lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ADAMAS |
Vu les procédures suivantes :
(I.) Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2024 sous le n° 2406552, la société FishingTheSpot demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la décision de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER) portant rejet de son offre pour l'attribution du lot n° 1 du marché n° 241000158 de prestations relatives au suivi de l'activité de pêche de loisir en France métropolitaine, portant sur le suivi par carnet de pêche sur la façade Manche - Atlantique, et attribution du contrat à la société Halieuticom ;
2°) d'enjoindre à l'IFREMER, s'il entend conclure ce marché, de reprendre la procédure d'attribution au stade de l'examen des offres ;
3°) de mettre à la charge de l'IFREMER les frais d'instance et dépens.
Elle soutient que :
- son offre n'est pas anormalement basse et l'appréciation de l'IFREMER est entachée d'erreur manifeste ; il n'a pas pris en considération les explications qu'elle a fournies sur le prix de son offre ; elle a exposé son approche automatisée, le réseau de partenaires dont elle bénéficie ainsi que la base de données de 450 000 pêcheurs déjà constituée, justifiant le coût plus bas des prestations ;
- le prix proposé découle de ses capacités internes et de partenariats stratégiques qui permettent de minimiser les coûts, notamment par l'automatisation et des abonnements gratuits en contrepartie de la participation au panel ; le coût induit n'est pas valorisé, afin de rendre l'offre la plus compétitive possible ;
- l'appréciation selon laquelle les prestations seraient susceptibles d'être mal exécutées n'est pas étayée ; elle dispose d'une expertise et d'un savoir-faire dans le domaine des prestations du lot en cause, connus au demeurant de l'IFREMER avec lequel elle a auparavant conclu des marchés ;
- la méthodologie de réalisation des prestations n'a manifestement pas été comprise ; son offre est très concurrentielle, en connaissance de cause, et les prestations seront correctement réalisées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, l'IFREMER, représenté par la Selarl Benjamin Boiton Avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société FishingTheSpot la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) invitait les candidats à proposer une méthode d'animation individualisée et non seulement fondée sur des outils standardisés, tels que l'envoi de mails automatiques ou de relances généralisées via des magasins partenaires ou les réseaux sociaux ; il insistait également sur la nécessité de prévoir un budget suffisant pour remédier à la dégradation du taux de réponse ; les explications apportées par la société FishingTheSpot confirment que les principaux postes de coûts engagés portaient sur des prestations non-individualisées et relevant quasi-exclusivement d'outils automatisés ou standardisés ; une approche personnalisée par relance téléphonique n'était proposée qu'en cas de nécessité ; les éléments de réponse apportés sont restés généraux et présentaient des carences manifestes, compte tenu des prescriptions du CCTP.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, la société Halieuticom conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que l'offre de la société FishingTheSpot, telle qu'elle a été présentée, ne répond pas aux exigences du pouvoir adjudicateur et fait apparaître un risque majeur de mauvaise exécution du marché ; compte tenu des risques d'effritement du panel et des besoins d'animation individuelle des panelistes en continu, la correcte exécution des prestations implique un coût ressources humaines considérable et donc un prix proposé largement supérieur à celui de l'offre de la société FishingTheSpot ; c'est sans erreur manifeste d'appréciation que celle-ci a été considérée et écartée comme anormalement basse.
(II.) Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2024 sous le n° 2406553, la société FishingTheSpot demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la décision de l'IFREMER portant rejet de son offre pour l'attribution du lot n° 2 du marché n° 241000158 de prestations relatives au suivi de l'activité de pêche de loisir en France métropolitaine, portant sur le suivi par carnet de pêche sur la façade Méditerranée, et attribution du contrat à la société Halieuticom ;
2°) d'enjoindre à l'IFREMER, s'il entend conclure ce marché, de reprendre la procédure d'attribution au stade de l'examen des offres ;
3°) de mettre à la charge de l'IFREMER les frais d'instance et dépens.
