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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407060

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407060

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de l'admettre au séjour à ce titre ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté de transfert :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'information en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'arrêté de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Villebesseix, conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les observations de Me Berthet-Le-Floch, représentant M A qui maintient ses écritures. Elle se désiste du moyen tiré du vice d'incompétence. Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, elle fait valoir que le requérant a été reçu pour la première fois à la préfecture de police de Paris le 18 juillet 2024 et que ses empreintes digitales ont été prises ce jour alors que ce n'est que le lendemain que les brochures l'informant sur ses droits lui ont été remises. Elle soutient qu'il aurait dû être informé sur ses droits avant la prise d'empreinte. S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5, elle soutient qu'il n'apparaît pas que l'entretien individuel aurait été mené par un agent qualifié. Elle fait valoir que l'absence de qualification de l'agent ressort de la lecture de l'entretien qui est stéréotypé. S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/2013, le requérant soutient avoir deux frères sur le territoire dont l'un dispose d'une carte de résident et l'autre est demandeur d'asile,

- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine qui maintient l'intégralité de ses écritures,

- les explications de M. A, assisté d'un interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité mauritanienne, est entré irrégulièrement en France le 16 juillet 2024. Il a sollicité l'asile le 18 juillet 2024 auprès de la préfecture de police de Paris. Les autorités espagnoles ont été saisies le 3 septembre 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 13.1 du règlement UE n° 604/2013. Elles ont fait connaitre leur accord le 8 octobre 2024. Par un arrêté du 6 novembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de son transfert aux autorités espagnoles. Par un arrêté du même jour, il a été assigné à résidence.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A démontrant avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté de transfert :

3. En premier lieu, le requérant a expressément abandonné le moyen tiré du vice d'incompétence au cours de l'audience. Dès lors, il n'y a plus lieu d'examiner ce moyen.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a reçu, le 19 juillet 2024, le guide du demandeur d'asile, ainsi que les brochures A et B et le guide Eurodac, rédigées en langue soninké ou lorsque la brochure n'existait pas dans cette langue, en français et elle a été traduite oralement par un interprète. L'intéressé, qui a signé le résumé de l'entretien individuel du même jour, réalisé à l'aide d'un interprète en langue soninké, doit être regardé, comme ayant reconnu, ainsi que cela est précisé dans ce document, que ces informations lui avaient été remises antérieurement, et intégralement, dans une langue qu'il comprenait. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement. Or, le requérant a bien reçu ces informations en temps utile. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement précité du 26 juin 2013, relatif à l'entretien individuel : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ". S'il ne résulte ni de ces dispositions ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié le 19 juillet 2024 d'un entretien individuel tel que prévu par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, réalisé à la préfecture de police de Paris, au cours duquel, assisté d'un interprète en langue soninké, il a précisé avoir compris la procédure engagée et a pu présenter des observations. Cet entretien a été mené par un agent de la préfecture de police de Paris qui a été identifié par ses initiales sur le résumé d'entretien. Ces initiales correspondent aux nom et prénom de l'agent reporté sur la fiche d'instruction produite en défense. Au regard des mentions figurant sur ce résumé et de cette fiche, le préfet d'Ille-et-Vilaine établit que cet entretien a été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions de son déroulement n'en ont pas garanti la confidentialité. Par conséquent, l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'a pas été méconnu.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". En outre, l'article 2 " Définitions " du même règlement dispose que : " Aux fins du présent règlement, on entend par: / () g) "membres de la famille", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres: / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable, lorsque le droit ou la pratique de l'État membre concerné réserve aux couples non mariés un traitement comparable à celui réservé aux couples mariés, en vertu de sa législation relative aux ressortissants de pays tiers, / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national () ".

9. Le requérant se prévaut de la présence de deux demi-frères sur le territoire français dont l'un bénéficiant d'une carte de résident et l'autre ayant introduit une demande d'asile. Toutefois, par les pièces qu'il apporte, il ne démontre pas l'intensité des liens unissant la fratrie. Dès lors, la circonstance que deux de ses demi-frères résident en France ne permet pas d'établir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 en ne faisant pas usage de la faculté prévue par cet article et édictant à l'encontre de M. A un arrêté de transfert.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

10. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'arrêté de transfert du 6 novembre 2024, le moyen invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, dirigé à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête sont rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Compte tenu du rejet des conclusions à fin d'annulation, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

J. Villebesseix La greffière d'audience,

signé

E. Ramillet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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