vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | SELAS HAVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2402063 du 26 novembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Rennes, en application de l'article R. 922-4 du code de justice administrative, la requête introduite le 7 juillet 2024 par M. A.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juillet 2024 et le 28 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Noirot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui interdit un retour en France pendant une période de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée en droit et ne tient pas compte des éléments propres à sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de forme, en ce qu'elle ne comporte aucune mention du jugement rendu le 11 janvier 2024 par le tribunal administratif de Nancy, annulant l'arrêté préfectoral du 4 janvier 2024 ;
- elle est irrégulière en ce qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des effets du jugement rendu le 4 janvier 2024 par le tribunal administratif de Nancy ;
- le préfet a commis une erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il s'investit dans son rôle de père et contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ;
- le préfet a commis une erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour en tant que conjoint d'une ressortissante française, dans la mesure où la communauté de vie avec son épouse n'a jamais cessé malgré les périodes d'incarcération ;
- le préfet ne pouvait, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, retenir l'inexécution de la mesure d'éloignement du 18 novembre 2022, devenue caduque à raison de la décision intervenue le 4 janvier 2024 ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur de fait, les infractions pénales commises ne pouvant à elles seules suffire à caractériser une menace à l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité que comporte la décision attaquée pour sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, eu égard à l'intérêt supérieur de ses trois enfants nés en France ;
- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en droit et ne tient pas compte des éléments propres à sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de forme, en ce qu'elle ne comporte aucune mention du jugement rendu le 11 janvier 2024 par le tribunal administratif de Nancy, annulant l'arrêté préfectoral du 4 janvier 2024 ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des effets du jugement rendu le 4 janvier 2024 par le tribunal administratif de Nancy ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisqu'il justifie contribuer régulièrement à l'entretien de ses trois enfants ;
- le préfet a méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où il est marié depuis le mois de septembre 2018 avec une ressortissante française avec laquelle la communauté de vie se poursuit ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur de fait en considérant que son comportement représentait une menace pour l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité que comporte la décision attaquée pour sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, eu égard à l'intérêt supérieur de ses trois enfants nés en France ;
- S'agissant de la décision faisant interdiction d'un retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en droit et ne tient pas compte des éléments propres à sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de forme, en ce qu'elle ne comporte aucune mention du jugement rendu le 11 janvier 2024 par le tribunal administratif de Nancy, annulant l'arrêté préfectoral du 4 janvier 2024 ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des effets du jugement rendu le 4 janvier 2024 par le tribunal administratif de Nancy ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur de fait en considérant qu'il représentait une menace pour l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité que comporte la décision attaquée pour sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, eu égard à l'intérêt supérieur de ses trois enfants nés en France.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 septembre 2024 et le 29 septembre 2024, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu :
- l'ordonnance du 21 novembre 2024 par laquelle le conseiller délégué à Cour d'appel de Rennes a prolongé la rétention de M. A pour un délai maximum de vingt-six jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- les observations de Me Dollé, substituant Me Noirot, représentant M. A, qui confirme ses conclusions par les mêmes moyens, et fait notamment valoir que l'intéressé a pris conscience, notamment grâce à son incarcération, de ses problèmes de dépendance à l'alcool, qu'il a depuis modifié son comportement, qu'il n'est pas démontré de manière évidente que son comportement présente une menace actuelle et persistante à l'ordre public, que la mesure d'assistance éducative dont deux de ses enfants faisaient l'objet a été levée par un jugement rendu le 12 novembre 2024, que la décision de refus de titre de séjour n'a pas été précédée d'une consultation de la commission du titre de séjour, que la décision fixant le pays de renvoi se fonde uniquement sur la date de sa dernière entrée sur le territoire français et ne tient pas compte des risques encourus en cas de retour en Albanie, eu égard aux messages de menaces qui lui sont adressés sur sa messagerie WhatsApp ;
- les explications de M. A, assisté d'une interprète en langue albanaise.
Le préfet de Meurthe-et-Moselle n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Peu après sa première entrée sur le territoire français, M. A, ressortissant albanais né le 19 octobre 1995 à Vlore (Albanie), s'est fait connaître des autorités judiciaires pour des faits de vol commis le 16 novembre 2015. La reconnaissance du statut de réfugié sollicitée en 2017 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui ayant été refusée, M. A a été reconduit vers l'Albanie le 2 mars 2019, en exécution d'une mesure d'éloignement, notifiée par un arrêté préfectoral du 1er août 2018. Le 6 mai 2019, l'intéressé, qui a épousé une ressortissante française le 22 septembre 2018, est entré, une nouvelle fois, sur le territoire français, sous couvert d'un visa de long séjour valable jusqu'au 5 mai 2020. Un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale lui a été délivré à l'issue, pour la période du 29 juillet 2019 au 28 juillet 2020, puis a été renouvelé jusqu'au 20 août 2021. Compte tenu des condamnations pénales dont M. A a fait l'objet, notamment pour des faits de violences conjugales, le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par arrêté du 2 novembre 2021, refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Les recours formés contre cet arrêté préfectoral ont été rejetés par le tribunal administratif de Nancy. M. A n'a toutefois pas déféré à cette mesure d'éloignement. Le 18 novembre 2022, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violences volontaires et menaces de mort commis la veille, ce qui a conduit le préfet de Meurthe-et-Moselle à décider, le même jour, de l'obliger à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant trente-six mois. La légalité de cet arrêté préfectoral a été confirmée par un arrêt rendu le 1er février 2024 par la Cour administrative d'appel de Nancy. Cette mesure d'éloignement n'a cependant pas été mise à exécution, M. A ayant été incarcéré, le 19 novembre 2022, au centre pénitentiaire de Metz. À sa levée d'écrou, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a notifié, par arrêté du 5 janvier 2024, une nouvelle décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Ce dernier arrêté préfectoral ayant été annulé par un jugement rendu le 11 janvier 2024 par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy, le préfet de Meurthe-et-Moselle a procédé au réexamen de la situation de M. A. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui interdit un retour en France pendant une période de douze mois.
