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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407071

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407071

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Rennes concerne une demande de suspension d’un permis de construire tacite délivré à la Sarl Tinerzh pour la création d’une unité de méthanisation à La Chapelle-Neuve. Les requérants, une association et des riverains, invoquent l’urgence et plusieurs moyens sérieux de légalité, notamment la méconnaissance des articles R. 111-2 et R. 111-27 du code de l’urbanisme, ainsi que des règles du plan local d’urbanisme relatives au stationnement, à la voirie et à l’insertion paysagère. La solution retenue par le juge des référés n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais la requête est examinée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, qui permet la suspension en cas d’urgence et de doute sérieux sur la légalité. Les textes appliqués incluent le code de l’urbanisme (notamment les articles R. 111-2, R. 111-27, R. 431-16) et le code de l’environnement (articles R. 122-2 et R. 122-2-1).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, l'association Transparence Chapelle-Neuve 56, M. D N, M. et Mme M et K C, M. A C, M. G B et Mme I H, M. F J, Mme L E, représentés par Me Le Borgne, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du permis de construire tacite du 15 juin 2024 au bénéfice de la Sarl Tinerzh pour la création d'une unité de méthanisation au lieudit " Keriven " à la Chapelle-Neuve ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- sur la recevabilité :

- l'association requérante a intérêt à agir eu égard à son objet statutaire et elle a régulièrement délibéré le 15 juillet 2024 pour ester en justice contre l'autorisation attaquée ;

- les requérants, personnes physiques, ont intérêt à agir dès lors qu'ils résident à proximité du terrain d'assiette du projet et que ce projet, eu égard à ses caractéristiques et son ampleur, va générer des nuisances qui vont considérablement dévaloriser leurs biens ;

- le délai de recours est respecté ;

- l'urgence est caractérisée : elle est présumée par application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme et les travaux sont susceptibles de démarrer à tout moment ; de plus, si les travaux devaient être exécutés dans les prochaines semaines, les requérants se trouveraient, compte tenu des règles contentieuses applicables, hors délai pour demander la suspension du permis en litige ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- elle méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : le pétitionnaire n'explique pas comment les eaux souillées seront collectées, ni comment elles seront intégrées au processus de méthanisation comme il l'indique alors que les éléments du dossier de demande de permis laissent supposer que des eaux polluées peuvent être rejetées dans le cours d'eau situé à l'Est du projet, lequel est identifié par l'inventaire des zones humides annexé au plan local d'urbanisme de la commune comme un élément naturel à préserver ; la réserve incendie est également très éloignée des zones " ATEX " de sorte que la protection du site contre le risque d'incendie n'est pas correctement assurée ; enfin, aucune précision n'est donnée sur les caractéristiques, les travaux nécessaires ou les modalités de fonctionnement du lisoduc qui reliera l'EARL Guillaume à l'unité de méthanisation afin d'acheminer directement les lisiers de cette exploitation ;

- elle méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et A.2.1. du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de la Chapelle-Neuve : le site dans lequel s'implante le projet est d'une qualité paysagère remarquable, ce site domine la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique de type II " Landes de Lanvaux ", le terrain d'assiette du projet n'est situé qu'à 800 mètres du centre bourg, qui abrite une église classée monument historique depuis 1945 ; la construction du méthaniseur, qui occupe la quasi-totalité de la surface agricole de l'unité foncière, n'est pas compatible avec l'exercice d'une activité agricole ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article A 7 du règlement du plan local d'urbanisme : le projet ne prévoit que 11 places de stationnement au lieu des 17 requises ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article A 8 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que certaines voies carrossables sont d'une largeur inférieure à 3,50 mètres ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en l'absence de décision de l'autorité en charge de l'examen au cas par cas : le projet relève de l'article 37 de l'annexe à l'article R. 122-2 du code de l'environnement relatif aux canalisations de transport de gaz inflammables dont la longueur est supérieure ou égale à deux kilomètres ; en tout état de cause, même si la canalisation à créer est inférieure à deux kilomètres, le projet pris dans son ensemble est susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement et la santé humaine au regard de ses caractéristiques, de sa localisation et de ses effets, ce qui justifiait l'application de la " clause filet " prévue à l'article R. 122-2-1 du code de l'environnement ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard de l'insertion paysagère du projet : la notice paysagère est erronée sur plusieurs points concernant l'état initial du terrain d'assiette, elle ne détaille pas les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement, les couleurs annoncées sont contradictoires, les documents joints ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes, le dossier ne contient pas les plans des façades et des toitures des locaux épurateur et d'injection du biogaz ni ceux des préfosses, ni de plan en coupe précisant l'implantation des constructions par rapport au profil du terrain ;

