lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406028 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Roilette, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 juin 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de lui attribuer une place dans un centre d'accueil pour demandeur d'asile, de mettre en place un suivi social, garanti par un accompagnant social ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : il ne dispose d'aucune solution d'hébergement et n'a pas la garantie de pouvoir subvenir à ses besoins les plus élémentaires . il existe également un risque de rupture de prise en charge médicale alors qu'il souffre de troubles psychiatriques et physiques ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation, sa vulnérabilité n'ayant pas été prise en compte ;
- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ait rendu un avis comme l'imposent les dispositions de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas été informé au début de sa demande d'asile des modalités de retrait et de cessation des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il souffre d'un trouble mental en lien avec un syndrome anxiodépressif, de céphalées et de lombalgies chroniques et est ainsi en situation de particulière vulnérabilité ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à sa situation de vulnérabilité psychologique.
Vu :
- la requête au fond n° 2406027 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 5 juin 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil formée par M. A, ressortissant afghan né le 13 avril 1996. Il demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A justifiant avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle le 1er août 2024, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, le requérant se prévaut de ce qu'il est sans solution d'hébergement, dans une situation de dénuement matériel extrême et invoque sa situation de vulnérabilité au motif qu'il souffre d'un trouble anxieux généralisé en lien avec un stress post-traumatique, de céphalées de tension et de lombalgies chroniques. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 septembre 2022, que l'autorité administrative a estimé qu'un autre Etat membre était responsable de sa demande d'asile, qu'il est dépourvu d'attestation de demandeur d'asile depuis le 8 juin 2023 et ne s'est représenté auprès des autorités françaises que le 28 mai 2024. M. A n'explique pas comment il est parvenu à subvenir à ses besoins durant cette période de presque un an pendant laquelle il a vécu de façon irrégulière en France ni davantage le délai de quatre mois mis à saisir le juge des référés après l'édiction de la décision en litige. En outre, si M. A se prévaut d'importants problèmes de santé, il ne produit aucun élément relatif à une éventuelle prise en charge médicale. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme justifiant que l'exécution de la décision en litige serait de nature à caractériser une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation qui résulterait de l'acte attaqué, justifiant qu'une mesure provisoire soit prononcée à bref délai. En conséquence, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de M. A par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie de la présente ordonnance sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Rennes, le 14 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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