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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406628

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406628

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406628
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CHEYSSON MARCHADIER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 26 novembre 2024, la société Établissements Vézie, représentée par la Selarl Caradeux consultants, demande au juge des référés :

1°) d'annuler, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, la procédure de passation du marché de travaux neufs sur les réseaux électriques, l'éclairage public, les infrastructures de communications électroniques et le gaz organisée par le syndicat départemental d'énergie (SDE) des Côtes-d'Armor, ainsi que les décisions par lesquelles ce dernier a d'une part attribué le marché, d'autre part, rejeté sa candidature ;

2°) d'enjoindre au SDE des Côtes-d'Armor, s'il entend de nouveau attribuer le marché, de reprendre la procédure litigieuse, en se conformant à ses obligations de publicité et de mise en concurrence ;

3°) de mettre à la charge du SDE des Côtes-d'Armor la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a la qualité de candidat évincé et qu'elle présentait des chances sérieuses de remporter l'un des lots financiers du marché si son offre avait été examinée, en tant que titulaire du précédent marché ;

- le SDE des Côtes-d'Armor a méconnu les articles L. 2181-1, R. 2181-3 et R. 2142-14 du code de la commande publique en rejetant sa candidature au motif d'une insuffisance des habilitations des équipes, sans apporter aucune précision sur la nature de cette insuffisance et malgré les nombreux justificatifs joints au dossier de candidature ; ce manquement l'a lésée dès lors qu'elle n'est pas en mesure de connaître avec précision les motifs de rejet de sa candidature ;

- le SDE des Côtes-d'Armor a commis une erreur d'appréciation des pièces du dossier de sa candidature et a méconnu ses obligations en matière de mise en concurrence : elle a versé à son dossier de candidature les certificats de capacité professionnelle prouvant qu'elle est apte à réaliser les travaux, objet du marché ; le règlement de la consultation n'exigeait pas un nombre minimum d'habilitations de niveau 2 ; la preuve de la capacité professionnelle pouvait être apportée par tout moyen ; les références produites comprennent le marché précédent, dont elle était titulaire et qui a été renouvelé trois fois pour un total de quatre années ; le SDE des Côtes-d'Armor n'a exigé aucune condition minimale tenant à la capacité économique et financière des candidats dans le cadre de la consultation ; sa candidature ne pouvait être rejetée pour des motifs liés à l'exécution du marché en cours, le SDE des Côtes-d'Armor n'ayant d'ailleurs pas mis en œuvre la procédure prévue aux articles L. 2141-7 et L. 2141-11 du code de la commande publique, outre qu'elle n'est pas entièrement responsable des difficultés d'exécution rencontrées ;

- le SDE des Côtes-d'Armor a méconnu la règle limitant le nombre de lots à dix pour chaque attributaire : plusieurs sociétés appartenant à un même groupe ont obtenu un nombre de lots supérieur ; il en est ainsi des sociétés Le Du et Sader, qui ont obtenu douze lots alors que la société Sader est une filiale de la société Le Du ; de même les sociétés Cegelec et STE Armor, qui totalisent onze lots, sont liées par un actionnaire commun ; ce manquement l'a nécessairement lésée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, le syndicat départemental d'énergie des Côtes-d'Armor, représenté par Me Collet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Établissements Vézie la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la société requérante, qui n'a candidaté que pour un seul lot, n'est recevable que pour contester l'attribution du 50ème et dernier lot financier attribué ;

- la portée d'une annulation ne peut excéder le périmètre de la procédure strictement nécessaire à la correction du manquement et, en l'espèce, les critiques de la société requérante ne portent pas sur la procédure antérieure à l'analyse des dossiers de candidature ;

- il a respecté les obligations résultant des dispositions des articles R. 2181-1 et R. 2181-3 du code de la commande publique : il a informé, par un courrier en date du 29 octobre 2024, la société requérante du rejet de sa candidature en précisant les motifs de ce rejet et précise, dans le cadre de l'instance, les noms des attributaires ainsi que les notes et classements qui ont été retenus en application des critères de sélection des offres ;

