mercredi 8 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2407138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Blanquet, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le maire de la commune de la Roche-Jaudy a refusé de lui accorder un permis de construire, ensemble l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France du 8 novembre 2024 ;
2°) d'enjoindre à la commune de la Roche-Jaudy à titre principal de lui délivrer le permis de construire sollicité, à titre subsidiaire de procéder à une nouvelle instruction de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de la Roche-Jaudy la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable et il a exercé un recours administratif préalable auprès du préfet de région à l'encontre de l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France du 8 novembre 2024 ;
- la condition d'urgence est satisfaite : la vente du terrain d'assiette du projet sans desserte par un véhicule et sans permis de construire est impossible ; il avait des perspectives de vente réelles de ce terrain sous réserve d'obtenir un accès véhicule par le nord de la parcelle ; il a dû contracter des prêts personnels et il vient de subir un licenciement ce qui rend sa situation financière très difficile ; sa société connaît des difficultés de trésorerie et il a dû emprunter pour permettre le maintien de son fonctionnement ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle méconnaît l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme : cet article se réfère à l'existence d'un accès véhicule obligatoire ; la desserte d'une parcelle d'assiette d'un projet par un parking est possible et le fait que le parking public permettant d'accéder au terrain soit enherbé ne permet pas de refuser le permis ni davantage le fait qu'il puisse ponctuellement recevoir des festivités ; le terrain ne peut être desservi que par le nord ; la desserte sud est techniquement impossible et porte atteinte au mur en pierre sèche, qui présente un intérêt patrimonial ;
- elle méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : la desserte d'une maison par un parking en capacité d'accueillir de nombreux véhicules ne présente aucun danger, et cela d'autant moins que les véhicules y circulent à faible allure ; de même, le danger en raison d'écoulement exceptionnel d'eaux pluviales ne repose sur aucun élément tangible et si un tel danger était établi, le permis de construire aurait pu être assorti d'une prescription ;
- elle méconnaît l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme : le projet s'insère parfaitement dans son environnement bâti par son volume, son architecture et les matériaux retenus ;
- elle repose sur un avis de l'architecte des bâtiments de France du 8 novembre 2024 entaché d'erreur d'appréciation : son projet est similaire en termes d'implantation, de volumétrie, de matériaux, d'intégration au site, à celui déposé le 8 avril 2022 et accordé le 1er août 2022 au visa de l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 24 juin 2022 ; une simple prescription sur l'utilisation d'un autre revêtement pour les toitures terrasses suffisait ; la réalisation d'un accès au nord du terrain d'assiette n'est aucunement incompatible avec la réalisation de travaux sur cette parcelle mitoyenne ; aucun ordonnancement n'existe dans le périmètre d'implantation du projet, le projet doit s'implanter sur une parcelle close de murs et l'architecte des bâtiments de France a assorti son avis d'une prescription relative à l'implantation du projet, laquelle, compte-tenu de la configuration des lieux, est également entachée d'erreur d'appréciation ; le motif tenant à l'écriture architecturale proposée, qui viendrait en contradiction avec les caractéristiques du bâti du centre ancien, pouvait donner lieu à des prescriptions ; le projet ne méconnaît pas davantage des prescriptions applicables aux murs et aux clôtures et préserve de façon optimale les murs de clôture bordant le terrain d'assiette ;
- elle est entachée d'une erreur de droit : l'architecte des bâtiments de France avait déjà donné un avis favorable avec prescriptions sur le projet le 14 mai 2024, moins de deux mois après le dépôt de la demande et le maire, sur injonction du juge des référés du tribunal, n'avait pas de nouveau à saisir l'architecte des bâtiments de France, pour procéder à un nouvel examen de la demande.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 décembre 2024, la commune de la Roche-Jaudy, représentée par la Selarl Coudray Urbanlaw, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : l'urgence doit s'apprécier au regard de la situation de M. C et non de la SAS Skyfall Real Estate dont il est le président, son projet est destiné à la location et non à la vente de la maison et c'est uniquement son comportement qui est à l'origine de sa situation financière délicate ; dans la mesure où le dossier de permis n'a pas été déposé par un architecte, le transfert du permis à la SAS Skyfall Real Estate, personne morale et propriétaire du terrain d'assiette, est en tout état de cause impossible ; la prétendue impossibilité de vendre le terrain n'est pas liée à son refus mais à l'obstination du requérant à obtenir un accès véhicule à sa parcelle par le nord ; enfin, il y a un intérêt général attaché à la conservation de l'harmonie architecturale du secteur patrimonial remarquable qui prime sur les intérêts personnels du requérant ;
- sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- les moyens dirigés contre une décision prise en situation de compétence liée sont inopérants et en l'espèce, le projet étant situé au sein du site patrimonial remarquable de la commune, l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France en date du 8 novembre 2024 est un avis conforme que le maire était tenu de suivre ;
- elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme : la parcelle de M. C n'est pas enclavée, elle borde deux voies publiques et dispose d'un accès existant sur sa façade ouest et le refus du permis se fonde uniquement sur le fait que l'accès renseigné ne répond pas aux exigences de cet article pour des raisons de sécurité ;
- elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : l'accès projeté présente un risque pour la sécurité en fragilisant les murs de clôture des parcelles mitoyennes ;
- elle n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation au regard de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme : le projet se situe au sein du site patrimonial remarquable de la commune ; le projet porte sur la construction d'une maison implantée en haut de parcelle, détachée de l'ordonnancement du bâti, le choix des matériaux ne reprend pas les codes architecturaux de l'environnement du projet, certaines ouvertures sont plus larges que hautes, aucun portail n'est prévu au droit de l'accès ;
- l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 8 novembre 2024 n'est entaché d'aucune erreur d'appréciation : le projet méconnaît les prescriptions générales applicables aux perspectives et points de vue urbains, le projet étant situé dans le point de vue repéré n° 1 " le site du château " ; autoriser un accès sur le parking au nord fige la réflexion et limite les possibilités offertes sur le secteur, le projet prévoit une implantation en haut de parcelle, détachée de l'ordonnancement du bâti et rien ne s'oppose à la réalisation d'une construction qui serait prévue à l'aplomb du mur au sud, le projet prévoit des volumes multiples, des ouvertures plus hautes que larges, des lucarnes importantes et des contrastes forts entre les menuiseries gris sombre et le bardage gris clair ; sur le plan technique, la seule circonstance qu'il existe un dénivelé pour l'accès à l'ouest n'est pas de nature à rendre impossible la création d'un tel accès pour véhicule ;
- elle n'est entachée d'aucune erreur de droit : rien ne s'opposait à ce que le maire saisisse à nouveau l'architecte des bâtiments de France qui, au sein d'un site patrimonial remarquable, émet un avis conforme.
