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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407033

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407033

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDOLLE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a partiellement fait droit à la demande de M. A, ressortissant guinéen. Le juge a estimé que la demande de rendez-vous pour déposer un titre de séjour était sans objet, la demande étant déjà en cours d'instruction. En revanche, il a reconnu l'urgence et l'utilité de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, sans autorisation de travail, et a enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de le faire sous quinze jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Dollé, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au préfet des Côtes-d'Armor de lui fixer un rendez-vous afin d'enregistrer se demande de titre de séjour et de lui en délivrer récépissé, au besoin sous astreinte ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : il a adressé, le 30 octobre 2023, un dossier complet de demande d'admission exceptionnelle au séjour par voie postale et le délai anormalement long de traitement de sa demande l'a contraint à ne pas donner suite à une première promesse d'embauche ;

- la mesure sollicitée est utile : il ne dispose pas d'autres voies de droit pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la mesure sollicitée n'est pas utile : le dossier de M. A, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative, est toujours en cours d'instruction ;

- l'urgence n'est pas caractérisée : sur le plan personnel, le pacte civil de solidarité que M. A a conclu avec une ressortissante française est récent et sur le plan professionnel, il n'a été autorisé à travailler que le temps de l'instruction de sa demande d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. M. A ne justifiant pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. M. A, ressortissant guinéen né le 4 mars 1995, est entré en France, selon ses déclarations, le 30 janvier 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 février 2020, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 octobre 2020. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté du 18 décembre 2020 du préfet des Côtes-d'Armor. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par jugement du président du tribunal administratif de Rennes du 24 février 2021, confirmé par ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Nantes du 10 janvier 2022. Après avoir conclu, le 4 avril 2023, un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, il a adressé aux services préfectoraux des Côtes-d'Armor par voie postale, le 30 octobre 2023, une demande d'admission exceptionnelle au séjour.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A a été enregistrée le 13 novembre 2023 et le préfet des Côtes d'Armor indique que cette demande est actuellement en cours d'instruction par ses services. La mesure sollicitée tendant à se voir fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour ne revêt, par suite, aucun caractère utile ni urgent.

6. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, la détention du récépissé et à la prolongation de la situation précaire de M. A, qui ne peut justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, et alors qu'il n'est pas allégué par le préfet que son dossier ne serait pas complet, la mesure tendant à se voir délivré un tel récépissé présente un caractère d'urgence et d'utilité. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la mesure sollicitée par le requérant dans le cadre de la présente instance ferait obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative. Cependant, le récépissé de la demande du requérant, qui n'est pas visé par les dispositions de l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut être assorti d'une autorisation de travail.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander qu'il soit enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Dollé et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Côtes-d'Armor.

Fait à Rennes, le 9 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2407033

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