- il n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en rejetant la candidature de la société Établissements Vézie : les qualifications et habilitations requises sont très importantes pour l'exécution de l'accord-cadre litigieux en raison des enjeux de sécurité ; l'entreprise et ses salariés intervenant sur les chantiers doivent être certifiés et habilités à l'exécution de travaux et tâches sous tension, en basse tension (BT) et en haute tension (HTA) ; les carences du dossier de candidature de la société requérante sont nombreuses et importantes ; sur l'ensemble des justificatifs de qualifications professionnelles demandés dans le règlement de la consultation, 11 justificatifs sont manquants et simplement 5 justificatifs sont produits ; la société requérante ne justifie pas davantage de l'habilitation de son personnel pour les travaux sous tension, document fondamental exigé par l'article 6 du décret n° 82-167 du 16 février 1982, les documents qu'elle fournit étant uniquement des attestations d'organisme de formation et il était nécessaire de produire l'habilitation de plusieurs agents pouvant superviser une opération de travaux, compte tenu du fait que les chantiers peuvent être simultanés ; la société Établissements Vézie a d'ailleurs rencontré des difficultés dans le cadre de l'exécution du précédent marché en lien avec cette problématique d'habilitation du personnel ; l'ensemble des justificatifs demandés pour les habilitations du personnel devaient être produits par les entreprises soumissionnaires dès leur candidature ; aucune des références citées par la société requérante ne date des deux dernières années, certaines références faisant par ailleurs apparaître des mentions moyennes ou insuffisantes pour les donneurs d'ordre en méconnaissance du règlement de la consultation ; la société Établissements Vézie connaît une évolution financière défavorable sur les trois dernières années, ce qui montre sa grande fragilité ; au surplus de nombreuses difficultés sont apparues dans le cadre de l'exécution du précédent contrat, ce qui laisse douter de ses capacités à satisfaire aux nouvelles exigences mises en place à l'initiative d'Enedis avant la mise en service d'un nouveau réseau.

Par un mémoire enregistré le 22 novembre 2024, le syndicat départemental d'énergie des Côtes-d'Armor a produit des pièces soustraites au contradictoire en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 25 novembre 2024, la société Bouygues Energies et Services, représentée par la Selarl Cabanes Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Établissements Vézie la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- compte-tenu des modalités de participation de la société Vézie à la procédure et du stade auquel se rapporte les manquements allégués, la procédure de passation ne pourrait être annulée que pour l'un des lots, le 50ème et cela au stade de l'analyse des candidatures ;

- l' ensemble des éléments d'information dus à la société Vézie lui a été communiqué par le SDE des Côtes-d'Armor, à savoir l'identité des sociétés attributaires dans le courrier de rejet de sa candidature, les motifs de ce rejet ainsi que les caractéristiques et avantages des offres retenus dans le cadre de la procédure contentieuse ;

- la candidature de la société Établissements Vézie était irrégulière : le titulaire sortant d'un marché doit faire la démonstration, comme n'importe quel autre candidat, de ses capacités techniques, professionnelles et financières et en l'espèce la société requérante n'a pas produit de nombreux certificats de qualification professionnelle exigés par le règlement de la consultation et le SDE des Côtes-d'Armor ne pouvait pas se fonder, lors de l'analyse des candidatures, sur des documents qui auraient figuré dans l'offre.

Par deux mémoires, enregistrés les 25 et 26 novembre 2024, la société Ineo Réseaux Centre Atlantique, représentée par la Selarl Cheysson Marchadier et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Établissements Vézie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le SDE des Côtes-d'Armor a fourni à la société Établissements Vézie les motifs détaillés du rejet de sa candidature, qui lui ont permis de contester utilement son éviction de la procédure et, le SDE lui a détaillé, dans le cadre de la présente instance, ces motifs ; en tout état de cause, ce manquement n'est pas susceptible de conduire à l'annulation de la procédure, mais seulement au prononcé d'une injonction de communiquer les éléments manquants ;

