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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406128

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406128

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme B, qui contestait le refus de l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de refus, fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était suffisamment motivée et que l'OFII avait procédé à un examen complet de sa situation. Il a également estimé que l'absence de consultation d'un médecin n'était pas fautive, faute de documents médicaux produits, et que l'agent ayant mené l'entretien était présumé qualifié. En conséquence, la solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII :

- de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil,

- de lui accorder une place dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile,

- de mettre en place un suivi social,

- et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi de 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- l'OFII aurait dû recueillir l'avis du médecin de l'OFII ;

- il n'est pas établi que l'agent qui a mené l'entretien était qualifié pour le faire, en méconnaissance de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision litigieuse ne peut qu'être regardée comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et en violation des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision en litige est également contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Terras a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, entrée en France le 18 septembre 2022 selon ses déclarations, a déposé une demande d'asile enregistrée auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 11 octobre 2024. Par une décision du même jour, dont elle demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B démontre avoir déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature () ".

4. Il ressort des termes de la décision litigieuse qu'elle vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que Mme B n'a pas sollicité l'asile dans un délai de 90 jours et ce, sans motif légitime. Elle est ainsi parfaitement motivée en droit et en fait.

5. En deuxième lieu, il résulte de la motivation précédemment exposée que, contrairement à ce que soutient Mme B, l'OFII a procédé à un examen suffisant de sa situation particulière.

6. En troisième lieu, Mme B n'établit pas qu'elle a produit des documents à caractère médical lors de l'entretien de vulnérabilité conduit en langue turque qu'elle comprend, qui auraient pu conduire l'OFII à les faire examiner par un médecin de l'OFII.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la fiche d'évaluation de vulnérabilité a été signée par son auteur qui a également apposé le cachet de l'OFII et ajouté ses initiales afin de s'identifier. Si la requérante soutient qu'il n'est pas établi que cet agent avait reçu une formation spécifique lui donnant qualité pour mener cet entretien, aucune disposition n'impose que soit portées les mentions, sur ce compte-rendu, de l'identité et de la qualification de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme un agent habilité ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le 3° de l'article L. 531-27 mentionne la situation dans laquelle, " sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, entrée en France le 18 septembre 2022, n'a présenté sa demande d'asile devant le guichet unique de la préfecture que le 8 octobre 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucun motif légitime au sens du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, elle est au nombre des personnes auxquelles les conditions matérielles d'accueil doivent, sauf cas particulier, être refusées totalement ou partiellement.

10. Si Mme B soutient qu'elle est seule avec trois enfants mineurs à charge, il ressort toutefois de la fiche d'entretien de vulnérabilité qu'elle a déclaré être hébergée chez son mari. Par suite, elle ne peut être considérée comme étant isolée. Le moyen tiré de ce que le directeur de l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. En sixième lieu, Mme B n'est pas fondée à soutenir que, par le seul fait qu'elle est parente isolée de trois enfants mineurs, la décision en litige l'exposerait à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant alors que la décision en litige n'a pas pour effet de la séparer de ses enfants.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. L'OFII n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à la charge de celui-ci la somme que Mme B demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Terras Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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