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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406845

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406845

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDERAMMELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 novembre et 18 décembre 2024, M. B A, représenté par Me De Rammelaere, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il est susceptible d'être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de transférer son entier dossier de demande de titre de séjour au préfet territorialement compétent ;

4°) à titre principal, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ;

5°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation après réception de son dossier de demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive, l'arrêté attaqué lui ayant été remis en main propre le 21 octobre 2024 à la préfecture de l'Orne ;

- le tribunal administratif de Rennes est territorialement compétent en application de l'article R. 312-8 du code de justice administrative eu égard à son déménagement dans le département du Morbihan en décembre 2023 ;

- le préfet de l'Orne n'était pas compétent territorialement pour édicter l'arrêté attaqué selon l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et devait transmettre sa demande d'admission au séjour à la préfecture du Morbihan ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- il renonce au moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de saisine de la commission du titre de séjour soulevé dans sa requête introductive d'instance ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle compte tenu de la stabilité de sa vie professionnelle depuis le mois de janvier 2024 et de l'ancienneté de sa résidence en France ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 novembre et 19 décembre 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les observations de Me De Rammelaere, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 28 juillet 1978, est entré en France le 15 avril 2005. À la suite de son mariage avec une ressortissante française le 20 décembre 2011, une carte de séjour temporaire lui a été délivrée pour la période du 17 juillet 2012 au 16 juillet 2013. Son mariage n'ayant pas perduré selon les déclarations de M. A, ce dernier a sollicité, le 14 novembre 2022, son admission au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 septembre 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Orne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte-d'Ivoire comme pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. L'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Tout étranger, séjournant en France et titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu'il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l'autorité administrative territorialement compétente ".

4. Le requérant soutient avoir informé le préfet de l'Orne de son déménagement dans le département du Morbihan en décembre 2023 par un courrier reçu le 9 septembre 2024. Toutefois, à la supposer établie, cette circonstance ne démontre pas que le requérant ait dûment informé le préfet de l'Orne de sa nouvelle adresse avant l'édiction, le 4 septembre 2024, de l'arrêté attaqué. À cet égard, les déclarations du requérant sur son adresse devant la commission du titre de séjour du 9 février 2024, connues des services de la préfecture de l'Orne, sont imprécises et divergentes en ce que l'intéressé a déclaré être hébergé à Vannes chez son oncle tout en indiquant avoir sa " vie " à la Ferté-Macé dans le département dans l'Orne et se rendre à Vannes pour son activité professionnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité administrative incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait également état de la situation familiale et professionnelle du requérant et indique notamment qu'il ne justifie ni de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires ni d'une insertion particulière dans la société française ni de liens intenses, stables et anciens en France. Ainsi, la décision attaquée comporte les éléments pertinents relatifs aux conditions du séjour de M. A en France. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Orne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. M. A fait état de sa présence en France depuis dix-neuf ans, de son mariage avec une ressortissante française et de son insertion professionnelle. Toutefois, il ressort de ses propres écritures avoir déposé sa demande de titre de séjour, le 14 novembre 2022, en raison de l'échec de son mariage. En outre, si le requérant soutient disposer d'attaches en France et ne plus en avoir en Côte-d'Ivoire, il n'assortit cette allégation d'aucune pièce probante. Enfin, M. A établit seulement avoir occupé des emplois précaires, soit un emploi de plongeur de mars à septembre 2012, un emploi d'agent d'entretien du 16 septembre au 30 septembre 2014 et un emploi de plongeur du 1er mai au 15 octobre 2024. À cet égard, si M. A soutient avoir occupé un poste d'agent d'entretien dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel, il ne produit qu'un extrait non probant de ce contrat, qui ne fait pas apparaître la signature des parties et la date du contrat. Par ailleurs, si le requérant soutient respecter les valeurs de la République et produit des pièces relatives au contrat d'accueil et d'intégration, cette circonstance constitue un indice de son insertion dans la société française mais ne saurait suffire, avec les quelques contrats de travail précités, à démontrer son insertion dans la société française eu égard à sa durée de présence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). "

11. En présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

12. Le requérant se prévaut des mêmes circonstances que celles exposées au point 9 pour soutenir que son droit au séjour pouvait être régularisé. Toutefois, par ces circonstances, M. A ne justifie ni de motifs exceptionnels ni de circonstances humanitaires permettant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel au titre de la vie privée et familiale ou de l'intégration professionnelle. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

15. Le requérant se prévaut des mêmes circonstances que celles exposées aux points 9 et 12. Pour les mêmes motifs et eu égard à l'inexécution des précédentes mesures d'éloignements dont il a fait l'objet le 10 septembre 2014 dont la légalité a été confirmée par jugement n°1405196 du tribunal administratif de Rennes du 27 février 2015 et le 21 décembre 2018 dont la légalité a été confirmée par arrêt n° 19NT02591 de la cour administrative de Nantes du 5 août 2019, la décision de refus de titre de séjour contestée n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été édictée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Pour les mêmes motifs que exposés au point précédent, et alors que le requérant n'établit pas la stabilité personnelle et professionnelle qu'il soutient avoir trouvé en France, le préfet n'a pas entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

En ce qui concerne légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

17. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante à l'instance, verse à M. A une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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