mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | KERRIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 15 octobre 2024, M. D B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Kerrien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il ne comporte pas une signature lisible ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et en particulier de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure au regard du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 et 16 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 14 octobre 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-six jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les observations de Me Kerrien, avocat commis d'office représentant M. B, qui maintient les conclusions de la requête et reprend les moyens de la requête, en particulier ceux tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. B et de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;
- et les explications de M. B, assisté d'une interprète en arabe.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Selon ses déclarations, M. B serait un ressortissant algérien né en juillet 2005 à Marrakech (Maroc) et serait présent en France depuis environ trois mois. À la suite de son interpellation le 29 septembre 2024, le préfet du Calvados, par un arrêté du 30 septembre 2024 dont M. B demande l'annulation, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Après que l'intéressé a été à nouveau interpelé et auditionné le 9 octobre 2024, il a été placé au centre de rétention administrative de Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine).
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le préfet du Calvados a, par un arrêté du 11 septembre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce département, donné délégation de signature à Mme C A, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
4. L'arrêté attaqué a été signé, comme il le mentionne en caractères lisibles, par Mme C A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture du Calvados. Cet arrêté comporte également la signature de cette dernière. La circonstance que cette signature ne soit pas entièrement lisible, du moins dans la copie produite dans la présente instance, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, notamment s'agissant de la situation administrative, personnelle et familiale du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit, par suite, être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation des décisions attaquées, que le préfet du Calvados doit être regardé comme ayant procédé à un examen suffisamment personnalisé et sérieux de la situation du requérant. Si M. B conteste la mention de cet arrêté selon laquelle il n'est " pas en mesure de justifier un domicile sur le territoire français, indiquant seulement vivre chez sa "tante" ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté, le préfet avait connaissance de l'attestation d'hébergement établie par une personne présentée comme sa tante. Cette attestation, au demeurant datée du " 10-10-2007 " et qui indique que sa signataire héberge M. B à titre gratuit depuis le 27 septembre 2024 à son domicile sans évoquer de lien familial avec l'intéressé, n'est au demeurant pas suffisante pour justifier d'un domicile stable en France. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation du requérant doit être écarté.
7. En cinquième lieu, si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant au soutien des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union, il résulte par ailleurs de la jurisprudence de cette cour que le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 30 septembre 2024 produit en défense, que M. B a été interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire et a été invité à formuler des observations sur sa situation personnelle et familiale ainsi que sur la perspective d'une mesure d'éloignement. À cette occasion, il a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur sa situation irrégulière et sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas même allégué qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre les décisions attaquées. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
10. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
11. L'arrêté litigieux n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire et le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire susceptible de justifier que ne soit pas prononcée une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français dans une telle hypothèse. L'existence d'une telle circonstance exceptionnelle ne ressortant pas des pièces du dossier, il appartenait au préfet du Calvados d'assortir sa décision d'obligation à quitter le territoire français d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Pour établir que la durée d'un an de cette interdiction serait excessive, M. B fait valoir qu'il est hébergé chez une tante qui habite à Rouen et qu'il n'est pas allégué par le préfet qu'il présenterait une menace à l'ordre public. Cependant, la seule attestation d'hébergement qu'il produit ne permet d'établir ni les liens familiaux du requérant avec la personne qui a attesté l'héberger depuis le 27 septembre 2024, soit trois jours avant l'intervention de l'arrêté attaqué, ni même l'intensité de ces liens. Dans ces conditions, et à supposer même qu'à la date de l'arrêté attaqué il ne pouvait être regardé comme présentant une menace à l'ordre public, compte tenu de son entrée très récente sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France tels qu'établis et de l'absence d'une précédente mesure d'éloignement, la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pendant un an n'est entachée d'erreur d'appréciation ni dans son principe ni dans sa durée.
12. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, en particulier s'agissant de la présence en France de sa tante invoquée par M. B, et en l'absence d'argument propre développé par le requérant à l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance par la décision lui portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise, de sorte que ce moyen doit être écarté.
14. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation soulevés dans la requête de manière générale à l'encontre de toutes les décisions attaquées ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant à la magistrate désignée du tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent dès lors être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Calvados.
Décision communiquée aux parties le 16 octobre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La magistrate désignée,
signé
C. RenéLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026