Elle soutient que :
- son offre n'est pas anormalement basse et l'appréciation de l'IFREMER est entachée d'erreur manifeste ; il n'a pas pris en considération les explications qu'elle a fournies sur le prix proposé ; elle a exposé son approche automatisée, le réseau de partenaires dont elle bénéficie ainsi que la base de données de 450 000 pêcheurs déjà constituée, justifiant le coût plus bas des prestations ;
- le prix proposé découle de ses capacités internes et de partenariats stratégiques qui permettent de minimiser les coûts, notamment par l'automatisation et des abonnements gratuits en contrepartie de la participation au panel ; le coût induit n'est pas valorisé, afin de rendre l'offre la plus compétitive possible ;
- la lettre de rejet fait mention de données erronées quant au nombre de fiches collectées, confirmant la lecture biaisée de sa réponse et la volonté de l'IFREMER d'écarter son offre ;
- l'appréciation selon laquelle les prestations seraient susceptibles d'être mal exécutées n'est pas étayée ; elle dispose d'une expertise et d'un savoir-faire dans le domaine des prestations du lot en cause, connus au demeurant de l'IFREMER avec lequel elle a auparavant conclu des marchés ; la méthodologie de réalisation des prestations n'a manifestement pas été comprise ; son offre est très concurrentielle, en connaissance de cause, et les prestations seront correctement réalisées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, l'IFREMER, représenté par la Selarl Benjamin Boiton Avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société FishingTheSpot la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que le CCTP invitait les candidats à proposer une méthode d'animation individualisée et non seulement fondée sur des outils standardisés, tels que l'envoi de mails automatiques ou de relances généralisées via des magasins partenaires ou les réseaux sociaux ; il insistait également sur la nécessité de prévoir un budget suffisant pour remédier à la dégradation du taux de réponse ; les explications apportées par la société FishingTheSpot confirment que les principaux postes de coûts engagés portaient sur des prestations non-individualisées et relevant quasi-exclusivement d'outils automatisés ou standardisés ; une approche personnalisée par relance téléphonique n'était proposée qu'en cas de nécessité ; les éléments de réponse apportés sont restés généraux et présentaient des carences manifestes compte tenu des prescriptions du CCTP.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, la société Halieuticom conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que l'offre de la société FishingTheSpot, telle qu'elle a été présentée, ne répond pas aux exigences du pouvoir adjudicateur et fait apparaître un risque majeur de mauvaise exécution du marché ; compte tenu des risques d'effritement du panel et des besoins d'animation individuelle des panelistes en continu, la correcte exécution des prestations implique un coût ressources humaines considérable et donc un prix proposé largement supérieur à celui de l'offre de la société FishingTheSpot ; c'est sans erreur manifeste d'appréciation que celle-ci a été considérée et écartée comme anormalement basse.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 21 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de M. A et de M. B, représentant la société FishingTheSpot, qui persistent dans leurs conclusions écrites par les mêmes moyens qu'ils développent et qui soutiennent notamment que :
* leurs offres ne sont pas anormalement basses ;
* leur société est leader en matière de pêche digitale ; leur savoir-faire est établi, en matière d'interaction individuelle avec les pêcheurs inscrits et recensés dans sa base de données ; elle est propriétaire et exploitante de l'application de pêche lancée par l'enseigne Decathlon ; des totems seront installés dans les magasins, pour inciter les pêcheurs à s'inscrire et participer à l'enquête scientifique, pour un coût exposé par elle presque nul ;
* les coûts générés par les prestations en cause représentent des coûts marginaux ;
* les explications qu'elle a apportées démontrent la bonne réalisation des prestations et le risque de mauvaise exécution n'est pas démontré, ni même véritablement étayé ; elle a collecté, au cours de l'année 2023, plus de 15 000 déclarations de pêche, soit davantage que ce qui est demandé dans les deux lots du marché en litige ; elle gère des applications uniques en France, très performantes, notamment l'application CatchMachine, permettant la déclaration des captures/prises ;
