mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406714 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BALLOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2024, M. A B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure au regard du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu :
- l'ordonnance du 16 novembre 2024 par laquelle la vice-présidente en charge des rétentions administratives près le tribunal judiciaire de Rennes a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-six jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours prévus par les dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René ;
- les observations de Me Balloul, avocat commis d'office représentant M. B, qui maintient les conclusions de la requête, abandonne les moyens tirés du vice d'incompétence, du vice de procédure et de l'insuffisance de motivation, développe le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. B et ajoute que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- et les explications de M. B, assisté d'une interprète en langue kabyle.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 27 janvier 1998, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 21 septembre 2021. À la suite de son interpellation par les services de police le 10 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime, par un arrêté du 11 novembre 2024 dont le requérant demande l'annulation, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation des décisions attaquées, que le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen suffisamment sérieux et particulier de la situation de M. B, y compris, s'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, par une vérification du droit au séjour de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation du requérant doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
6. L'arrêté litigieux n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire et le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire susceptible de justifier que ne soit pas prononcée une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français dans une telle hypothèse. L'existence d'une telle circonstance exceptionnelle ne ressortant pas des pièces du dossier, il appartenait au préfet de la Seine-Maritime d'assortir sa décision d'obligation à quitter le territoire français d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Pour établir que la durée de deux ans de cette interdiction serait excessive, M. B fait valoir à la barre, par l'intermédiaire de son avocat, que contrairement à ce qu'a relevé le préfet dans les motifs de cette décision, il ne présente pas une menace à l'ordre public dès lors que la matérialité des faits pour lesquels il a été placé en garde à vue n'est pas établie. S'il est vrai que cette dernière a été contestée lors de son audition par les services de police le 10 novembre 2024 et que la production par le préfet du seul procès-verbal d'audition n'est pas suffisante pour établir la matérialité des faits reprochés à M. B et démontrer l'existence d'une menace à l'ordre public, il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant, qui selon ses déclarations se maintient sur le territoire français depuis septembre 2021, soit une durée relativement courte, ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français alors qu'il a indiqué lors de son audition que les membres de sa famille résidaient en Algérie. Il n'apporte aucune pièce de nature à établir la réalité de l'activité professionnelle qu'il invoque. Dans ces conditions, à supposer qu'à la date de l'arrêté attaqué il ne pouvait être regardé comme présentant une menace à l'ordre public et alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire français ainsi que de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France tels qu'établis, la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pendant deux ans n'est entachée d'erreur d'appréciation ni dans son principe ni dans sa durée. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision en se fondant sur ces seules circonstances.
7. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle du requérant, soulevés dans la requête de manière générale à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant à la magistrate désignée du tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent dès lors être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Décision communiquée aux parties le 19 novembre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La magistrate désignée,
signé
C. RenéLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026