Sur la compétence du magistrat désigné :
2. L'arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A et obligation de quitter le territoire français étant intervenu avant le 15 juillet 2024, les conclusions présentées à fin d'annulation doivent être examinées selon les modalités définies par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2024-42 eu 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024.
3. Par arrêté du 15 novembre 2024, le préfet de Meurthe-et-Moselle a prononcé le placement de M. A en rétention administrative sur le fondement des dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il appartient, dès lors, au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, en application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour en France ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent et les conclusions relatives aux frais de l'instance, qui relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal, doivent être renvoyées devant ladite formation collégiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
4. En premier lieu, les décisions par lesquelles le préfet a décidé d'obliger M. A à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an, citent les textes applicables et font état, contrairement à ce que soutient le requérant, d'éléments de fait propres à sa situation, notamment à sa situation personnelle et familiale. Elles énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner, de manière exhaustive, tous les éléments dont il avait connaissance, a ainsi suffisamment motivé ses décisions. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence de mention de l'arrêté préfectoral du 4 janvier 2024, annulé par jugement du tribunal administratif de Nancy du 11 janvier 2024, doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni des autres pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, au regard de l'ensemble des éléments et justificatifs portés à la connaissance des services préfectoraux. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut d'examen doit être écarté.
6. En troisième lieu, la seule circonstance que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas mentionné dans l'arrêté litigieux la mesure d'éloignement du 4 janvier 2024, qui a été annulée par un jugement du 11 janvier 2024 du tribunal administratif de Nancy et a donc disparu de l'ordonnancement juridique, ne saurait caractériser une erreur de fait entachant la légalité des décisions obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant un retour en France pendant douze mois.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des dispositions du 5° et du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles l'étranger qui est père d'un enfant français mineur résidant en France ou qui est marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé, ne peut faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français, en ce qu'elles ont été abrogées par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration et améliorer l'intégration, désormais en vigueur et applicable à la date de l'arrêté préfectoral litigieux.
8. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". L'article L. 613-1 de ce code précise que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; () ". Selon l'article L. 423-7 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Enfin, l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A a épousé le 22 septembre 2018 à Longlaville (Meurthe-et-Moselle) une ressortissante française avec laquelle il a eu trois enfants, nés en mai 2019, en mai 2020 et décembre 2022. Dès le 17 octobre 2018, son épouse a été auditionnée par les services de police de Longwy-Villerupt pour des faits de violences conjugales et a déclaré ne plus vouloir que son époux se rende à son domicile. Parmi les mentions figurant au bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. A, il ressort qu'il a été condamné à deux reprises pour des faits de violences conjugales, le 12 mars 2019 puis le 11 février 2021, respectivement à cinq mois d'emprisonnement avec sursis et à un an et six mois d'emprisonnement dont neuf mois avec sursis probatoire pendant deux ans sous le régime de la semi-liberté. Cette seconde condamnation était assortie d'une interdiction d'entrer en relation avec son épouse, par quelque moyen que ce soit, la date de fin du suivi de cette mesure étant fixée au 12 novembre 2023. M. A a, en outre, été incarcéré le 10 février 2021, placé en régime de semi-liberté du 23 mars 2021 au 12 novembre 2021, puis a, de nouveau, été mis sous écrou au centre pénitentiaire de Metz du 19 novembre 2022 au 5 janvier 2024. Bien que déclarant une adresse commune avec son épouse, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté litigieux, la communauté de vie avec son épouse aurait effectivement repris.
11. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. A, qui ne justifie d'aucune ressource, contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. À cet égard, les photographies produites, non datées, ainsi que les attestations rédigées pour l'une, le 27 juin 2024, postérieurement à l'arrêté préfectoral contesté, par le directeur de l'école primaire de Mont-Saint-Martin, et pour l'autre, le 28 septembre 2022, par un pédiatre exerçant en Belgique, ne sauraient suffire à établir l'investissement affectif dont le requérant se prévaut à l'égard de ses enfants. De surcroît, il ressort des pièces du dossier que les deux enfants ainés du requérant ont fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative au cours des deux dernières années, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Val de Briey (Meurthe-et-Moselle) considérant que les enfants ont été exposés à un climat de violences conjugales et qu'ils seront soumis à un danger psychique en présence de leurs deux parents, tant que ces derniers n'auront pas conscience des conséquences sur leurs enfants de ces actes de violences. Bien que cette mesure d'action éducative en milieu ouvert a été levée à compter du 12 novembre 2024, à l'issue d'une audience à laquelle M. A n'était pas présent, il ressort de la lecture du jugement rendu le même jour par le juge des enfants qu'une information préoccupante lui a été transmise le 11 octobre 2024 faisant état de violence et dégradation de la part du couple A et de punitions des enfants sur le balcon et que le bailleur de leur logement mentionne un climat malsain dans l'immeuble, des nuisances sonores émanant du couple, des cris et des violences conjugales. Le juge des enfants a relevé que " si un travail autour des conséquences des violences conjugales apparaissait nécessaire, force est de constater que cet objectif est inatteignable compte tenu du positionnement des parents qui refusent de travailler sur cet axe ", de sorte que la mesure est inefficiente. Aussi, et compte tenu des périodes de mise sous écrou dont il a fait l'objet, M. A ne justifie pas remplir les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.
12. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'outre les condamnations pour des faits de violences conjugales, M. A a été condamné à huit reprises depuis son entrée sur le territoire français pour des faits de vol, en mars 2016 et en janvier 2021, pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive, de violence aggravée en état d'ivresse et menace de crime ou délit contre une telle personne, en novembre 2020, pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique, en février 2021 et en mai 2023, pour des faits de blessures involontaires par conducteur d'un véhicule terrestre à moteur, en octobre 2021, et pour des faits de menaces de mort et violences par personne en état d'ébriété, en novembre 2022 et en février 2023. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A a été écroué à deux reprises en exécution des peines prononcées par le juge pénal, et en dernier lieu, au centre pénitentiaire de Metz du 19 novembre 2022 au 5 janvier 2024. La consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) permet de constater de nombreuses mentions concernant le requérant, qui n'en conteste pas la matérialité. Au regard de ces éléments, le préfet était fondé à considérer que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui ne justifie ni du maintien de la communauté de vie avec son épouse, ni sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, et dont le comportement constitue une menace à l'ordre public, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de vérifier ses droits au séjour avant d'édicter la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
14. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été développé au point 12 quant à la menace à l'ordre public que représente le comportement de M. A, les moyens tirés de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit et une erreur de fait dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
16. Le requérant fait valoir qu'il est marié depuis le 22 septembre 2018 avec une ressortissante française avec laquelle il a fondé une famille et que le centre de ses intérêts se situe désormais sur le territoire français. Toutefois, ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. A ne justifie pas de l'intensité des liens familiaux dont il entend se prévaloir. Il ne justifie pas davantage, compte tenu de périodes d'activité professionnelle ou associative particulièrement réduites depuis son entrée sur le territoire français, d'une intégration sur le plan professionnel, linguistique et culturel en France. Si le requérant soutient être dépourvu de liens dans son pays d'origine, où il a pourtant vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt ans, il n'apporte aucune précision au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, eu égard aux enjeux de défense de l'ordre et de prévention des infractions pénales au regard du comportement du requérant précédemment détaillé, la décision par laquelle le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet n'a ni commis une erreur de droit, ni commis une erreur de fait dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. A.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Toutefois, faute pour le requérant de justifier l'intensité des liens noués avec ses enfants ainsi que sa capacité à leur dispenser une éducation respectueuse et dépourvue de violences, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de ses enfants au sens des stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
18. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
19. Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
20. M. A a soutenu au cours de l'audience publique craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, à raison des menaces qui lui sont régulièrement adressées par un compatriote. Toutefois, par ces seules allégations, qui ne peuvent être tenues pour établies par la production de la copie de deux messages rédigés en albanais, non traduits, envoyés sur un compte WhatsApp dont le titulaire n'est pas identifié, par une personne résidant au Quatar, le requérant ne démontre pas le caractère direct, personnel et actuel des menaces dont il serait l'objet. Il est constant qu'il n'a pas déposé de plainte concernant lesdites menaces. Dans ces conditions, M. A ne saurait soutenir que la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a fixé l'Albanie comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
21. En outre, la seule circonstance que le préfet n'a tenu compte de la présence en France de M. A que depuis sa dernière entrée sur le territoire français, en 2019, est sans incidence sur la légalité de cette décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
23. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
24. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit commises par le préfet de Meurthe-et-Moselle à avoir considéré que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui se fondent sur ce qui a été développé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs.
25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui faisant interdiction d'un retour en France pendant douze mois doivent être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui s'y rapportent et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui les accompagnent, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant une formation collégiale.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Décision communiquée aux parties le 29 novembre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La magistrate désignée,
signé
M. ThalabardLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026