jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406791 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | STEPIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Stepien, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du maire de la commune de Saint-Jean-Brévelay du 18 septembre 2024 portant rejet de sa demande, tendant notamment à faire cesser l'aménagement du chemin d'exploitation situé parcelle cadastrée ZN n° 187 ainsi que la création d'un rond-point au carrefour de ce chemin et de la rue de Rennes ;
2°) de constater que la propriété du chemin d'exploitation implanté sur la parcelle section ZN n° 187 appartient aux propriétaires riverains, dont elle fait partie ;
3°) d'ordonner à la commune de Saint-Jean-Brévelay de prouver être propriétaire de ce chemin d'exploitation, afin de justifier de la légalité des travaux qui y sont ou vont y être exécutés ;
4°) d'ordonner à la commune de Saint-Jean-Brévelay de justifier du permis de construire et de toutes les autorisations d'urbanisme qui ont été accordées pour la réalisation des travaux en lien avec l'implantation du supermarché ;
5°) d'ordonner à la commune de Saint-Jean-Brévelay de rétablir le chemin d'exploitation dans son état antérieur aux travaux ;
6°) d'ordonner à la commune de Saint-Jean-Brévelay et à l'exploitant du supermarché Intermarché de faire cesser tout projet de goudronnage de ce chemin ainsi que la création du rond-point envisagé au carrefour de la rue de Rennes et de ce chemin, en contraignant en contrepartie les poids-lourds et les véhicules se rendant au supermarché à emprunter le rond-point existant au croisement de la rue de Rennes et de la déviation de Saint Jean, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
7°) d'ordonner à la commune de Saint-Jean-Brévelay et à l'exploitant du supermarché Intermarché de prendre toute mesure pour assurer la paisibilité de la propriété située 54 rue de Rennes, sur la parcelle section ZN n° 9, pendant et après les travaux du supermarché, pour préserver les habitants de toute nuisance induite par l'activité commerciale ainsi implantée (quais de déchargement à une distance suffisante des habitations, puisqu'ils se situent actuellement du côté des fenêtres desdites habitations ; installation de panneaux acoustiques de 5 mètres de haut le long du chemin d'exploitation et du côté de la propriété de la requérante ; limitations de vitesse ; non goudronnage du chemin ; passage des poids lourds via le rond-point existant au croisement de la rue de Rennes et de la déviation de Saint Jean, qui longe la parcelle cadastrée section ZN n° 172 ; ouverture de la route départementale n° 778 ; interdiction de porter atteinte à sa propriété, notamment en évitant toute atteinte au recul de voiture, à l'abattage des cyprès des haies et bande végétale ; et toute autre mesure utile), dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
8°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-Brévelay une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que les travaux d'aménagement du chemin rural ont démarré ; leur réalisation a des conséquences significatives sur l'état de santé de sa mère ;
la régularité du projet de construction du supermarché Intermarché n'est pas établie ; il appartient au maire de justifier de l'avis rendu par la commission départementale d'aménagement commerciale ainsi que des autorisations d'urbanisme délivrées ; aucune concertation avec les riverains n'a été réalisée ;
la commune ne justifie de sa propriété sur le chemin d'exploitation ; elle fait valoir la prescription acquisitive trentenaire prévue par les dispositions de l'article 2 260 et suivants du code civil ; le goudronnage du chemin d'exploitation par la commune porte atteinte au droit de propriété de ce chemin et à son usage ; il est impropre à supporter un trafic dense, notamment de poids lourds de livraison et ne peut être élargi sans méconnaître le bornage réalisé ;
les travaux portent atteinte à son droit de propriété ; les travaux conduisent à l'abattage de deux cyprès situés sur son terrain, ainsi qu'à la condamnation de trois entrées de sa propriété débouchant sur le chemin d'exploitation ;
la construction d'un nouveau rond-point est superflue et source de nuisances ;
les travaux de construction du supermarché Intermarché induisent des nuisances pour les occupants de la propriété située 54 rue de Rennes à Saint-Jean-Brévelay.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2404391 du 7 août 2024 ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des termes de l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2404391 que le maire de Saint-Jean-Brévelay a délivré à la SAS Caplane, le 20 juillet 2022, un permis de construire un supermarché sur les parcelles cadastrées ZN nos 170 et 172, bordées par une voie, située sur la parcelle ZN n° 187, séparant ce terrain de la propriété de Mme A, située parcelle ZN n° 9. Par un courrier du 22 juillet 2024, l'intéressée a demandé au maire de la commune de Saint-Jean-Brévelay de justifier de la propriété communale de ce chemin, de faire cesser tous travaux d'aménagement et de goudronnage qui y sont réalisés ainsi que de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la paisibilité de la jouissance de sa propriété, durant les travaux de construction du supermarché puis durant son exploitation. Par la présente requête, elle demande la suspension de l'exécution de la décision du maire de la commune de Saint-Jean-Brévelay du 18 septembre 2024 portant rejet de ses différentes demandes ainsi que soient ordonnées différentes mesures, listées aux points 2 à 7 des visas de la présente ordonnance.