* l'offre retenue se situe au-delà du prix maximal autorisé et sa qualité technique est contestable ;
* elle dispose des partenaires qui lui permettent la réalisation des prestations à bas coût, notamment en termes de relances téléphoniques individuelles ; les appels sont personnalisés et individualisés ;
* elle ne revendique pas nécessairement l'attribution des deux lots du marché, mais simplement que ses offres soient analysées et notées ;
- les observations de Me Schrive, représentant l'IFREMER, qui persiste dans ses conclusions écrites, par la même argumentation, et fait également valoir que :
* les marchés en litige ont pour objet la réalisation d'enquêtes de suivi de la pêche de loisirs, ce qui implique la constitution et l'animation d'un panel de pêcheurs, représentatif des différentes pratiques de loisirs, quotidien ou très occasionnel ;
* le CCTP exige une approche personnalisée pour la constitution de ce panel, qui ne peut être représentatif s'il est constitué de manière standardisée et automatique ;
* la différence de prix entre les deux offres, pour chaque lot, s'explique essentiellement par la différence de valorisation des prestations consistant en la constitution et l'animation des panels ;
* il a posé des questions extrêmement précises à la société FishingTheSpot et les réponses apportées ne permettent pas de garantir la bonne réalisation des prestations ; le courrier de réponse ne mentionne qu'un processus et des procédures automatisés d'animation du panel ; la société reconnaît au demeurant que l'approche personnalisée dans l'animation du panel n'a pas été budgétisée, étant précisément trop chère ;
* aucune erreur manifeste d'appréciation n'a été commise dans l'analyse des réponses apportées dans le cadre de la procédure de détection des offres anormalement basses ;
* les éléments de réponse apportés ultérieurement le sont tardivement ;
* l'offre de la société attributaire ne dépasse pas le montant maximal fixé par l'accord cadre ; l'estimation financière résultant du devis quantitatif estimatif ne présente pas de valeur contractuelle et le dépassement qui en résulte ne constitue par suite pas un motif d'irrégularité de l'offre ;
- les observations de M. C, représentant la société Halieuticom, qui persiste dans ses conclusions écrites par les mêmes arguments qu'il développe et qui fait notamment valoir que :
* l'importance d'une base de données clients est à relativiser, dès lors qu'il convient de distinguer entre les clients qui peuvent être contactés par mail, ou non ;
* il existe un risque avéré de mauvaise exécution des prestations : si le recrutement des panelistes peut éventuellement se faire de manière relativement standardisée, l'animation du panel constitué ne peut être correctement faite sans une approche individuelle et personnalisée, a fortiori pour la réalisation d'études scientifiques ; la qualité des réponses compte davantage que leur nombre ; les appels doivent être faits par des personnes qui connaissent les sujets traités.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Dans la perspective de réaliser une enquête sur la pêche de loisir en France métropolitaine et la production d'estimation du volume (en nombre et en biomasse) des captures et des prises relâchées en mer par les pêcheurs de loisir en application des règlements, européens notamment, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER) a lancé une consultation pour l'attribution d'un marché, dont les deux premiers lots portaient respectivement sur le suivi par carnet de pêche sur la façade Manche - Atlantique et sur le suivi par carnet de pêche sur la façade Méditerranée. La société FishingTheSpot a été informée du rejet de ses offres présentées pour l'attribution de ces deux lots et, par les deux requêtes susvisées qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par une seule ordonnance eu égard à l'identité des questions juridiques et factuelles qu'elles posent, elle demande au juge des référés précontractuels d'annuler les procédures de passation de ces deux marchés.
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ".
