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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407225

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407225

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a examiné la requête de Mme B, ressortissante albanaise, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales et la mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour de deux ans. La requérante invoquait notamment la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des demandes de Mme B, considérant que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé, que la procédure médicale avait été régulière et que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. La solution retenue confirme la légalité du refus de séjour et des mesures d'éloignement, en application des dispositions du CESEDA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) de solliciter auprès de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'entier dossier du rapport médical au vu duquel le collège des médecins s'est prononcé sur son état de santé, dans le cadre de sa demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade, ainsi que les données prises en considération pour se prononcer sur la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner en France pendant deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation administrative, dans le même délai, et, en toutes hypothèses, de lui remettre, dans l'attente, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- il est insuffisamment motivé et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure, faute d'établir que la procédure prévue par les articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été respectée ;

- elle est bien fondée à solliciter la communication de l'entier dossier ayant fondé l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, puisque ce même collège avait considéré auparavant qu'elle ne pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles du 9° de l'article L. 611-3 de ce code ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'intensité des liens personnels et familiaux développés sur le territoire français ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la grave pathologie dont elle souffre constituant une circonstance humanitaire dont il aurait dû tenir compte ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui interdisant un retour en France pendant deux ans, compte tenu notamment de sa présence régulière sur le territoire français depuis deux ans et de la scolarisation de sa fille.

La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui n'a fait valoir aucune observation, mais a produit, le 31 janvier 2025, des pièces pour compléter l'instruction.

Le 13 décembre 2024, le tribunal a demandé à Mme B d'attester par écrit son accord pour lever le secret médical, aux fins de communication du dossier médical détenu par le service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thalabard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise, née le 1er mars 1973 à Mesul (Albanie), est entrée en France le 21 juin 2022. Elle a vainement entrepris des démarches pour obtenir la reconnaissance de la qualité de réfugié. Elle a néanmoins bénéficié d'un titre de séjour pour raisons médicales, valable du 13 avril 2023 au 12 avril 2024. Le 8 février 2024, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, M. David Cochu, secrétaire général de la préfecture des Côtes-d'Armor a reçu, par arrêté préfectoral du 19 juin 2024, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté préfectoral du 7 novembre 2024 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral contesté, rejetant la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme B, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour en France pendant deux ans, qui cite les textes applicables et fait état d'éléments de fait propres à sa situation, notamment à sa situation personnelle et familiale, énonce de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles son auteur s'est fondé. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté préfectoral litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B au regard de son droit au séjour avant de prendre cette décision.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Enfin, selon l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ".

7. L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles

R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

8. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la régularité de la procédure implique, pour respecter les prescriptions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment que, préalablement à l'avis rendu par ce collège de médecins, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger malade et établi par un médecin de l'OFII, lui soit remis et que le médecin ayant établi ce rapport médical ne siège pas au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

9. D'une part, le préfet des Côtes-d'Armor a produit, dans le cadre de la présente instance, l'avis émis le 22 mai 2024 par le collège des médecins de l'OFII concernant l'état de santé de Mme B, dont il ressort qu'il est intervenu au vu du rapport médical établi par un médecin désigné qui n'a pas siégé au sein du collège. En outre, eu égard à la date à laquelle Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales, et en l'absence de toute précision de la requérante sur la date à laquelle elle a transmis les éléments de son dossier médical, cet avis du collège des médecins doit être regardé comme nécessairement intervenu dans le délai de trois mois suivant transmission du certificat médical, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. D'autre part, lorsque l'avis médical porte la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire.

Mme B n'apportant aucun élément de nature à faire douter des conditions dans lesquelles cet avis aurait été émis, et notamment quant au caractère collégial de la délibération des trois médecins siégeant au sein du collège chargé de se prononcer sur son état de santé, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour contestée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

12. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus de titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en donnant toute mesure d'instruction utile.

13. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme B sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Côtes-d'Armor s'est principalement fondé sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII selon lequel son état de santé, d'une part, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais pour lequel il existe un traitement approprié dans son pays d'origine et, d'autre part, lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Le préfet a également constaté qu'aucune des pièces du dossier de l'intéressée ne contredisait sérieusement l'avis ainsi émis par le collège des médecins de l'OFII. Mme B ne saurait dès lors, sans produire le moindre document ou même apporter la moindre précision sur son état de santé, contester l'appréciation ainsi portée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de demander l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de l'OFII, la requérante n'ayant en tout état de cause pas informé le tribunal de son accord pour lever le secret médical, le moyen tiré de ce que le préfet des Côtes-d'Armor aurait méconnu les dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler son titre de séjour doit être écarté.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Mme B fait valoir qu'elle réside depuis le 21 juin 2022 sur le territoire français, que sa fille y est scolarisée et qu'elle a désormais des liens personnels et familiaux en France. Toutefois, par ces seules allégations à caractère général, dépourvues de précisions et de justificatifs, la requérante n'établit pas la réalité des liens entretenus sur le territoire français ainsi que son intégration, au demeurant très récente. Elle n'établit pas davantage être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans. Il ressort, en outre, des pièces du dossier, que sa fille, majeure, a été déboutée de la demande d'asile qu'elle avait formulée. Au regard de ces éléments, l'arrêté préfectoral en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences des décisions contenues dans l'arrêté préfectoral du 7 novembre 2024 sur la situation personnelle de Mme B.

16. En septième lieu, Mme B ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet n'étant tenu de statuer qu'au vu des informations qui sont portées à sa connaissance, Mme B, qui ne justifie pas remplir les conditions lui permettant de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que celui fondant sa demande de renouvellement de titre de séjour, ne saurait utilement soutenir que l'arrêté préfectoral litigieux serait intervenu en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

19. Mme B soutient que la décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office est contraire aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, elle n'apporte, au soutien de cette allégation de portée très générale, aucune précision susceptible de permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être qu'écarté.

20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

21. Il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit précédemment, que Mme B est entrée récemment en France et n'établit pas avoir noué des liens d'une particulière intensité sur le territoire français. Si l'intéressée entend se prévaloir de la présence et de la scolarisation de sa fille sur le territoire français, elle n'apporte aucune précision ou pièce au soutien de cette allégation. Elle ne justifie pas, en tout état de cause, que la mesure contestée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressée n'a pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas commis d'erreur de droit en décidant d'interdire à Mme B un retour sur le territoire français pendant deux ans. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 novembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 13 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

Le président,

signé

E. Berthon

La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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