jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | SEMINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, Mme D, représentée par Me Semino, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 2 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai de trois jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Semino d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle, et notamment de son état de santé ;
- il n'est pas établi que l'agent ayant conduit l'entretien de vulnérabilité aurait suivi une formation spécifique ;
- le caractère contradictoire de la procédure, garanti par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, n'a pas été respecté alors que la décision attaquée a été prise en considération de la personne, au sens de cet article ;
- l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu dès lors qu'elle justifie d'un motif légitime pour ne pas avoir demandé l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours et qu'elle présente une forte vulnérabilité ;
- pour les mêmes motifs, la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jouno,
- et les observations de Me Semino représentant Mme B, présente, qui soutient que toutes les questions requises ne lui ont pas été posées lors de l'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, que l'avis du médecin de l'OFII n'a pas été sollicité avant l'adoption de la décision attaquée et qu'il n'est pas établi que l'agent ayant mené l'entretien était habilité à cet effet.
L'OFII n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C A, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, laquelle a reçu délégation à l'effet de signer tous les actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rennes en vertu d'une décision du 15 janvier 2019 régulièrement publiée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'en vertu d'une décision du 15 mars 2023 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant organisation générale de cet office, " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, Mme A était compétente pour signer la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit ainsi être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions dont elle fait application, soit notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que, sans motif légitime, la requérante n'a pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son arrivée en France. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, la requérante ne saurait invoquer utilement les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la procédure applicable en matière d'octroi des conditions matérielles d'accueil est entièrement régie par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, au surplus, cet article réserve le cas des décisions qui, comme celle litigieuse, sont prises à la suite d'une demande des administrés.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les services de l'OFII ont procédé à un entretien de vulnérabilité le 2 octobre 2024 et ont pris en compte l'ensemble des faits nécessaires à l'application du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, l'OFII ne peut qu'être regardé comme ayant procédé à un examen complet de la situation particulière de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un tel examen manque en fait.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, à l'occasion de l'entretien tendant à l'appréciation de sa vulnérabilité, qui a été mené par l'OFII, la requérante n'a présenté aucun document à caractère médical, en sorte que, contrairement à ce qui est allégué, il n'y avait pas lieu, pour le médecin de l'OFII d'émettre un avis. Le moyen tiré de la violation de la procédure fixée à l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté.
8. En sixième lieu, contrairement à ce qui est allégué, aucune pièce du dossier ne révèle, en tout état de cause, que l'agent ayant réalisé l'évaluation de sa vulnérabilité n'aurait été ni formé ni habilité pour mener celle-ci.
9. En septième lieu, si la requérante soutient que toutes les questions requises ne lui ont pas été posées lors de l'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, ce moyen n'est pas assorti des précisions nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé.
10. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le 3° de l'article L. 531-27 mentionne la situation dans laquelle, " sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".
11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, entrée en France en avril 2024, n'a présenté sa demande d'asile devant le guichet unique de la préfecture qu'en octobre 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucun motif légitime au sens du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circonstance qu'elle ait été mal conseillée par des proches ne pouvant être assimilée à un tel motif. Ainsi, elle est au nombre des personnes auxquelles les conditions matérielles d'accueil doivent, en principe, être refusées totalement ou partiellement.
12. D'autre part, aucun élément du dossier ne révèle l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité devant être prise en compte, liée notamment à des troubles de santé. En effet, si la requérante produit deux ordonnances, qui révèlent que des anxiolytiques lui sont prescrits, ils ne suffisent pas à caractériser une vulnérabilité spécifique.
13. Ainsi, la décision attaquée ne méconnaît ni les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles des articles L. 522-1 et L. 522-3 du même code, qui imposent de tenir compte de la vulnérabilité des demandeurs.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Semino et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
T. JounoLa greffière,
signé
P. LecompteLa greffière,
**********
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026