- le SDE des Côtes-d'Armor n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'analyse de la candidature de la société Établissements Vézie : s'agissant des qualifications et certifications de l'entreprise, la société requérante n'a fourni que cinq documents sur les seize demandés ; s'agissant des habilitations du personnel, la société requérante n'a fourni que des attestations d'organisme de formation et non des titres d'habilitation, lesquelles ne permettaient pas d'évaluer le niveau d'intervention du personnel ni les domaines concernés et ne concernaient que des agents de niveau B0 ou de niveau B1V ; les références fournies par la société requérante dataient de plus de deux ans et certaines attestations de bonne exécution fournies laissaient apparaître des mentions moyennes ou insuffisantes par les maîtres d'ouvrage et la société requérante ne présentait manifestement pas les capacités économiques et financières pour assumer l'exécution des prestations, objet du marché ;

- le moyen tiré de la méconnaissance par l'acheteur de la règle d'attribution maximale des lots définie dans le règlement de la consultation est inopérant dans l'hypothèse où le juge des référés considère que le pouvoir adjudicateur n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en rejetant la candidature de la société Établissements Vézie et non fondé dès lors que la société requérante ne démontre pas que les sociétés, dont elles invoquent les liens, ne disposeraient pas de moyens distincts, auraient déposé des offres similaires pour un même lot et ne seraient pas autonomes commercialement.

Vu :

- les pièces transmises par le SDE des Côtes-d'Armor et soustraites au contradictoire en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le décret n° 82-167 du 16 février 1982 relatif aux mesures particulières destinées à assurer la sécurité des travailleurs contre les dangers d'origine électrique lors des travaux de construction, d'exploitation et d'entretien des ouvrages de distribution d'énergie électriques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 novembre 2024 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Dubos, représentant la société Établissements Vézie, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait que la société requérante a fourni la preuve de ses capacités pour exécuter le marché en cause, lesquelles pouvaient être prouvées par tout moyen, qu'elle a fourni dans son dossier de candidature plus d'une trentaine d'habilitations, souligne que la candidature pouvait être perfectionnée dans le cadre de réponse, que la société améliore constamment ses pratiques pour respecter la législation applicable, souligne que le motif tiré de l'insuffisance des références manque en fait, celles fournies l'étant pour les années 2022 à 2024 comme l'exigeait le règlement de la consultation, que si le SDE des Côtes-d'Armor entend également désormais se prévaloir de l'insuffisance des qualifications professionnelles de ses agents amenés à intervenir, elle a produit des certificats de capacité, fait valoir que l'existence de difficultés financières ou de difficultés d'exécution du précédent marché est sans incidence sur la régularité de la candidature de la société requérante, souligne le dépassement du nombre de lots attribué à chaque titulaire par rapport à ce qui était prévu dans le règlement de la consultation ;

- les observations de Me Collet, représentant le syndicat départemental d'énergie (SDE) des Côtes-d'Armor, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, expose les exigences liées à l'exécution des marchés dès lors que les chantiers peuvent être amenés à être effectués simultanément à plusieurs endroits du territoire couvert, insiste sur le fait que le dossier de candidature de la société Établissements Vézie ne comportait pas d'éléments suffisants s'agissant des certifications exigées, qu'elle n'a en particulier fourni aucun certificat sur les sujets de haute tension, que ce dossier ne comportait aucune habilitation de son personnel alors qu'il s'agit d'une activité réglementée et que la société requérante n'a fourni que des documents de formation théoriques, que les références produites datent de 2022, souligne que la situation financière de la société Établissements Vézie est catastrophique et obère sa capacité à honorer ses engagements, qu'elle se trouve d'ailleurs en difficulté pour embaucher du personnel qualifié et répondre correctement à ses engagements contractuels en sa qualité de titulaire du marché en cours, fait valoir que la société Établissements Vézie ayant été évincée au stade de l'analyse des candidatures ne peut pas avoir été lésée par le manquement qu'elle invoque tenant au dépassement du nombre de lots pouvant être attribué à un même opérateur économique qui relève de l'analyse des offres, qu'en tout état de cause, chacun des attributaires a une autonomie commerciale et que d'ailleurs, les notes attribuées ne sont pas les mêmes entre toutes ces entreprises ;