- le dossier de demande de permis est incomplet quant aux pièces exigées au titre de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : il ne comporte pas le récépissé de la demande d'enregistrement ni l'attestation de conformité du projet d'installation d'assainissement non collectif ;

- le dossier de demande de permis ne comporte aucune pièce permettant de contrôler que les installations projetées se situent à plus de 200 mètres des habitations occupées par des tiers, conformément aux exigences posées par l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, dans sa version applicable au litige ;

- le formulaire comporte des contradictions sur le nombre de places de stationnement créées.

Vu :

- la requête au fond n° 2404607 enregistrée le 2 août 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " () lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé () contre un permis de construire ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ". Lorsque la suspension d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est ainsi en principe satisfaite. Toutefois, cette présomption peut être renversée pour tenir compte des circonstances particulières de l'espèce.

3. Aux termes de l'article R. 311-6 du code de justice administrative : " I. Le présent article régit les litiges portant sur les installations et ouvrages suivants, y compris leurs ouvrages connexes : / installation de méthanisation de déchets non dangereux ou de matière végétale brute, à l'exclusion des installations de méthanisation d'eaux usées ou de boues d'épuration urbaines lorsqu'elles sont méthanisées sur leur site de production ; / () Il s'applique aux décisions suivants () / 7° Le permis ,de construire mentionné à l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme/ () III. - Le tribunal administratif statue dans un délai de dix mois à compter de l'enregistrement de la requête. Si à l'issue de ce délai il ne s'est pas prononcé ou en cas d'appel, le litige est porté devant la cour administrative d'appel, qui statue dans un délai de dix mois. Si, à l'issue de ce délai, elle ne s'est pas prononcée ou en cas de pourvoi en cassation, le litige est porté devant le Conseil d'Etat. () / IV. Les dispositions du présent article s'appliquent aux décisions mentionnées au I prises entre le 1er novembre 2022 et le 31 décembre 2026 ".

4. Dès lors que le litige entre dans le champ d'application des dispositions citées au point précédent, un délai de dix mois est imparti au tribunal administratif pour statuer à compter du 2 août 2024, date d'enregistrement de la requête en annulation, à peine de dessaisissement au profit de la cour administrative d'appel. En l'espèce le jugement de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée est désormais susceptible d'intervenir à bref délai, puisqu'un audiencement est prévu le 7 mars 2025 et il n'est établi par aucune des pièces du dossier que les travaux seraient susceptibles de commencer, et encore moins d'être achevés avant cette date. Dans ces conditions, en dépit de la présomption instituée par l'article L. 600-3, et alors qu'il est toujours loisible au président de la formation de jugement de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens s'il estime que les circonstances de l'affaire le justifient de nature à permettre aux requérants de pouvoir déposer un nouveau référé-suspension, la condition d'urgence ne peut être regardée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, les conclusions de la requête de l'association Transparence Chapelle-Neuve 56 et autres présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association Transparence Chapelle-Neuve 56 et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Transparence Chapelle-Neuve 56, désignée représentante unique, pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet du Morbihan et à la SARL Tinerzh.

Fait à Rennes, le 3 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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