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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406037

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406037

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a annulé la décision du 4 octobre 2024 par laquelle l'OFII refusait à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le juge a considéré que l'OFII n'avait pas procédé à un examen complet de la situation de vulnérabilité de la requérante, notamment en raison de son état de santé (séropositivité au VIH), en méconnaissance des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision a été jugée entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut de motivation. Le tribunal a enjoint à l'OFII de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, et trois mémoires, enregistrés les 10 et 14 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de lui accorder une place dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, de mettre en place un suivi social et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Roilette d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- alors même que sa situation nécessite une prise en charge médicale, aucun avis n'a été émis conformément à l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- eu égard à sa santé et notamment à la circonstance qu'elle est porteuse du VIH, la décision attaquée ne peut qu'être regardée comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation des articles L. 551-15 ainsi que L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 a été inexactement transposée à l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, cet article permet de refuser totalement les conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur d'asile a introduit une demande d'asile postérieurement à l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours alors que la directive prévoit que l'introduction d'une demande d'asile après le délai de quatre-vingt-dix jours ne permet à l'autorité administrative que de refuser partiellement les conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le 3° de l'article L. 531-27 mentionne la situation dans laquelle, " sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

3. Il ressort certes des pièces du dossier que la requérante, entrée en France le 31 mai 2022, n'a présenté sa demande d'asile devant le guichet unique de la préfecture que le 4 octobre 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucun motif légitime au sens du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, elle est au nombre des personnes auxquelles les conditions matérielles d'accueil doivent, sauf cas particulier, être refusées totalement ou partiellement.

4. Toutefois, d'une part, si un entretien a été mené, le 4 octobre 2024, il ne ressort pas du compte rendu de celui-ci que la requérante ait été interrogée sur les troubles de santé dont elle souffrait, et dont elle avait fait état. Par ailleurs, les motifs de la décision attaquée ne révèlent pas que la gravité de ces troubles de santé ait été prise en compte par l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant que cette décision soit adoptée. De telles circonstances révèlent, eu égard à la nature et à la gravité des troubles de santé dont il s'agit, un défaut d'examen complet de la situation de la requérante.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, ressortissante guinéenne née en 2002, est atteinte du VIH, pathologie qui lui a été diagnostiquée en août 2024. Un certificat médical établi le 9 octobre 2024 par un praticien de la permanence d'accès aux soins de santé du groupe hospitalier de Bretagne Sud indique également, en des termes suffisamment circonstanciés, que la requérante a subi, sur son parcours migratoire ou dans son pays d'origine, des violences physiques et, notamment, sexuelles et ajoute qu'elle souffre en conséquence d'une angoisse réactionnelle majeure. Dans ces conditions, la requérante, qui doit au surplus être regardée comme étant isolée alors même qu'un de ses " cousins " réside en Ile-de-France, ne pouvait qu'être regardée comme étant vulnérable. En ne prenant pas dûment en compte cette vulnérabilité, l'OFII a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner le surplus des moyens.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'annulation prononcée au point précédent implique seulement que, dans un délai d'un mois à compter du prononcé du présent jugement, l'OFII réexamine la demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil présentée par Mme B en tenant effectivement compte de sa vulnérabilité. Il n'est pas nécessaire d'assortir une telle injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'OFII une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 4 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer la demande de Mme B dans un délai d'un mois à compter du prononcé du présent jugement.

Article 4 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Roilette et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière,

signé

P. LecompteLa greffière,

**********

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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