3. En premier lieu, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la question de la propriété de la voie située sur la parcelle ZN n° 187, dont la requérante conteste qu'elle appartient à la commune de Saint-Jean-Brévelay. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit constaté que la propriété de la voie en cause appartient aux propriétaires riverains, et à ce qu'il soit ordonné à la commune de prouver être propriétaire de cette voie, afin de justifier de la légalité des travaux qui y sont ou vont y être exécutés, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
4. En deuxième lieu, il n'appartient pas au juge des référés d'ordonner à la commune de Saint-Jean-Brévelay de justifier du permis de construire et de toutes les autorisations d'urbanisme qui ont été accordées pour la réalisation des travaux en lien avec l'implantation du supermarché, ces documents étant communicables à toute personne physique ou morale qui en ferait la demande, en application des dispositions de l'article L. 2121-26 du code général des collectivités territoriales, et Mme A n'établissant pas, et n'alléguant pas même, s'être vu opposer un refus de leur communication de la part des services compétents.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que (), les bruits, les troubles de voisinage, () et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; () ".
6. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police générale que lui confèrent les dispositions précitées n'est entaché d'illégalité que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publique, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.
7. En l'espèce, en se bornant à soutenir qu'aucune concertation préalable n'a eu lieu, Mme A ne développe aucun moyen tendant à utilement et sérieusement contester la régularité des autorisations d'urbanisme délivrées au bénéfice de la SAS Caplane. Si, par ailleurs, elle soutient que tant les travaux de construction du supermarché, sur les parcelles cadastrées section ZN nos 170 et 172, que les travaux d'aménagement, notamment de goudronnage, du chemin situé sur la parcelle et ceux de construction d'un rond-point à l'intersection de ce chemin et de la rue de Rennes, décidés par délibération du conseil municipal de Saint-Jean-Brévelay du 15 avril 2024, induisent des nuisances majeures pour les occupants de la maison sise sur la parcelle cadastrée section ZN n° 9, notamment bruits et vibrations liés au passage des engins de chantier, qui portent atteinte à la tranquillité du voisinage, elle n'établit pas que ces nuisances excèdent les inconvénients normaux supportés temporairement par les riverains d'un chantier. En particulier, aucun élément du dossier ne corrobore l'existence de dommages aux habitations environnantes qui résulteraient des travaux réalisés, l'existence d'un risque réel et sérieux d'engorgement en eau des terres jouxtant le chemin situé parcelle cadastrée section ZN n° 187 du fait du comblement des fossés le bardant, ou encore l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre l'hémorragie à l'œil de sa mère et les vibrations provoquées par le passage des engins de chantier. Les seules photographies versées au dossier ne suffisent pas davantage à établir que l'aménagement et l'ouverture à la circulation de ce chemin et la création en amont d'un rond-point à son intersection avec la rue de Rennes, pour permettre l'accès au centre commercial projeté, génèreront un risque caractérisé pour la sécurité des usagers de la voie ou des riverains ou porteront atteinte à la propriété de Mme A.
8. La matérialité des nuisances invoquées par la requérante n'étant pas établie, il est manifeste qu'aucun des moyens et arguments développés dans la requête n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du maire de la commune de Saint-Jean-Brévelay du 18 septembre 2024 portant refus de donner une suite favorable à la demande de Mme A de prendre toutes mesures pour faire cesser les travaux en cours à proximité de sa propriété.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins de suspension de son exécution doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice. Il en est de même, par voie de conséquence, de ces conclusions en injonction et de celles présentées au titre des frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Fait à Rennes, le 5 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. Thielen
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026