- les observations de Me Michelin, représentant la société Bouygues Energies et Services, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait que la société Établissements Vézie ne peut demander l'annulation de la procédure que s'agissant d'un seul lot financier, que le SDE des Côtes-d'Armor s'est contenté de préciser, dans le cadre de la présente instance, les motifs du rejet de la candidature de la société requérante, que le manquement tiré de la méconnaissance de la limitation du nombre de lots par attributaire est inopérant dès lors que c'est la candidature de la société requérante qui a été rejetée ;

- et les explications de M. A, directeur général adjoint du SDE des Côtes-d'Armor.

Les sociétés Le Du, Cegelec, Allez, Reso, ERS, Ineo, Tpes, STE Armor, Sturno et Sader n'étaient pas représentées.

La clôture de l'instruction a été différée en dernier lieu au mardi 3 décembre 2024 à 16 heures.

Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2024 à 11 h 10, le SDE des Côtes-d'Armor conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens.

Il fait valoir en outre que :

- deux personnes morales différentes constituent en principe des opérateurs économiques distincts et les entreprises Sader et Le Du d'une part, STE Armor et Cegelec d'autre part ne peuvent pas être regardées comme étant un seul et même soumissionnaire dès lors qu'elles disposent d'une autonomie commerciale, ont des représentants légaux différents, des mémoires techniques parfaitement distincts dont le contenu repose sur leurs moyens propres et dont les sièges sont dispersés sur le territoire breton ; leurs offres ont d'ailleurs été notées différemment ;

- le manquement tenant à la méconnaissance de la limitation du nombre de lots par attributaire est en tout état de cause insusceptible d'avoir lésé la société Établissements Vézie dont l'éviction est intervenue au stade de la recevabilité de la candidature et n'avait pas vocation à voir son offre classée ;

- aucune erreur manifeste d'appréciation n'a été commise lors de l'examen de la candidature de la société requérante : il s'est livré à un examen global de l'ensemble des justifications qu'elle a apportées pour apprécier ses capacités techniques, professionnelles et financières ; la société Vézie n'a pas fourni l'ensemble des certificats nécessaires demandés dans le règlement de la consultation et n'a fourni aucune habilitation de son personnel pour les travaux sous tension alors que l'habilitation électrique est obligatoire pour les opérations sur les ouvrages de distribution d'énergie électrique tels que les lignes à haute tension.

Par un mémoire, enregistré le 2 décembre 2024 à 11 h 15, la société Établissements Vézie conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens.

Elle soutient en outre que :

- s'agissant des qualifications professionnelles, elle a produit des attestations d'ENEDIS qui sont équivalentes aux qualifications Serce/FNTP/Qualifelec mentionnées au règlement de la consultation, lequel admettait des démarches équivalentes ainsi que des attestations de capacité établies par le SDE des Côtes-d'Armor lui-même et concernant des prestations réalisées dans le cadre du précédent marché, qui sont valides ;

- s'agissant des habilitations professionnelles de son personnel : le règlement de la consultation admet " tout moyen de preuve " et les attestations de formation produites mentionnent les types d'habilitation auxquelles les employés sont en droit de prétendre, habilitations qui sont au demeurant établies par les employeurs eux-mêmes ;

- s'agissant du dépassement du nombre maximal de lots par opérateur économique, le président du conseil d'administration des sociétés Le Du et Sader est la même entité et ce moyen est opérant si le rejet de sa candidature est jugé irrégulier.

Par un mémoire, enregistré le 3 décembre 2024 à 14 h 03, le SDE des Côtes-d'Armor conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens.