3. Aux termes de son article L. 551-2 : " I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations () ".
4. En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.
5. Aux termes de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ". Aux termes de son article L. 2152-6 : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsque une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'État ". Aux termes de son article R. 2152-3 : " L'acheteur exige que le soumissionnaire justifie le prix ou les coûts proposés dans son offre lorsque celle-ci semble anormalement basse eu égard aux travaux, fournitures ou services, y compris pour la part du marché qu'il envisage de sous-traiter./ Peuvent être prises en considération des justifications tenant notamment aux aspects suivants / 1° Le mode de fabrication des produits, les modalités de la prestation des services, le procédé de construction ; / 2° Les solutions techniques adoptées ou les conditions exceptionnellement favorables dont dispose le soumissionnaire pour fournir les produits ou les services ou pour exécuter les travaux ; / 3° L'originalité de l'offre ; 4° La règlementation applicable en matière environnementale, sociale et du travail en vigueur sur le lieu d'exécution des prestations ; 5° L'obtention éventuelle d'une aide d'État par le soumissionnaire ". Aux termes de son article R. 2152-4 : " L'acheteur rejette l'offre comme anormalement basse dans les cas suivants : / 1° Lorsque les éléments fournis par le soumissionnaire ne justifient pas de manière satisfaisante le bas niveau du prix ou des coûts proposés ; / 2° Lorsqu'il établit que celle-ci est anormalement basse parce qu'elle contrevient en matière de droit de l'environnement, de droit social et de droit du travail aux obligations imposées par le droit français, y compris la ou les conventions collectives applicables, par le droit de l'Union européenne ou par les stipulations des accords ou traités internationaux mentionnées dans un avis qui figure en annexe du présent code ".
6. Il résulte des dispositions précitées du code de la commande publique que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé, sans être tenu de lui poser des questions spécifiques. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre.
7. Le caractère anormalement bas ou non d'une offre ne saurait résulter du seul constat d'un écart de prix important entre cette offre et d'autres offres que les explications fournies par le candidat ne sont pas de nature à justifier et il appartient notamment au juge du référé précontractuel, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si le prix en cause est en lui-même manifestement sous-évalué et, ainsi, susceptible de compromettre la bonne exécution du marché.
8. Il résulte de l'instruction que l'IFREMER, estimant que l'offre financière proposée par la société FishingTheSpot pour les postes n° 2 des deux lots en cause, portant sur la prestation d'animation du panel constitué pour collecter un nombre minimal de 500 fiches de pêche par mois, valorisé à 6 000 euros HT pour chaque lot, était manifestement sous-évaluée et de nature à compromettre la bonne réalisation des prestations, a, par courrier du 19 septembre 2024, mis en œuvre la procédure de détection des offres anormalement basses et demandé à cette société de transmettre toute précision permettant de justifier les montants proposés pour ce poste n° 2, dans les deux lots, en détaillant les prestations réalisées à ce titre ainsi que les prix détaillés associés (actions d'animations prévues, temps passé, outils utilisés, etc.).
9. La société FishingTheSpot a transmis, dans le délai imparti, une réponse explicitant la stratégie proposée d'animation du panel et de récupération des fiches, qu'elle a décrite comme s'appuyant sur les dizaines de milliers de pêcheurs recensés dans les bases de données des sites et applications de leurs partenaires. Cette réponse détaille la stratégie envisagée, consistant à s'appuyer sur les adresses mails disponibles pour constituer le panel, les partenariats commerciaux mis en œuvre leur permettant d'offrir aux panelistes un mois d'abonnement sur les applications ComptoirDesPêcheurs ou Decathlon Fishing pour chaque mois répondu à l'enquête, offre d'abonnement qu'elle a fait le choix de ne pas valoriser pour optimiser le prix de ses prestations. La société FishingTheSpot indique par ailleurs que sa stratégie est également fondée sur des postes automatisés, notamment popup, mails de relance, notification, etc. dont elle précise le coût forfaitaire à hauteur de 1 000 euros par an et par lot, ainsi que sur le déploiement de flyers/questionnaires en magasins partenaires, AMP, fédérations et clubs, dont le coût de traitement des données et réponses est inclus dans le prix forfaitaire du poste n° 2. Elle explique enfin que son offre prévoit un reporting automatisé mensuel aux panelistes, afin de les encourager à continuer à répondre à l'enquête scientifique, dont le coût est minoré car totalement automatisé digitalement.
10. Considérant que les prix pratiqués par la société FishingTheSpot pour le poste n° 2 d'animation du panel, pour les deux lots en cause, ne correspondaient pas à la réalité économique constatée, étaient très inférieurs aux offres proposées par les autres candidats, elles-mêmes similaires entre elles, et présentaient un risque majeur de mauvaise exécution des prestations, l'IFREMER a rejeté les deux offres de la société FishingTheSpot comme anormalement basses.
