jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406390 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | JEANMOUGIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 et 31 octobre 2024, M. H C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Jeanmougin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de la même date, une autorisation provisoire de séjour valable durant ce réexamen et l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure au regard du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ; la décision portant obligation de quitter le territoire français, en particulier, est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettant de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision portant refus de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Des pièces, enregistrées le 31 octobre 2024, ont été produites par le préfet de la Loire-Atlantique.
Vu :
- l'ordonnance du 29 octobre 2024 par laquelle la vice-présidente en charge des rétentions administratives près le tribunal judiciaire de Rennes a prolongé la rétention de M. C pour un délai maximum de vingt-six jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours prévus par les dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les observations de Me Jeanmougin, avocat commis d'office représentant M. C, qui maintient les conclusions de la requête et en reprend les moyens ;
- et les explications de M. C.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. En premier lieu, par un arrêté du 14 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 16 octobre suivant, le préfet de ce département a donné délégation à M. A F, chef du bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture de la Loire-Atlantique et signataire de l'arrêté attaqué, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E D et de Mme G B, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D et Mme B n'auraient pas été simultanément absentes ou empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, par suite, être écarté.
2. En deuxième lieu, si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant au soutien des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union, il résulte par ailleurs de la jurisprudence de cette cour que le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a, le 21 octobre 2024, complété une fiche individuelle de renseignement sur sa situation personnelle et familiale. Il y a notamment été interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire et a été invité à formuler des observations sur sa situation personnelle et familiale ainsi que sur la perspective d'une mesure d'éloignement. À cette occasion, il a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur sa situation et sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas même allégué qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soient prises à son encontre les décisions attaquées. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, notamment s'agissant de la situation administrative, personnelle et familiale du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit dès lors être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation des décisions attaquées, que le préfet de la Loire-Atlantique doit être regardé comme ayant procédé à un examen suffisamment sérieux et particulier de la situation du requérant. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
7. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que M. C est père de deux enfants français respectivement nés les 22 novembre 2017 et 20 août 2020, le requérant n'établit pas, par les quelques photographies non datées ni contextualisées qu'il produit, l'existence et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux. Il n'apporte aucune précision quant à sa présence quotidienne à leurs côtés qu'il invoque, alors qu'il ressort du jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 13 février 2024 que le 21 janvier 2024, son ancienne compagne, mère des enfants qui résident avec elle, avait à l'inverse déclaré aux services de police intervenus à l'occasion de violences conjugales exercées par M. C qu'ils " étaient séparés depuis trois ans mais que son ancien compagnon revenait régulièrement à son domicile " et qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas eu de contact avec ses enfants à l'occasion de son incarcération au centre pénitentiaire de Nantes du 23 janvier au 25 octobre 2024. La circonstance que ce jugement du 13 février 2024, qui a notamment ordonné le retrait de l'exercice de l'autorité parentale à l'encontre de M. C, comporte dans ses motifs la mention selon laquelle " il peut conserver un droit de visite " ne saurait davantage démontrer sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis au moins deux ans. Il s'ensuit qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. C ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. D'autre part, M. C est entré pour la première fois en France en 2004 à l'âge de dix ans, puis il y est revenu en 2012 à l'âge de dix-huit ans après un séjour de trois ans avec sa famille au Congo justifié par l'affectation dans ce pays de son beau-père de nationalité française Sa mère, ses deux frères et sa sœur ont obtenu la nationalité française. Il a par ailleurs obtenu des diplômes et eu quelques expériences professionnelles avant son incarcération. Le requérant justifie ainsi indéniablement de ses liens personnels et familiaux en France et il se prévaut de l'absence d'attaches dans son pays d'origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C a été condamné, par le tribunal correctionnel de Nantes, le 30 janvier 2019 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, le 4 juin 2019 par le même tribunal à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de tentative de vol en réunion et le 7 juin 2019 à une peine de six mois d'emprisonnement dont quatre avec sursis pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, ce sursis ayant été révoqué en totalité par un nouveau jugement du même tribunal du 13 février 2024 qui a outre condamné M. C à une peine de douze mois d'emprisonnement, dont six avec sursis, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 21 janvier 2024, ainsi que pour des faits en récidive commis entre le 1er et le 15 janvier 2024 de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et de faits commis le 21 janvier 2024 de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité. Dans ces conditions, la présence en France de M. C doit être regardée, ainsi que l'a estimé le préfet de la Loire-Atlantique, comme constituant une menace pour l'ordre publique. Ainsi, eu égard à la gravité des faits, dont certains sont récents, pour lesquels le requérant a été condamné à des peines d'emprisonnement ainsi qu'à leur caractère réitéré et en dépit des liens personnels et familiaux dont le requérant dispose en France, la menace pour l'ordre public qu'il présente est de nature à justifier un refus d'autoriser son séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme d'ailleurs de l'article L. 423-7 du même code, sans qu'un tel refus porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle serait prise.
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision obligeant M. C à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplirait les conditions prévues aux articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettant de se voir délivrer un titre de séjour de plein droit doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 8, la décision attaquée obligeant M. C à quitter le territoire français ne porte pas au droit à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de ces articles doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant dont serait entachée cette décision doit être écartée.
12. En septième lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de ce que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peuvent qu'être écartés.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
15. L'arrêté litigieux n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire et, eu égard à ce qui a été dit aux points 7 et 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant et de ses enfants révèlerait l'existence d'une circonstance humanitaire susceptible de justifier que ne soit pas prononcée une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français dans une telle hypothèse. Il appartenait ainsi au préfet de la Loire-Atlantique d'assortir sa décision d'obligation à quitter le territoire français sans délai d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, alors même que le requérant dispose d'attaches personnelles et familiales en France où il réside de manière continue depuis 2012 et que, disposant de titres de séjour successifs dont le dernier a expiré pendant son incarcération le 13 avril 2024, il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas, eu égard à la menace pour l'ordre public que représente le requérant compte tenu de ses multiples condamnations par le tribunal correctionnel de Nantes concernant notamment des faits graves commis en janvier 2024, fait une application inexacte des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
16. Pour les mêmes motifs, cette décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ne porte pas au droit de M. C à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de ces articles doivent dès lors être écartés de même que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant dont serait entachée cette décision.
17. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de M. C soulevés dans la requête de manière générale à l'encontre de toutes les décisions en litige ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant à la magistrate désignée du tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent dès lors être écartés.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H C et au préfet de la Loire-Atlantique.
Décision communiquée aux parties le 31 octobre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La magistrate désignée,
signé
C. RenéLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026