Il fait valoir en outre que :

- la société requérante, alors même qu'elle est adhérente de la FNTP et à Qualifelec ne bénéficie pas de la part de ces organismes de qualification d'une certification de sa capacité professionnelle à réaliser l'ensemble des travaux, objet de l'accord-cadre ; le certificat établi par Enedis n'est en tout état de cause valable que jusqu'au 31 décembre 2025 et le certificat de références qu'il a lui-même établi attestent seulement des références de 2021 ;

- les salariés de la société Établissements Vézie ne peuvent intervenir sur les chantiers s'ils ne justifient pas de leurs titres d'habilitation en application du décret n° 82-167 du 16 février 1982.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence adressé à la publication le 19 juillet 2024, le syndicat départemental d'énergie (SDE) des Côtes-d'Armor a lancé une consultation en vue de la passation, selon une procédure d'appel d'offres ouvert, d'un accord-cadre à bons de commande, divisé en cinquante lots financiers, portant sur la réalisation de travaux neufs sur les réseaux électriques, l'éclairage public, les infrastructures de communications électroniques et le gaz. La société Établissements Vézie, qui a candidaté à l'attribution d'un lot financier, a été informée, par un courrier du 29 octobre 2024, que sa candidature avait été jugée non conforme au motif d'habilitations des équipes et de références toutes deux insuffisantes. Elle demande, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation de ce marché ainsi que les décisions par lesquelles le SDE des Côtes-d'Armor a d'une part attribué le marché, d'autre part, rejeté sa candidature.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique / () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes du I de l'article L. 551-2 du même code : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations () ". Selon l'article L. 551-10 du même code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat () et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".

En ce qui concerne le défaut d'information :

3. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ". Ces dispositions n'interdisent pas au pouvoir adjudicateur, après avoir communiqué les motifs justifiant le rejet d'une candidature ou d'une offre, de procéder ultérieurement à une nouvelle communication pour compléter ou préciser ces motifs, voire pour procéder à une substitution de motifs.

4. Il résulte de l'instruction que la notification du rejet de sa candidature adressée par le pouvoir adjudicateur à la société Établissements Vézie le 29 octobre 2024 indiquait les motifs de non-conformité de sa candidature, à savoir des habilitations des équipes ainsi que des références insuffisantes ainsi que les noms des différents attributaires. Si la société requérante fait valoir que les indications données n'étaient pas suffisantes, le pouvoir adjudicateur a complété l'information donnée dans le cadre de la présente instance en apportant des précisions détaillées sur les insuffisances de sa candidature et en les complétant ainsi qu'en lui communiquant les notes obtenues aux critères prix et valeur technique ainsi que le nombre de lots obtenus pour chacun des attributaires. La société requérante a ainsi disposé des informations suffisantes dans un délai suffisant pour lui permettre de contester utilement son éviction et n'est par suite pas fondée à soutenir que le SDE des Côtes-d'Armor n'aurait pas répondu aux prescriptions des articles précités du code de la commande publique. Il en résulte qu'aucun manquement à ses obligations de publicité et de mise en concurrence ne peut être reproché à ce titre au pouvoir adjudicateur.

En ce qui concerne la régularité de la candidature de la société Établissements Vézie :

5. Aux termes de l'article L. 2142-1 du code de la commande publique : " L'acheteur ne peut imposer aux candidats des conditions de participation à la procédure de passation autres que celles propres à garantir qu'ils disposent de l'aptitude à exercer l'activité professionnelle, de la capacité économique et financière ou des capacités techniques et professionnelles nécessaires à l'exécution du marché. / Ces conditions sont liées et proportionnées à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution ". Aux termes de l'article R. 2142-1 du même code : " Les conditions de participation à la procédure de passation relatives aux capacités du candidat mentionnées à l'article L. 2142-1, ainsi que les moyens de preuve acceptables, sont indiqués par l'acheteur dans l'avis d'appel à la concurrence ou dans l'invitation à confirmer l'intérêt ou, en l'absence d'un tel avis ou d'une telle invitation, dans les documents de la consultation " et aux termes de son article R. 2142-2 : " Lorsque l'acheteur décide de fixer des niveaux minimaux de capacité, il ne peut exiger que des niveaux minimaux liés et proportionnés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution ". Enfin aux termes de l'article 3 de l'annexe 9 au même code : " I. - Dans la mesure où ils sont nécessaires à l'appréciation des capacités techniques et professionnelles des candidats, l'acheteur peut exiger un ou plusieurs renseignements ou documents figurant dans la liste ci-dessous () / 12° Des certificats de qualification professionnelle établis par des organismes indépendants. Dans ce cas, l'acheteur accepte tout moyen de preuve équivalent ainsi que les certificats équivalents d'organismes établis dans d'autres États membres () ".