11. Il résulte de l'instruction que le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) exige en son point 4.2.2, s'agissant de l'animation du panel du lot n° 1, qu'un soin particulier soit apporté aux moyens mis en œuvre pour recruter des panélistes et animer ce panel tout au long du marché, afin d'en assurer la fidélisation dans la durée. Ces mêmes dispositions précisent qu'il est attendu de l'attributaire qu'il veille à ce que le mode de recrutement ne biaise pas la composition du panel et combine différentes méthodes, réseaux sociaux et applications mobiles, téléphone, associations de pêcheurs, et que les supports de transmission des données soient également diversifiés, en papier, web et application mobile. Ces mêmes dispositions exigent une répétition des prises de contacts avec les pêcheurs panélistes, de l'ordre de relances trimestrielles, avec individualisation des échanges pour les inciter à renseigner et enregistrer les captures réalisées.
12. Le CCTP liste également, en son point 4.2.3, les informations à collecter dans le cadre de l'étude, précisant que " d'une manière générale, une connaissance détaillée de l'activité et des pratiques de la pêche maritime de loisir par les opérateurs en charge des suivis est attendue, car elle favorise le succès des études mises en place ". Les dispositions du CCTP relatives à la méthodologie précisent également, en son point 4.2.4, que 500 fiches de pêche minimum doivent être collectées tous les mois, qui devront être représentatives des différents types de pêche pratiqués dans la zone de chaque lot. Ces exigences et prescriptions sont reproduites à l'identique pour le lot n° 2, en ses articles 4.3.3, 4.3.4 et 4.3.5.
13. Compte tenu des exigences ainsi décrites dans le CCTP, en termes de méthodes de recrutement des panelistes, de diversification des supports de transmission des données, d'individualisation de l'animation du panel et de compétences techniques des opérateurs en charge des appels et suivis, téléphoniques notamment, et eu égard à l'ensemble des coûts nécessaires à la réalisation des prestations en cause telles qu'elles sont ainsi décrites et attendues, il ne résulte pas de l'instruction que les précisions et justifications apportées par la société FishingTheSpot, qui confirment que la très faible valorisation de ce poste n° 2, pour les deux lots en cause, est liée à l'automatisation maximale de la méthode d'animation du panel, lui-même constitué sur la base d'une méthode de recrutement unique, soient suffisantes pour que le prix qu'elle a proposé ne soit pas considéré, d'une part, comme manifestement sous-évalué et, d'autre part, dans les circonstances de l'espèce, comme susceptible de compromettre la bonne exécution du marché. C'est par suite sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que l'IFREMER a rejeté les offres que la société FishingTheSpot a présentées pour l'attribution des deux lots en litige comme anormalement basses.
14. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que les offres de la société Halieuticom, pour les deux lots en cause, soient supérieures aux prix maximums fixés par l'accord cadre et il n'appartient en tout état de cause pas au juge du référé précontractuel de se prononcer sur l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Les moyens soulevés par la société FishingTheSpot, tendant à contester l'attribution des deux lots en litige à la société Halieuticom, doivent, par suite, être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de manquement du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence, les conclusions de la société FishingTheSpot tendant à l'annulation de la procédure de passation lancée par l'IFREMER pour l'attribution du marché n° 241000158 de prestations relatives au suivi de l'activité de pêche de loisir en France métropolitaine, et plus particulièrement de ses lots n° 1 et n° 2 portant respectivement sur le suivi par carnet de pêche sur la façade Manche - Atlantique et sur le suivi par carnet de pêche sur la façade Méditerranée, ne peuvent qu'être rejetées.
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie les frais d'instances exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Les deux requêtes de la société FishingTheSpot sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de l'IFREMER présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société FishingTheSpot, à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer et à la société Halieuticom.
Fait à Rennes, le 30 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
Nos 2406552, 2406553
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026