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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406069

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406069

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJEANMOUGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 octobre et 17 décembre 2024, M. N A, représenté par Me Jeanmougin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a astreint à remettre l'original de son passeport et à se présenter au commissariat de police de Lorient ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " raison de santé " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration soit régulier et qu'il comporte l'ensemble des mentions requises ;

- il remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé requiert une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui ne pourrait pas être assurée dans son pays d'origine ; le diagnostic de sa pathologie n'est pas encore posé et il doit faire l'objet d'un contrôle de surveillance semestriel avec un nouveau scanner thoracique en février 2025 ; il existe une suspicion de tuberculose et en cas de retour au Sénégal il ne pourrait pas effectivement bénéficier de soins appropriés à sa pathologie ; le préfet a commis ainsi une erreur d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de fixation du pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'astreignant à se présenter les mardis et jeudis à 10 heures au commissariat de police de Lorient doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 novembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête de M. A

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy, rapporteur,

- et les observations de Me Jeanmougin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1979, est entré en France régulièrement en dernier lieu le 28 mai 2022 muni d'un passeport en cours de validité et d'un visa de type C permettant des entrées multiples sur la période du 10 avril 2022 au 9 avril 2023 et un séjour d'une durée maximum de 90 jours. Le 22 août 2022, il a été admis au service des urgences de l'hôpital sud de Lorient, où il a été hospitalisé jusqu'au 6 septembre 2022. Il a été à nouveau hospitalisé dans le même établissement de santé entre le 9 et le 15 septembre 2022 et a dû suivre après sa sortie un traitement médicamenteux ainsi que faire l'objet d'un suivi médical régulier. Le 29 juin 2023, M. A a sollicité auprès des services de la préfecture Morbihan la délivrance d'un titre de séjour en invoquant son état de santé. Une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 7 mai 2024 lui a alors été délivrée. Le 31 mars 2024, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 13 septembre 2024, le préfet du Morbihan a refusé de procéder à ce renouvellement, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

2. M. A doit, en raison de l'urgence, être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

3. L'arrêté attaqué est signé par Mme G E, cheffe de l'éloignement et du contentieux par intérim à la préfecture du Morbihan. Afin de justifier de sa compétence le préfet du Morbihan produit un arrêté du 11 septembre 2024, régulièrement publié, donnant à titre principal délégation de signature à M. J M, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer, dans le cadre des attributions et compétences de sa direction, toutes décisions ou pièces, à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions comprises dans l'arrêté attaqué, lesquelles relèvent par ailleurs des attributions et compétences de la direction de la citoyenneté et de la légalité. L'article 8 de cet arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. J M, la délégation de signature sera exercée notamment par Mme L K, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité dans le cadre exclusif des attributions de son bureau. Son article 9 précise qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. J M et de Mme L K, la délégation de signature sera exercée dans le cadre exclusif des attributions de leurs sections par Mme B I, cheffe de la section éloignement et contentieux et par Mme C F, cheffe de la section séjour et que, si Mme I et Mme F sont également absentes, Mme G E, désignée cheffe du pôle éloignement et contentieux par intérim pourra compétemment signer les actes relevant du pôle éloignement et contentieux, M. H D désigné chef du pôle séjour par intérim étant alors compétent pour signer les actes relevant du pôle séjour. L'article 3 de cet arrêté, qui distingue les compétences respectives de la section séjour et de la section éloignement et contentieux ne prévoyant pas que les décisions refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour relèveraient des attributions de la section éloignement et contentieux dès lors qu'elles sont assorties d'une obligation de quitter le territoire, M. A est fondé à soutenir que la décision, comprise dans l'arrêté attaqué, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a été prise par un agent de la préfecture du Morbihan n'en détenant pas la compétence et pour ce motif à en obtenir l'annulation.

4. La décision refusant à M. A le renouvellement de son titre de séjour fondant la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette obligation est désormais dépourvue de fondement légal et doit également être annulée. Il en est de même des autres décisions comprises dans l'arrêté attaqué, qui pour leur part, ont comme fondement légal la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, l'arrêté attaqué doit être entièrement annulé.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

5. Le présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué en tant qu'il n'a pas été pris par l'autorité compétente, implique uniquement que la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A soit réexaminée. Il est enjoint au préfet du Morbihan de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jeanmougin, d'une somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée, à titre provisoire, à M. A.

Article 2 : L'arrêté attaqué du 13 septembre 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Jeanmougin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Jeanmougin une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. N A, au préfet du Morbihan et à Me Jeanmougin.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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