mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2407037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS PAMLAW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2024, la société Free Mobile, représentée Me Martin (cabinet Pamlaw-Avocats), demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Lanvallay s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie sur un terrain situé 5, rue des Fougères ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Lanvallay, à titre principal de lui délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable qu'elle a déposée, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, à titre subsidiaire d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lanvallay la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par ses réseaux de téléphonie mobile 3 G et 4 G et des engagements qu'elle a pris en terme de taux de couverture au moyen de ses propres installations vis-à-vis de l'État d'ici 2027 et 2030 ; en outre, la partie de territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par ses propres réseaux ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle fait une inexacte application des articles UY 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en n'ayant pas procédé à une appréciation de la qualité du site dans lequel le projet s'insère ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet n'est pas de nature à porter atteinte à son milieu environnant : le milieu dans lequel il s'insère ne présente pas de caractéristiques susceptibles de lui conférer un intérêt pouvant le rendre incompatible avec l'implantation d'une station relais du type de celle projetée, la parcelle d'assiette s'inscrivant dans une zone artisanale et il existe déjà une implantation similaire à proximité ;
- l'absence de mutualisation ne peut pas servir de fondement à la décision, aucun texte législatif ou réglementaire ne faisant obligation aux opérateurs de téléphonie mobile de mutualiser leurs installations et il n'appartient pas, en tout état de cause, à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques ni d'apprécier l'opportunité du choix de l'emplacement retenu.
La commune de Lanvallay, à laquelle la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- la requête au fond n°2406537, enregistrée le 31 octobre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des postes et communications électroniques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 décembre 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, expose que la mutualisation avec une antenne Orange n'était pas possible dès lors qu'il existe un problème de portance du pylône existant et que l'emplacement de ce pylône ne permettait pas de couvrir le trou de couverture par ses réseaux.
La commune de Lanvallay n'était pas représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé en mairie de Lanvallay, le 9 juillet 2024, un dossier de déclaration préalable pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 5, rue des Fougères, parcelle cadastrée section AK no 93, à laquelle le maire de la commune s'est opposé, par arrêté du 2 septembre 2024. La société Free Mobile demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile tant 3 G que 4 G, aux intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'État quant à la couverture du territoire par son propre réseau, et à la circonstance qu'il résulte de l'instruction, en particulier des cartes produites au dossier par la société requérante, qu'il existe des trous de couverture par le réseau de téléphonie mobile de la société Free Mobile dans la partie du territoire de la commune de Lanvallay sur laquelle la station relais doit être implantée, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article 7 applicable aux zones UY du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Dinan agglomération " Les constructions doivent s'intégrer à leur environnement () ".
6. Pour l'application de ces dispositions, l'autorité administrative doit apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies figurant dans le dossier de déclaration préalable, que le projet en litige est implanté sur un terrain situé dans un secteur de la commune ne présentant toutefois pas de caractère particulier. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet serait de nature à impacter sensiblement le paysage environnant.
8. En second lieu, aux termes du II de l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques : " L 'opérateur fait en sorte, dans la mesure du possible, de partager les sites radioélectriques avec les autres utilisateurs de ces sites. / Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : /- privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; / veiller à ce que les conditions d'établissement de chacun des sites ou pylônes rendent possible, sur ces mêmes sites et sous réserve de compatibilité technique, l'accueil ultérieur d'infrastructures d'autres opérateurs ; /- répondre aux demandes raisonnables de partage de ses sites ou pylônes émanant d'autres opérateurs () ".
9. Si le maire de la commune a considéré qu'une mutualisation pourrait être réalisée entre les opérateurs téléphoniques, afin d'éviter la multiplication des supports, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, mais seulement de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur. Dès lors, le maire ne pouvait se prévaloir des dispositions précitées de l'article D. 98-6-1, lesquelles n'imposent aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs.
10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction et en l'absence de défense de la commune de Lanvallay, apparaissent de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, les moyens tirés de ce que sont entachés d'illégalité les motifs retenus par le maire de Lanvallay pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse tenant d'une part à la méconnaissance de l'article 7 applicable à la zone UY 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Dinan agglomération et des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, d'autre part à l'absence de mutualisation avec d'autres opérateurs téléphoniques.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible d'entraîner la suspension de l'exécution de la décision contestée.
12. Les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. La présente décision de suspension de l'exécution de la décision par laquelle le maire de Lanvallay s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile implique nécessairement la délivrance, à titre provisoire, du certificat de non-opposition à la déclaration préalable prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire de Lanvallay de délivrer ce certificat dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Lanvallay la somme que la société Free Mobile demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 2 septembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Lanvallay s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Free Mobile en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 5, rue des Fougères est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Lanvallay de délivrer à la société Free Mobile un certificat provisoire de non-opposition à la déclaration préalable qu'elle a déposée, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Lanvallay.
Fait à Rennes, le 11 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. PlumeraultLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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