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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406147

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406147

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024 sous le n° 2406147, Mme A F, représentée par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet du Morbihan lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des circonstances humanitaires ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les articles 3, 23 et 24 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024 sous le n° 2406146, Mme A F, représentée par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assignée à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024 sous le n° 2406153, M. J H, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet du Morbihan lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des circonstances humanitaires ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les articles 3, 23 et 24 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

IV. Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024 sous le n° 2406152, M. J H, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me N'Guyen, substituant Me Béguin, représentant Mme F et M. H, absents, qui reprend ses écritures,

- les observations de M. I, représentant le préfet du Morbihan,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2406147, n° 2406146, n° 2406153 et n° 2406152 présentées pour Mme F et M. H concernent les mêmes personnes et présentent les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Mme F et M. H justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité des arrêtés :

3. Le préfet du Morbihan a donné délégation, selon arrêté du 11 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme C B, chef du pôle éloignement et contentieux et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, directeur de la citoyenneté et de la légalité, et de Mme E, chef du bureau des étrangers et de la nationalité, notamment les décisions d'éloignement et d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. Les arrêtés portant interdiction de retour visent les articles L. 612-7 et L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionnent la situation administrative et personnelle des intéressés, notamment les obligations de quitter le territoire français dont ils avaient fait l'objet et leur maintien en situation irrégulière au-delà du délai de départ volontaire. Il indique également le caractère récent de leur séjour, l'absence de lien avec la France, la précédente obligation de quitter le territoire français les concernant, l'absence de menace à l'ordre public et l'absence de circonstance humanitaire. Les arrêtés comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

5. Les arrêtés portant assignation à résidence visent les articles L. 731-1, L. 733-1, L. 733-2 et L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionnent la situation administrative et personnelle des intéressés, notamment les obligations de quitter le territoire français dont ils font l'objet et la perspective raisonnable de leur départ. Le préfet indique également les modalités de l'assignation et de pointage. Les arrêtés comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit également être écarté.

6. Une telle motivation et l'ensemble des considérants des arrêtés permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation des intéressés au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, s'agissant des assignations à résidence, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, a procédé à un examen suffisant de la situation de Mme F et de M. H au vu des déclarations qu'ils ont pu faire lors de leur audition par les forces de police, même s'il n'a pas fait état de la situation de santé de l'intéressée.

7. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".

8. Si Mme F et M. H font état de la santé déficiente de leurs enfants, il ressort des pièces du dossier que deux de ces quatre enfants avaient été diagnostiqués et avaient bénéficié de soins en Géorgie. Dès lors, les circonstances que l'enfant Maté suive des séances de kinésithérapie, ait besoin d'un suivi neurologique pour des crises d'épilepsie selon un certificat médical postérieur à l'arrêté attaqué et que l'enfant Tornike présente une trisomie 21 nécessitant une surveillance et un suivi pédiatrique spécialisé ne peuvent être regardées comme des circonstances humanitaires, alors que dans ses avis des 26 octobre et 14 novembre 2023, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que le défaut de soins en France ne devrait pas avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour ces deux enfants. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que Mme F et M. H sont entrés récemment en France et n'établissent pas l'existence de liens particuliers en France en dehors du cercle familial. Ils ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle ils n'ont pas déféré. Dans ces conditions, même si les intéressés ne représentent pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en prenant la mesure ni d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à deux ans la durée des interdictions de retour.

9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

10. Mme F et M. H soutiennent que la situation médicale de leurs enfants et les problèmes médicaux de Mme F feraient obstacle à leur éloignement, mais ils n'apportent aucun élément médical récent sur ces situations, alors que les avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour les enfants et l'avis du 23 octobre 2023 la concernant mentionnent que le défaut de soins en France ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité tant pour Mme F que pour les enfants, susceptible d'établir que l'état de santé de Mme F et de ses enfants serait à ce point grave que leur éloignement ne serait plus une perspective raisonnable. Enfin M. H n'apporte aucun élément sur son propre état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

12. Le droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne saurait s'interpréter comme comportant l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur domicile commun et d'accepter l'installation de conjoints non nationaux en France. En l'espèce, Mme F, qui est entrée en France en début 2023 avec son époux, qui font tous deux l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ne font valoir aucune attache en dehors du cercle familial et n'établissent pas ne plus en avoir dans leur pays d'origine où le couple, qui ne fait état d'aucune difficulté pour la poursuite de sa vie privée et familiale en dehors de la France, a résidé l'essentiel de sa vie. Ils n'établissent pas, alors que les enfants ont bénéficié de soins dans leur pays d'origine et que le défaut de soins en France ne devrait pas avoir des conséquences d'une gravité exceptionnelle pour Mme F et ses enfants, que la situation médicale de la famille présenterait un degré de gravité tel que leur retour pour deux ans dans leur pays d'origine ou leur assignation à résidence aurait des conséquences telles qu'il serait constitutif d'une atteinte à leur vie privée et familiale. Dans ces conditions, le préfet du Morbihan n'a pas porté à leur droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris les arrêtés d'interdiction de retour attaqués. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

14. Les présents arrêtés n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer Mme F et M. H de leurs enfants. L'intéressée et son époux, qui font tous deux l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ne font état d'aucun obstacle à la poursuite de leur vie familiale avec leurs enfants dans leur pays d'origine. Pour les motifs retenus aux points 8, 10 et 12, ils n'établissent pas que le défaut de soins en France pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, Mme F et M. H n'établissent pas que le préfet aurait porté une insuffisante attention à l'intérêt supérieur de leurs enfants. Le moyen tiré la méconnaissance de l'article 3-1, 23 et 24 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F et M. H ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 8 octobre 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme F et M. H à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme F et M. H présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Mme F et M. H sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes n° 2406147 et n° 2406146 de Mme F et n° 2406153 et n° 2406152 de M. H sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à M. J H et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. DLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2406147, 2406146, 2406153, 2406152

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