 régulièrement publiée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'en vertu d'une décision du 15 mars 2023 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant organisation générale de cet office, " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, Mme C était compétente pour signer la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions dont elle fait application, soit notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que le requérant n'a pas exposé les raisons pour lesquelles il n'avait pas déféré aux convocations qui lui avaient été faites par les autorités. La décision attaquée, qui refuse le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les services de l'OFII ont procédé à un entretien de vulnérabilité le 8 novembre 2022 et ont examiné les explications du requérant justifiant, selon lui, qu'il ne se soit pas présenté aux autorités de police les 6 et 26 juillet 2023. Ainsi, l'OFII ne peut qu'être regardé comme ayant procédé à un examen complet de la situation particulière du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un tel examen manque en fait.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré d'un vice de procédure n'est pas assorti des précisions permettant que le tribunal en apprécie le bien-fondé.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la vulnérabilité du requérant a été évaluée par l'OFII préalablement à l'édiction de la décision attaquée, sur le fondement de la dernière phrase de l'article L. 551-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, devant le tribunal, le requérant ne justifie, par aucun élément tangible, d'une quelconque vulnérabilité particulière. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître l'article L. 551-16 que l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice du requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Le Strat et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière,

signé

P. LecompteLa greffière,

**********

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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