6. Aux termes de l'article 1. 1. 1 du cahier des clauses techniques particulières applicable au marché en litige, celui-ci porte sur la réalisation de travaux aériens et souterrains consistant en " l'extension, le renforcement, la sécurisation et l'effacement des réseaux de distribution d'énergie électrique à basse et haute tension (BT et HTA), des travaux d'éclairage public concomitants ou non aux travaux sur le réseau de distribution d'électricité (l'extension, le renouvellement et la mise en conformité de réseaux), des prestations annexes (borne prise de courant), les infrastructures de communications électroniques, la réalisation d'infrastructures nécessaires aux réseaux de fibres très haut débit ou autres réseaux liés en appuis communs, la distribution de gaz ". Aux termes de son article 1.4.2.3 : " Le titulaire veille à ce que son personnel dispose des formations, qualifications, certifications et permis requis pour qu'en toute circonstance, l'utilisation des engins et véhicules (les CACES ou équivalents par exemple) et l'exercice de leurs activités professionnelles répondent aux conditions normales prescrites, en garantissant la sécurité des personnes et des biens, ainsi que le respect des clauses environnementales. / Sur le chantier, les personnels du titulaire doivent être en mesure de présenter au SDE22 leurs autorisations délivrées par l'employeur (carte professionnelle, autorisation de conduite ou équivalent, etc. / Le titulaire ou sous-traitant respecte les exigences de formation et de qualification de son personnel relatives à la réglementation anti-endommagement, notamment depuis le 1er janvier 2018 l'employeur du titulaire doit délivrer une Autorisation d'Intervention à Proximité des Réseaux (AIPR) à leurs personnels concernés, amenés à travailler dans l'emprise des projets du SDE22. / Les travaux sur les ouvrages sous tension seront réalisés par du personnel habilité du titulaire (UTEC 18-10) ". Aux termes de l'article 6.1 du cahier des clauses administratives générales applicable au marché relatif aux conditions de réalisation des prestations : " () le titulaire s'engage à employer un personnel qualifié, convenablement habilité. Son attention est attirée sur le fait que les opérations sur les circuits d'alimentation s'effectuent le plus souvent sous tension () Il lui délivre les titres d'habilitation conformément aux règlements en vigueur () ".

7. La candidature de la société Établissements Vézie a été écartée comme irrecevable aux motifs d'une insuffisance de ses certifications de qualification professionnelle, des certificats de qualification professionnelles de son personnel et de ses références.

8. En premier lieu, en vertu de l'article 2 du règlement de la consultation, les candidats devaient fournir, à l'appui de leur candidature, outre les formulaires DC1 et le DC2, " des certificats établis par des instituts ou services officiels chargés du contrôle de la qualité et habilités à attester la conformité des fournitures par des références à certaines spécifications techniques - ISO 9001 ou ISO 9002 ou démarche équivalente ". Le règlement de la consultation comportait un tableau avec les références des certificats demandés selon trois nomenclatures de qualification, celui de la FNTP (fédération nationale des travaux publics), du SERCE (syndicat des entreprises du génie électrique et climatique) et de Qualifelec pour 12 items, à savoir les études et calculs de réseaux, électricité et télécommunications, les lignes aériennes de distribution d'électricité (haute et basse tension) et de télécommunications, les postes HTA, les canalisations souterraines (HTA, BT, TBT, télécommunications, pose de fourreaux de télécommunications, travaux de terrassement) et les travaux sur l'éclairage public.

