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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407089

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407089

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. A B, représentée par Me Thebault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi de 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il a pris une nouvelle décision de refus des conditions matérielles d'accueil le 10 décembre 2024 ayant exactement la même portée, qui est venue se substituer à la décision du 22 novembre 2024 et en conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 22 novembre 2024 doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 10 décembre 2024 ;

- au fond les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras,

- les observations de Me Thebault représentant M. B,

- et les explications de M. B.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1999, entré en France le 10 octobre 2024, a déposé une demande d'asile enregistrée auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 22 novembre 2024. Par une décision du même jour, dont il demande l'annulation, l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige du 22 novembre 2024 se contente d'indiquer que M. B " a tenté d'obtenir frauduleusement les conditions matérielles d'accueil ". Par suite, à sa seule lecture, M. B n'est pas en mesure de comprendre les motifs de refus de sa demande. Dans ses écritures en défense, l'OFII produit une nouvelle décision datée du 10 décembre 2024 qui précise qu'il a altéré volontairement ses empreintes se substituant, selon lui, à la décision en litige. Toutefois, alors que l'OFII ne justifie pas l'avoir notifiée à l'intéressé, elle s'appuie sur des généralités non circonstanciées selon lesquelles les demandeurs d'asile effacent leurs empreintes digitales afin de les rendre illisibles, fondée sur une étude du CHU de Caen. L'OFII a ainsi entaché ses décisions d'une insuffisance de motivation. Elles doivent par suite être annulées.

Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de réexaminer la situation de M. B dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros à verser à M. B.

DÉCIDE :

Article 1er : Les décisions du 22 novembre 2024 et du 10 décembre 2024 par lesquelles la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B le somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Terras La greffière d'audience,

signé

E. Ramillet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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