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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406315

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406315

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406315
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Rodier, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 juillet 2024 du directeur de l'établissement public de santé mentale du Morbihan portant refus de titularisation et radiation des effectifs ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'établissement public de santé mentale du Morbihan de la réintégrer à titre provisoire dans ses fonctions, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale du Morbihan la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle et financière ; elle est privée de toute possibilité de carrière dans la fonction publique, au sein de laquelle elle a travaillé depuis 2014, au sein de différents établissements de santé, à différents postes où elle a toujours donné satisfaction ; elle est privée d'emploi et ne dispose pas d'autres ressources que les allocations d'aide au retour à l'emploi ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :

* la commission administrative paritaire locale n'a pas été saisie ni consultée ; cette omission l'a privée d'une garantie et a eu une influence sur le sens de la décision en litige ;

* le refus de titularisation est entaché d'erreur de droit ; ses évaluations et appréciations ont toujours été positives, jusqu'à la décision de prorogation de stage, non motivée ni justifiée ; ses aptitudes professionnelles étaient jugées suffisantes à la fin de la période normale de stage, de sorte qu'il ne pouvait pas être légalement prolongé ;

* il est également fondé sur des faits matériellement inexacts et repose sur une appréciation erronée ; certaines des missions confiées excédaient celles relevant de son niveau de responsabilité ; elle aurait dû être mise en mesure de faire valoir ses observations ; il lui est également reproché de ne pas avoir accompli des taches sans rapport avec ses missions professionnelles ; elle n'a pas été placée en position d'apprentissage et n'a pas bénéficié de formation théorique ; les griefs et manquements reprochés sont vagues et non circonstanciés.

Vu :

- la requête au fond n° 2406191, enregistrée le 17 octobre 2024 ;

- les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du directeur de l'établissement public de santé mentale portant refus de titularisation et radiation des effectifs, Mme B soutient qu'elle préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle et financière, dès lors qu'elle la prive de toute possibilité de carrière dans la fonction publique, au sein de laquelle elle a travaillé depuis 2014, au sein de différents établissements de santé, à différents postes où elle a toujours donné satisfaction et qu'elle la prive d'emploi et de tout revenu autre que les allocations d'aide au retour à l'emploi.

5. S'il est constant que la décision en litige, qui met fin au stage de Mme B et refuse sa titularisation, la prive de ses revenus professionnels, cela ne saurait suffire, en soi, à établir qu'il est porté une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation financière de l'intéressée, situation sur laquelle il n'est apporté aucune précision étayée et circonstanciée, s'agissant notamment du montant des revenus dont elle est privée, de sa situation familiale et de la composition de son foyer ou encore du montant des charges incompressibles dont elle doit s'acquitter. Mme B, en sa qualité de stagiaire, se trouvait par ailleurs dans une situation probatoire et provisoire, de sorte qu'elle ne peut utilement soutenir que sa carrière professionnelle se trouverait compromise. En l'état de l'argumentation et des pièces du dossier, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 juillet 2024 du directeur de l'établissement public de santé mentale du Morbihan portant refus de titularisation et radiation des effectifs doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions en injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Rennes, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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