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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406738

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406738

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2024, Mme A D, représentée par Me Gourlaouen, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 novembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Rennes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement, à compter du 7 novembre 2024, l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un motif légitime justifie qu'elle bénéficie des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du même article dès lors qu'elle se trouve dans une situation de vulnérabilité ;

- l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 a été inexactement transposé à l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cet article permet de refuser totalement les conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur d'asile a introduit une demande d'asile postérieurement à l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours alors que la directive prévoit que l'introduction d'une demande d'asile après le délai de quatre-vingt-dix jours ne permet à l'autorité administrative que de refuser partiellement les conditions matérielles d'accueil ; le refus automatique des conditions matérielles d'accueil qui lui a été opposé méconnaît le principe de proportionnalité résultant du même article 20 de cette directive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours prévus par les dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- et les observations de Me Nguyen, substituant Me Gourlaouen et représentant Mme D, présente, qui maintient les conclusions de la requête et en développe les moyens ; elle produit en outre des pièces complémentaires.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise, est entrée en France le 14 juillet 2024. Elle a présenté une demande d'asile au guichet unique pour demandeurs d'asile le 7 novembre 2024. Le même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Rennes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme D ne justifiant pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C B, directrice territoriale de l'OFII qui a reçu délégation à l'effet de signer tous les actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rennes en vertu d'une décision du 15 janvier 2019 régulièrement publiée, laquelle ne devait pas nécessairement être visée par la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort de l'article 8 d'une décision du 15 mars 2023 du directeur général de l'OFII portant organisation générale de l'OFII, accessible sur le site internet de l'OFII, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen suffisamment sérieux de la situation de Mme D. Les services de cet office ont notamment procédé à un entretien de vulnérabilité le 7 novembre 2024 à la suite du dépôt par la requérante de sa demande d'asile le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de la situation de Mme D doit être écarté.

6. En troisième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement légal et indique qu'après examen des besoins de Mme D et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Cette décision mentionne ainsi les motifs de fait et de droit au vu desquels elle a été prise. Le moyen tiré du caractère insuffisant de sa motivation doit dès lors être écarté.

7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes du 2 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Les États membres peuvent () limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. ". Il résulte des termes clairs de ces dispositions qu'elles autorisent les États membres, dans les cas qu'elles prévoient, à limiter les conditions matérielles d'accueil, c'est-à-dire à en réduire, en tout ou partie, le bénéfice, ab initio, à un demandeur d'asile.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; / () ".

9. En autorisant, au 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration, non pas seulement à refuser partiellement, mais aussi à refuser totalement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile, lorsque, sans motif légitime, il n'a pas sollicité une protection internationale dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France, le législateur s'est borné à se saisir de la faculté qui lui était laissée par l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, tel qu'interprété au point 7 ci-dessus. Ainsi, le moyen tiré de l'incompatibilité du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, il est constant que Mme D est entrée en France le 14 juillet 2024. Elle a déposé sa demande d'asile au guichet unique pour demandeurs d'asile le 7 novembre 2024, soit après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours imparti par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquelles renvoie le 4° de l'article L. 515-15 du même code. La requérante ne se prévaut à l'appui de son moyen tiré de l'erreur de droit d'aucune circonstance de nature à établir l'existence d'un motif légitime justifiant l'absence de dépôt de sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Il s'ensuit que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Rennes a pu, sans commettre d'erreur de droit au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'accorder à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour ce motif.

11. En dernier lieu, si Mme D invoque des problèmes de santé, la production d'une attestation de passage auprès de la caisse primaire d'assurance maladie pour les demandeurs d'asile du 14 août 2024, selon laquelle la demande d'aide médicale d'État déposée par la requérante était irrecevable à cette date, et d'un bulletin de présence émanant du centre hospitalier régional universitaire de Rennes attestant que l'intéressée s'est rendue au service des urgences gynécologiques de cet établissement pour une consultation le 23 septembre 2024 entre 8h38 et 13h24 ne saurait suffire à démontrer que son état de santé l'aurait placée dans une situation de vulnérabilité particulière qui faisait obstacle à ce que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté. Pour les mêmes motifs et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas respecté le principe de proportionnalité résultant de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en refusant à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans procéder à leur limitation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. RenéLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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