La requête a été communiquée au préfet de la région Bretagne, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- la requête au fond n° 2407137 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Blanquet, représentant M. C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur l'impossibilité de prévoir un accès véhicule à la parcelle d'assiette du projet autrement que par le nord et fait valoir qu'il n'existe aucun intérêt public s'opposant à la suspension de l'exécution de la décision en litige dès lors qu'il n'existe ni orientation d'aménagement et de programmation ni d'emplacement réservé sur les parcelles où l'accès est prévu, expose qu'en 2022 le même projet avait été accepté par l'architecte des bâtiments de France et qu'en 2024, celui-ci n'avait émis que des prescriptions, souligne que le projet ne rompt pas avec son environnement, qu'il s'agit d'une conception architecturale classique, qu'il existe des constructions à toit plat dans l'environnement immédiat et que les deux volumes annexes à toit plat ne sont pas proscrits ;
- les observations de Me Rouxel, représentant la commune de la Roche-Jaudy, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait que le maire se trouvait en situation de compétence liée dès lors que l'architecte des bâtiments de France a émis un avis défavorable, souligne au regard de l'urgence que M. C ne fournit aucune information sur la situation financière du second associé de la SAS Skyfall Real Estate, qu'il pourrait demander un certificat d'urbanisme, souligne que posent problème pour l'architecte des bâtiments de France l'aspect, le volume, l'implantation et l'accès de telle sorte que des prescriptions auraient été insuffisantes, que du fait de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, lequel procède à une appréciation fine du dossier, le maire était en situation de compétence liée pour refuser de délivrer le permis de construire ;
- et les explications de M. C, qui expose qu'il avait travaillé son projet en amont avec les architectes des bâtiments de France et qu'il n'est pas possible de créer un accès au projet pour les véhicules par l'ouest compte tenu du dénivelé et de M. A, maire de la Roche-Jaudy, qui expose que l'architecte des bâtiments de France ne s'est pas prononcé sur la possibilité d'un accès à l'ouest de la parcelle, qu'un accès par le nord est dangereux et qu'en tout état de cause, il n'y a aucune obligation de créer un accès pour les véhicules.
La clôture de l'instruction a été différée à l'issue de l'audience au 19 décembre 2024 à 17 heures.
Des pièces, produites par la commune de la Roche-Jaudy, ont été enregistrées le 19 décembre 2024 à 11 h 02.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a déposé en mairie de la Roche-Jaudy, le 28 mars 2024, une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison d'habitation et d'un carport sur la parcelle cadastrée section AC n° 192 située rue de l'Hôpital. Par un arrêté du 25 juin 2024, le maire de la commune de la Roche-Jaudy a refusé de lui délivrer cette autorisation. Par une ordonnance n° 2405692 du 16 octobre 2024, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint au maire de la commune de la Roche-Jaudy de reprendre l'instruction de la demande de permis de construire de M. C et de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Par un arrêté du 15 novembre 2024, le maire de la commune a de nouveau refusé de délivrer le permis de construire sollicité par M. C. Ce dernier demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il résulte de la combinaison des articles L. 632-1, du I de l'article L. 632-2 du code du patrimoine et de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme que l'octroi d'un permis de construire est subordonné, lorsque les travaux envisagés sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, à l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France ou, lorsqu'il a été saisi, du préfet de région.
4. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que les travaux envisagés par M. C se situent dans le périmètre du site patrimonial remarquable de la Roche-Jaudy, dans le secteur " centre ancien ". Dès lors que l'architecte des bâtiments de France, consulté, a émis, le 8 novembre 2024, un avis défavorable conforme à ce projet, le maire de la commune de la Roche-Jaudy se trouvait en situation de compétence liée pour refuser le permis de construire sollicité par M. C. M. C ne saurait à cet égard se prévaloir d'un droit acquis tiré du précédent avis du 14 mai 2024 de l'architecte des bâtiments de France, favorable avec prescriptions, et ce alors même que son projet n'aurait pas été modifié et n'aurait pas nécessité de nouvelle consultation de l'architecte des bâtiments de France. Par ailleurs, si l'arrêté se réfère également, comme le précédent refus opposé à M. C le 25 juin 2004 suspendu par le juge des référés par ordonnance du 16 octobre 2024, aux dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme, cette référence est sans incidence sur sa légalité, dès lors que le maire aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif de l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France.
5. Enfin, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 8 novembre 2024, qui s'est assuré du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant, serait entaché d'une erreur d'appréciation n'est pas propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
6. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses. L'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent, dès lors, être rejetées.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de la Roche-Jaudy sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de la Roche-Jaudy présentées sur le fondement de
l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à la commune de la Roche-Jaudy et à la ministre de la culture.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la région Bretagne.
Fait à Rennes, le 8 janvier 2025.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026