9. Il résulte de l'instruction qu'au titre des documents demandés pour justifier sa capacité professionnelle, la société requérante a produit, outre un certificat du bureau Veritas pour l'option " géoréférencement " et des certifications ISO en matière d'environnement et de développement durable et de management de la santé et de la sécurité au travail, une carte professionnelle d'entrepreneur de travaux publics délivrée le 27 février 2024 par la FNTP et valable jusqu'au 31 mars 2025 pour les travaux de terrassement courants en milieu non urbain, les réseaux aériens électriques basse tension, les réseaux souterrains électriques basse tension en zone non urbaine, les travaux neufs et la maintenance pour l'éclairage public et la pose de tubes pvc télécom LST, un certificat de qualification Qualifelec pour l'éclairage public valable jusqu'au 25 novembre 2024, des certificats d'aptitude de la société Enedis valables jusqu'au 31 décembre 2025 pour les travaux de réseau aérien en basse (BT) et haute tension (HTA), les équipements de postes en haute tension et basse tension, la modification et la réhabilitation de postes HTA/BT, des terrassements ponctuels, les études pour la réalisation de travaux souterrains et aériens en basse et moyenne tension, ainsi que des certificats de capacité des SDE des Côtes-d'Armor et d'Ille-et-Vilaine datés de 2019 à 2022. Ces documents, qui couvrent l'ensemble des domaines du marché en litige, permettent d'attester de la qualification professionnelle de la société requérante, ce que le SDE des Côtes-d'Armor ne conteste pas utilement en se bornant à se référer aux nomenclatures du tableau inséré dans le règlement de la consultation alors que, conformément aux exigences réglementaires, toute démarche équivalente était admise. La société Vézie Établissements est ainsi fondée à soutenir que sa candidature ne pouvait pas être rejetée sur ce fondement.

10. En deuxième lieu, le dossier de candidature devait comporter " la liste des travaux exécutés exclusivement dans les domaines se rapportant au présent accord-cadre et sur les 2 dernières années / Avec attestations de bonne exécution pour les travaux les plus importants, montant, dates, lieux d'exécution et précisions s'ils ont été faits selon les règles de l'art et menés régulièrement à bonne fin / Exemples : Réalisation de travaux similaires pour le compte d'Enedis, de Grdf, de GRT, de France Telecom ou de collectivités concédants en indiquant la teneur des prestations, date, montant, maître d'ouvrage ".

11. Il résulte de l'instruction que la société Établissements Vézie a fourni une liste de références relative à des marchés qu'elle a exécutés au cours des années 2020 à 2024 et qu'elle est titulaire sortant du marché conclu en 2021 avec le syndicat départemental d'énergie des Côtes-d'Armor. Elle a ainsi satisfait aux exigences du règlement de la consultation sur ce point et sa candidature ne pouvait pas être rejetée au motif d'une insuffisance de références datant de moins de deux années.

12. En troisième lieu, l'article 2 du règlement de la consultation prévoyait également que les candidats devaient fournir, à l'appui de leur candidature, des certificats de qualification professionnelle et habilitations de son personnel en cours de validité, " qualification QUALIFELEC ou références équivalentes / certificat d'aptitude PQF génie civile électricité (CGE) et/ ou terrassement ponctuel électricité (TPE) / CACES / Carte de qualification professionnelle et/ou carte professionnelle d'entrepreneur, / Habilitation du personnel pour les travaux sous tension (liste, etc. / Autorisation d'intervention à proximité des réseaux (AIPR)/ Plus généralement tous justificatifs des certifications nécessaires à la bonne exécution prestations ". Le règlement précisait en outre que " La preuve de la capacité du candidat peut être apportée par tout moyen (certificats d'identité professionnelle, références de travaux attestant de la compétence de l'opérateur à réaliser la prestation) ".

