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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406588

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406588

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2024, M. D B, alors placé en centre de rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a maintenu en rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile ;

- d'enjoindre au préfet de lui délivrer, sans délai, une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile et de lui accorder les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière et ce sous astreinte.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le droit à un recours effectif doit lui permettre de se maintenir sur le territoire en cas d'appel devant la Cour nationale du droit d'asile si sa demande d'asile était rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- l'arrêté méconnaît l'article R. 521-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile n'a pas été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de garanties de représentations suffisantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M.Tronel,

- les observations de Me Cosnard, avocate commise d'office, représentant M. B, qui expose les moyens soulevés dans la requête et soutient en outre que M. B a été arbitrairement détenu entre le 4 et le 5 novembre et que ne sachant pas lire, il n'a pas pu apprécier la portée de l'ensemble des documents soumis à signature et demande la condamnation de l'État à lui verser la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

- les observations de M. B, qui, en réponse à la question posée par le président, a renoncé à sa demande d'interprète. Il a expliqué avoir déposé sa demande d'asile par sa volonté de demeurer en France, en soulignant qu'il ne craignait pas pour sa vie en cas de retour en Tunisie ;

- et les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'arrêté contesté est signé par Mme E A, cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 28 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

2. L'arrêté comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris la décision attaquée. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, M. B aurait été empêché, depuis son placement en rétention administrative le 31 octobre 2024, ou depuis l'expression, le 4 novembre 2024, de son intention de demander l'asile, d'émettre toutes observations utiles relatives à son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu tel qu'il est énoncé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être, en tout état de cause, écarté.

4. Il n'est pas établi que M. B aurait signé l'ensemble des pièces de la procédure sans en mesurer la portée. Ce moyen nouveau, soulevé à l'audience, doit, par suite, être écarté.

5. La circonstance que la procédure relative au dépôt de la demande d'asile d'un étranger aurait été méconnue est, en elle-même, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué portant maintien en rétention de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas reçu les informations mentionnées à l'article R. 521- du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

6. La rétention administrative ayant été prolongée de 26 jours à compter du 4 novembre 2024 par une ordonnance du juge en charge des rétentions administratives près le tribunal judiciaire de Rennes le 5 novembre 2024, confirmée par une ordonnance de la Cour d'appel de Rennes le 6 novembre 2024, le moyen tiré de ce qu'entre la fin de la rétention administrative le 4 novembre 2024 et la notification de l'arrêté portant maintien en rétention le 5 novembre 2024, M. B a été arbitrairement tenu, manque, en tout état de cause, en fait.

7. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré être arrivé en France en 2016 et n'a jamais sollicité l'asile ou manifesté l'intention de le faire. M. B ne justifie pas du délai mis, depuis son arrivée en France, pour déposer une demande d'asile. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en regardant la demande d'asile de M. B comme ayant été formée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 2 août 2024. Par suite le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ". Il résulte de ces dispositions qu'il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

10. M. B doit être regardé comme entendant invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant son droit de se maintenir sur le territoire en cas de rejet de sa demande d'asile. Toutefois, l'arrêté attaqué n'ayant pas pour objet de décider l'éloignement du requérant, ce moyen ne peut qu'être écarté. En tout état de cause il ne présente aucun élément sur le bien-fondé de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant maintien en rétention administrative de M. B doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Décision communiquée aux parties le 26 novembre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le magistrat désigné,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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