mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406469 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | OUESLATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 octobre 2024, M. C D, représenté par Me Oueslati, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et Vilaine l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, à défaut, passé ce délai, sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard, et enfin de procéder à l'effacement du signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non admission ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- le préfet a méconnu son droit d'être préalablement entendu ;
- cette décision méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de délai de départ volontaire ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le préfet d'Ille-et Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fraboulet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fraboulet,
- les observations de Me Oueslati, représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- et les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et Vilaine qui maintient l'intégralité de ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. D justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statuée. Il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, par un arrêté du 3 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme E A, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, durant sa garde à vue du 22 octobre 2024, a été interrogé sur sa situation administrative et sur la perspective de l'intervention d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. À cette occasion, il a pu préciser à l'administration les éléments de sa situation, de sa vie familiale et de ses attaches dans son pays d'origine, avant que ne soit prise la décision d'éloignement et l'assignation à résidence attaquées. Le droit de l'intéressé d'être entendu et les droits de la défense ont donc été respectés. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
5. Aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée à Schengen le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres Parties Contractantes () ". Aux termes de l'article 22 de cette convention : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. () ". Aux termes de l'article R. 211-33 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et dont les dispositions ont été reprises à l'article R. 621-2 du même code : " La déclaration d'entrée sur le territoire français est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, un récépissé est remis à l'étranger. Il peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. L'étranger assujetti à l'obligation de déclaration doit être en mesure de justifier, à toute réquisition des agents de l'autorité, qu'il a satisfait à cette obligation, par la production de ce récépissé () ". La déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont le caractère obligatoire résulte du premier alinéa de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais codifié à l'article L. 621-3, conditionne la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un État partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.
6. D'une part, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant ne peut être regardé comme étant ressortissant de l'Union européenne alors qu'il est simplement titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à séjourner au Portugal. D'autre part, si le requérant produit un billet d'avion indiquant qu'il aurait pris un vol au départ de Paris et à destination de Lisbonne le 2 juillet 2024, il n'établit pas qu'il serait revenu en France depuis moins de quatre-vingt-dix jours. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué par le requérant, qu'il aurait effectué une déclaration d'entrée sur le sol français ainsi qu'il y était tenu. Le moyen tiré d'une méconnaissance du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sera donc écarté.
7. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir une méconnaissance du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui appartient d'apporter la preuve qu'il réside en France depuis plus de trois mois et qu'il est titulaire d'une autorisation de travail.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen invoqué par voie d'exception tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. D a fait l'objet d'une première décision portant obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Val-d'Oise le 31 octobre 2017, et d'une deuxième le 10 août 2020 prise par le préfet des Hauts-de-Seine. L'intéressé n'établit pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour depuis son arrivée en France. Il a affirmé lors de son audition par les services de police ne pas avoir en sa possession l'original de son passeport. Pour ces motifs, le préfet d'Ille-et Vilaine pouvait estimer qu'il existe un risque que M. D se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de délai de départ volontaire, le moyen invoqué par voie d'exception tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
13. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, le moyen invoqué par voie d'exception tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
14. En deuxième lieu, M. D, à qui il appartient de l'établir, n'apporte aucun élément susceptible d'établir que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. D à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1911 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet d'Ille-et Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
C. Fraboulet La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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