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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406887

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406887

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, M. F B, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2024 par lequel le préfet du Morbihan prononce le retrait de son certificat de résidence, lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le préfet a méconnu son droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à être entendu ;

- l'arrêté, dans son ensemble, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché, dans son ensemble, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de retrait de son titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision d'interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par arrêté du 10 novembre 2024, enregistré au greffe du tribunal, le préfet du Morbihan a assigné M. B à résidence à Lorient (Morbihan).

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Guillou, représentant M. B, qui reprend ses écritures,

- les observations de M. E, représentant le préfet du Morbihan.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de l'arrêté :

1. M. B, de nationalité algérienne, est entré en France en juillet 2022 et a bénéficié d'une carte de séjour algérien dont le préfet prononce le retrait pour menace à l'ordre public. Constatant que l'intéressé s'est vu retirer ce document, le préfet du Morbihan pouvait légalement prendre, par décision du 10 novembre 2024 et sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de M. B.

2. Le préfet du Morbihan a donné délégation, selon arrêté du 14 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme A C, sous-préfète de Pontivy et signataire de l'arrêté, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général et du secrétaire général adjoint de la préfecture, notamment les arrêtés d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 10 novembre 2024 doit être écarté.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, durant sa garde à vue le 10 novembre 2024 à la suite de son interpellation pour vol, a été interrogé sur sa situation administrative et sur la perspective d'un retrait de son titre de séjour. À cette occasion, il a pu préciser à l'administration les éléments de sa situation, de sa vie familiale et de ses attaches en France avant que ne soit prise la décision de retrait de titre de séjour attaquée. Le droit de l'intéressé d'être entendu a donc été respecté. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

4. Il résulte de la lecture des dispositions de l'article R. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que celui-ci renvoie à l'article L. 432-13 du même code lequel ne prévoit la consultation de la commission du titre de séjour qu'en cas de retrait d'un titre de séjour d'un étranger n'ayant pas respecté les règles du regroupement familial ou ayant obtenu un titre pour des motifs exceptionnels. M. B, qui n'établit pas être dans l'un de ces cas, ne peut invoquer utilement la méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B soit bénéficiaire d'un certificat de résidence de dix ans. L'intéressé ne peut donc se prévaloir utilement de ce que les stipulations de l'accord franco-algérien ne permettraient pas le retrait d'un tel certificat pour un motif d'ordre public.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé, le 10 novembre 2024, à la suite d'un vol en réunion avec violences commis sur une personne alcoolisée. Il est également connu des services de police pour un vol de deux vélos électriques à la suite de l'effraction d'un garage que sa compagne tentait de revendre pour son compte en août 2024 et pour recel de nombreux autres objets volés. M. B, en se bornant à contester les procès-verbaux au motif que leur production ne respecterait pas la procédure pénale ou la présomption d'innocence, et à soutenir qu'il n'a pas été poursuivi pour ces faits et que son casier judiciaire est vierge, n'apporte aucun élément suffisamment sérieux pour contester la matérialité ou le caractère suffisamment grave de ces faits. Ces faits, réitérés en peu de temps alors que la présence en France de l'intéressé est très récente, caractérisent un comportement qui constitue une menace pour l'ordre public justifiant le retrait du titre de séjour temporaire de M. B en application de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux algériens.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré récemment en France en juillet 2022. Il a bénéficié d'un titre de séjour en tant que parent d'un enfant français né le 25 juin 2023, avec lequel il réside et dont il est présumé assurer l'entretien et l'éducation. Il fait état de sa vie commune avec la mère de l'enfant mais cette attache familiale a été tissée alors qu'il se trouvait irrégulièrement en France et ne pouvait dès lors ignorer la précarité qui en découlait. Cette situation créée alors que le requérant se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français ne saurait donc être déterminante. Il ne fait valoir aucune attache en dehors du cercle familial et n'établit pas ne plus en avoir dans son pays d'origine où il a résidé l'essentiel de sa vie et où résident ses proches avec lesquels il est en relation téléphonique régulièrement. Par ailleurs, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B représente une menace pour l'ordre public et la mesure constitue dès lors une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, ainsi qu'à la protection des droits d'autrui. Dans ces conditions, le préfet du Morbihan n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour l'ensemble de l'arrêté.

9. Pour les mêmes motifs, et même si M. B doit être regardé comme participant à l'entretien et l'éducation de son enfant, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, alors que le législateur a abrogé les dispositions protégeant l'étranger père d'un enfant français d'une mesure d'éloignement et que la présence de l'enfant ne dissuade pas l'intéressé de persister dans un comportement qui représente une menace pour l'ordre public.

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de retrait du titre de séjour doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Pour les motifs retenus aux points 6, 8 et 9, M. B n'établit pas que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".

15. Pour les motifs retenus aux points 6, 8 et 9, M. B, qui ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa compagne et son enfant viennent lui rendre visite en Algérie ou s'y installent temporairement, n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré récemment en France et, s'il fait état de sa vie commune avec sa compagne et son enfant, il n'établit pas l'existence de liens particuliers en France en dehors du cercle familial. Son comportement représente ainsi qu'il vient d'être dit une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, même si l'intéressé n'a pas déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en prenant la mesure ni d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à un an la durée de cette interdiction de retour.

16. Pour les motifs retenus aux points 6, 8, 9 et 15, M. B n'établit pas que le préfet aurait porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2024 portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. DLa greffière d'audience,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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