jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PERES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 octobre 2024 et le 20 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Peres, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui fait interdiction d'un retour en France durant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à l'effacement du signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté préfectoral contesté a été signé par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le préfet a entaché sa décision d'éloignement d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article 13 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2019 et de l'article R. 8252-1 du code du travail, faute d'établir l'avoir informé de ses droits en sa qualité de victime de travail illégal ;
- les décisions par lesquelles le préfet l'oblige à quitter le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction d'un retour en France pendant un an sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de sa relation avec une ressortissante française ;
- la décision fixant le pays de destination et la décision portant interdiction de retour en France ayant été prises sur le fondement d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français illégale, elles doivent être annulées par voie de conséquence.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 et 28 novembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2009/52/CE du 18 juin 2019 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- et les observations de Me Peres, représentant M. A, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant brésilien, né le 22 décembre 2004 à Goiania (Brésil), est entré en France le 1er juin 2023 et s'est maintenu depuis sur le territoire sans entreprendre les démarches pour régulariser sa situation relative aux droits au séjour. Après audition de l'intéressé par les services de police dans le cadre d'une enquête préliminaire pour détention et usage de faux documents, le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a notifié un arrêté du 26 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et lui interdisant un retour en France pendant un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, l'article 13 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier prévoit notamment que : " Les États membres veillent à ce qu'il existe des mécanismes efficaces à travers lesquels les ressortissants de pays tiers employés illégalement peuvent porter plainte à l'encontre de leurs employeurs () En ce qui concerne les infractions pénales visée à l'article 9, paragraphe 1, points c) ou e), les États membres définissent, dans le cadre de leur droit national, les conditions dans lesquelles ils peuvent délivrer, cas par cas, des titres de séjour d'une durée limitée, en fonction de la longueur des procédures nationales correspondantes, aux ressortissants de pays tiers intéressés ". En outre, l'article 6 de cette directive précise que : " Les ressortissants de pays tiers employés illégalement sont systématiquement et objectivement informés des droits que leur confèrent le présent paragraphe ainsi que l'article 13, avant l'exécution de toute décision de retour ".
3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 8252-1 du code du travail adoptées pour assurer la transposition en droit français des objectifs fixés par l'article 13 de la directive 2009/52/CE : " Lorsque l'un des agents mentionnés à l'article L. 8271-7 constate qu'un travailleur étranger est occupé sans être en possession d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, il lui remet un document l'informant de ses droits dont le contenu est défini à l'article R. 8252-2 ". L'article R. 8252-2 du même code dispose que : " Le document remis au salarié étranger sans titre comporte les informations suivantes : 1. Dans tous les cas : () f) La possibilité de porter plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre les infractions visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal et de pouvoir bénéficier à cet effet d'une carte de séjour temporaire durant la procédure, au titre de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Selon l'article 225-4-1 du code pénal, " I- La traite des êtres humains est le fait de recruter une personne, de la transporter, de la transférer, de l'héberger ou de l'accueillir à des fins d'exploitation dans l'une des circonstances suivantes : / () 4° Soit en échange ou par l'octroi d'une rémunération ou de tout autre avantage ou d'une promesse de rémunération ou d'avantage. () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ". Selon l'article R. 425-1 de ce code : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / () Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. () ". L'article R. 425-2 du même code précise que : " L'étranger à qui un service de police ou de gendarmerie fournit les informations mentionnées à l'article R. 425-1 et qui choisit de bénéficier du délai de réflexion de trente jours prévu au même article se voit délivrer un récépissé de même durée par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police, conformément aux dispositions de l'article R. 425-3. Ce délai court à compter de la remise du récépissé. Pendant le délai de réflexion, aucune décision d'éloignement ne peut être prise à l'encontre de l'étranger en application de l'article L. 611-1, ni exécutée. / Le délai de réflexion peut, à tout moment, être interrompu et le récépissé mentionné au premier alinéa retiré par le préfet territorialement compétent, si l'étranger a, de sa propre initiative, renoué un lien avec les auteurs des infractions mentionnées à l'article R. 425-1, ou si sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public. ".
5. Les dispositions précitées des articles R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles R. 8252-1 et R. 8252-2 du code du travail chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite.
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de l'audition de M. A par les services de police, le 26 septembre 2024, que celui-ci a déclaré être arrivé en France le 1er juin 2023 après avoir été en relation avec la société Go Interim, qui s'est chargée de lui trouver un emploi, exercé sous couvert d'un faux document portugais qui lui a été remis à son installation sur le territoire. Il a ajouté que son employeur l'avait informé que le document était faux tout en lui assurant qu'il ferait le nécessaire auprès des services préfectoraux pour régulariser sa situation. Il a également précisé avoir subi des pressions de son employeur, compte tenu de sa situation irrégulière, sur le nombre de pièces à faire, sur le rythme de travail et sur les heures supplémentaires à effectuer, la rémunération perçue étant variable, sans correspondance avec les heures travaillées. Ces déclarations sont confortées par les déclarations d'autres ressortissants brésiliens, ayant également fait l'objet d'auditions par le même service de police au mois de septembre 2024, dont les procès-verbaux sont produits. Le conseil du requérant souligne, sans être contredit en défense, que l'agence Go Interim fait partie d'un réseau visant à recruter des travailleurs brésiliens en situation irrégulière afin de les mettre à disposition d'usines de découpe de viande, dans lesquelles ils sont soumis à des conditions de travail indignes. Au regard de ces éléments, il n'est pas contesté par le préfet d'Ille-et-Vilaine que le requérant pouvait raisonnablement être regardé par l'officier de police judiciaire chargé de l'auditionner comme victime de traite des êtres humains au sens des dispositions précitées de l'article 225-4-1 du code pénal. En se bornant à faire valoir que M. A n'a pas déposé plainte antérieurement ou postérieurement à l'arrêté préfectoral en litige, le préfet n'établit pas que les agents du service de la police aux frontières terrestres de Rennes lui auraient remis, lors de son audition du 26 septembre 2024, le document mentionné à l'article R. 8252-2 du code du travail ou que ce document lui aurait été remis, par ailleurs, avant l'édiction de la mesure d'éloignement, datée du jour de cette audition. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie prévue par les dispositions de l'article 13 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du conseil du 18 juin 2009 et les articles du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cités aux points 3 et 4, qui en assurent la transposition en droit français, et que la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français, intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, est illégale.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 septembre 2024 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que par voie de conséquence, des décisions du même jour fixant le pays de destination et lui faisant interdiction d'un retour sur le territoire français pendant un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Les motifs d'annulation de l'arrêté préfectoral en litige impliquent seulement que le préfet d'Ille-et-Vilaine procède au réexamen de la situation administrative de M. A, au regard des garanties prévues notamment par les articles R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à ce nouvel examen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à M. A d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
M. Thalabard
Le président,
signé
E. Berthon
La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026