13. Il résulte de l'instruction que la société Vézie Établissements a fourni, à l'appui de sa candidature, des attestations de formation AIPR et CACES (certificat d'aptitude à la conduite en sécurité ) ainsi que plusieurs attestations de formation aux travaux sous tension pour les travaux électriques. Si le règlement de la consultation admettait que la preuve de la capacité du candidat pouvait être apportée par tout moyen, l'article 6 du décret n° 82-167 du 16 février 1982 relatif aux mesures particulières destinées à assurer la sécurité des travailleurs contre les dangers d'origine électrique lors des travaux de construction, d'exploitation et d'entretien des ouvrages de distribution d'énergie électriques prévoit que les travaux sur les installations électriques doivent être réalisés par des personnes qualifiées et habilitées et que l'employeur doit remettre à chaque travailleur chargé de travaux sur les installations électriques un titre d'habilitation spécifiant les limites des attributions qui peuvent lui être confiées et la nature des opérations qu'il peut être autorisé à effectuer, après s'être assuré que ledit travailleur a une connaissance complète des précautions à prendre pour éviter les dangers de l'électricité dans l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Or, il est constant que la société Établissements Vézie n'a produit aucune habilitation de son personnel pour les travaux sous tension alors que les attestations de formation qu'elle produit ne pouvaient réglementairement se substituer à ces habilitations et concernent au demeurant essentiellement les travaux sur les ouvrages et installations électriques en basse tension, à l'exclusion de la haute tension. Dans ces conditions, et alors qu'il résulte de l'instruction que certains des chantiers qu'elle a été amenés à effectuer dans le cadre du marché dont elle est titulaire, ont nécessité que des techniciens Enedis se substituent à ses propres salariés pour effectuer des travaux sur la HTA en l'absence d'habilitation de ses techniciens, le SDE des Côtes-d'Armor, en estimant que la candidature de la société requérante ne permettait pas de s'assurer de la qualification de son personnel pour tous les aspects du marché, n'a pas entaché d'erreur manifeste l'appréciation à laquelle il s'est ainsi livrée. Ce motif justifiait à lui seul le rejet de la candidature de la société Établissements Vézie.

En ce qui concerne le dépassement du nombre maximal de lots par candidat :

14. Aux termes de l'article R. 2142-4 du code de la commande publique : " Une même personne ne peut représenter plus d'un candidat pour un même marché ". Aux termes de l'article 3 du règlement de la consultation relatif au jugement des offres et à l'attribution des lots financiers : " Un candidat ne pourra se voir attribuer plus de dix (10) lots ".

15. Si deux personnes morales différentes constituent en principe des opérateurs économiques distincts, elles doivent néanmoins être regardées comme un seul et même soumissionnaire lorsque le pouvoir adjudicateur constate leur absence d'autonomie commerciale, résultant notamment des liens étroits entre leurs actionnaires ou leurs dirigeants, qui peut se manifester par l'absence totale ou partielle de moyens distincts ou la similarité de leurs offres pour un même lot.

16. La société Vézie Établissements soutient que certains des attributaires doivent être regardés comme un seul et même soumissionnaire en raison des liens étroits qu'ils entretiennent entre leurs actionnaires et/ou leurs dirigeants de telle sorte que la règle énoncée à l'article 3 du règlement de la consultation n'a pas été respectée. Toutefois, le choix d'une offre irrégulière, à supposer même que le manquement allégué soit avéré, n'est pas susceptible d'avoir lésé la société requérante, dont il résulte de ce qui a été dit précédemment le pouvoir adjudicateur a régulièrement écarté la candidature.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de la société Établissements Vézie à fin d'annulation et d'injonction présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Il n'y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions d'aucune des parties à l'instance, tendant au versement à leur profit de sommes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Établissements Vézie est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du SDE des Côtes-d'Armor, de la société Bouygues Energies et Services et de la société Ineo Réseaux Centre Atlantique présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Établissements Vézie, au syndicat départemental d'énergie des Côtes-d'Armor, à la société Bouygues Energies et Services, à la société Ineo Réseaux Centre Atlantique , à la société Le Du, à la société Cegelec, à la société Sader, à la société Allez, à la société Reso, à la société ERS, à la société TPES , à la société Sturno et à la société STE Armor.

Fait à Rennes, le 5 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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