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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407066

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407066

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantJEANMOUGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 29 novembre 2024 et 10 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Jeanmougin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdiction de retour en France pendant une période d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire de réexaminer son droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour valable durant le réexamen et l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il procède d'un défaut d'examen de sa situation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit à un titre de séjour, des conséquences d'une exceptionnelle gravité que comporte la décision pour son droit au respect d'une vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, eu égard à l'intérêt supérieur de son enfant né en France.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ :

- elle est illégale par exception d'illégalité ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité

S'agissant de la décision faisant interdiction d'un retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité

- le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité que comporte la décision attaquée pour sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, eu égard à l'intérêt supérieur de son enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras,

- les observations de Me Jeanmougin représentant M. B et de M. D représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine ;

- les explications de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Une note en délibéré, enregistrée au greffe du tribunal le 11 décembre à 18 h 26, a été produite par le préfet d'Ille-et-Vilaine.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 5 juillet 2001, est entré en France irrégulièrement selon ses déclarations en 2018. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mai 2021 dont il n'a pas demandé l'annulation à la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 27 novembre 2024 dont il demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur l'aide juridictionnelles provisoire :

2. M. B démontre avoir déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'arrêté contesté est signé par Mme E C, cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 28 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

4. L'arrêté comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris la décision en litige qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation de M. B. Il rappelle notamment les conditions d'entrée en France du requérant, la décision défavorable de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sa situation irrégulière au regard du droit au séjour, qu'il ne justifie pas avoir d'attaches familiales en France autres que son fils de six mois qu'il n'a jamais vu. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté litigieux doit ainsi être écarté.

5. Il résulte de la motivation précédemment exposée que, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet a procédé à un examen suffisant de sa situation particulière.

6. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". L'autorité administrative ne peut légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

7. M. B soutient qu'il ne peut pas faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sa qualité de parent d'un enfant français né le 14 juin 2024, qu'il a reconnu dès le 7 mai 2024, de sa relation avec une ressortissante française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a jamais vu son fils et n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance au sens des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour de plein droit. En outre, si M. B soutient qu'il a déposé une demande de titre de séjour, les pièces du dossier ne comprennent qu'une demande de rendez-vous adressée par mail daté du 1er novembre 2024. Par suite le moyen doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Le requérant fait valoir qu'il est père d'un enfant de six mois et qu'il est présent sur le territoire français depuis 2018 où se situe désormais le centre de sa vie privée et familiale. Toutefois, ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. B n'a jamais vu son fils depuis sa naissance sans pouvoir établir qu'il en est réellement empêché par la famille de la mère de l'enfant et les SMS qu'il produit sont insuffisants à prouver une relation durable et amoureuse avec la mère de son enfant qui le prénomme Hassan dans les échanges produits et non A et dont le numéro n'est pas identifié comme un contact. Il ne justifie pas davantage d'une intégration sur le plan professionnel, son apprentissage dans établissement de Saint-Malo étant très récent. Si le requérant soutient être dépourvu de liens dans son pays d'origine, où il a pourtant vécu au moins jusqu'à l'âge de 17 ans, il n'apporte aucune précision au soutien de ses allégations alors qu'il a déclaré lors de son audition que ses parents lui ont envoyé des papiers quand il était mineur isolé. Il a en outre été condamné en 2023 pour des faits d'agression sexuelle par le tribunal judiciaire de Saint-Brieuc. Par suite, le préfet n'a commis ni une erreur de droit, ni une erreur de fait dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. B.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Toutefois, faute pour le requérant de justifier l'intensité des liens noués avec son enfant, et alors que ce dernier vit avec sa mère, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de son enfant au sens des stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

12. Les conclusions à fin d'annulation des décisions ne lui accordant pas de délai volontaire de départ et fixant le pays de destination qui ne sont contestées que par le prisme de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doivent également être rejetées.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()

14. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

15. La seule circonstance que M. B soit le père d'un enfant français sur lequel il n'exerce pas l'autorité parentale à la date de la décision en litige ne caractèrise pas l'existence de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent ainsi également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le rejet des conclusions d'annulation de la requête n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. TerrasLa greffière d'audience,

signé

E. Ramillet

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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