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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407276

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407276

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407276
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGUYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Guyon, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision référencée 3F du 2 septembre 2024 par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de sept mois ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor, à titre principal, de lui restituer son permis de conduire et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête en annulation est recevable, étant présentée dans le délai de recours contentieux, à l'encontre d'une décision faisant grief ; il justifie de son intérêt à agir contre cette décision qui lui cause de multiples préjudices, dont le montant peut être évalué à 500 euros par mois ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle : il réside dans une commune rurale à faible densité de transport en commun et la détention de son titre de conduite est nécessaire à la réalisation des actes de la vie courante ; il est étudiant et ne dispose pas de revenus ; il doit assumer des charges financières incompressibles, s'élevant à 500 euros mensuels ; la décision génère un isolement social ; l'urgence est également caractérisée eu égard à la nature des faits reprochés, qui sont sans lien avec l'usage d'alcool ou de stupéfiant, ainsi qu'à la durée de la suspension prononcée ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que ;

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que n'a pas été mise en œuvre de procédure contradictoire préalable ;

* la matérialité des faits reprochés n'est pas établie : il n'est pas prouvé que l'appareil qui a procédé à la constatation de l'excès de vitesse présentait toutes les garanties permettant d'établir la matérialité des faits reprochés, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article L. 224-1 du code de la route ; la date de dernière vérification de l'appareil utilisé n'est pas précisée, en méconnaissance des dispositions de l'article 20 de l'arrêté du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres de contrôle routier ; n'est pas produit le carnet métrologique, en méconnaissance des dispositions de l'article 25 de ce même arrêté ; n'est pas non plus connu l'organisme ayant procédé à la vérification de l'appareil en cause, en méconnaissance des dispositions de l'article 31 du décret n° 2001-387 du 3 mai 2001 relatif au contrôle des instruments de mesure ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ;

* elle est entachée de disproportion.

Vu :

- la requête au fond n° 2407275, enregistrée le 10 décembre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2001-387 du 3 mai 2001 ;

- l'arrêté du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres de contrôle routier ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté en litige, M. B soutient qu'il préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle, dès lors qu'il réside dans une commune rurale à faible densité de transport en commun et que la détention de son titre de conduite est nécessaire à la réalisation des actes de la vie courante. Il expose à cet égard qu'il est étudiant et ne dispose pas de revenus, qu'il doit assumer des charges financières incompressibles, s'élevant à 500 euros mensuels et que la décision génère un isolement social. Il soutient enfin que l'urgence est caractérisée eu égard à la nature des faits reprochés, qui sont sans lien avec l'usage d'alcool ou de stupéfiant, ainsi qu'à la durée de la suspension prononcée.

4. Au soutien de sa requête, M. B se borne à produire une lettre d'admission de l'École supérieure du commerce des réseaux de l'automobile, située au Mans, et le contrat de formation professionnelle afférent, pour une formation devant se dérouler du 7 janvier au 31 octobre 2025 et comprenant 763 heures au centre de formation et 588 heures en entreprise, les stages étant prévus du 12 au 23 mai puis du 7 juillet au 24 octobre 2025. À supposer que l'argumentation développée puisse être regardée comme soutenant que l'arrêté en litige compromet la réalisation de cette formation et l'avenir professionnel de M. B, ce seul document ne saurait suffire à établir que la détention de son permis de conduire est indispensable, dès lors que l'intéressé aura récupéré son permis aux dates des stages à réaliser et qu'il n'allègue pas même avoir besoin de conduire pour se rendre en cours, la réalisation des allers-retours quotidiens entre les communes de Plouezoc'h et Le Mans apparaissant difficilement envisageable, eu égard à la distance de 345 kilomètres séparant les deux communes. Si M. B expose également que la décision l'isole socialement, il ne donne aucune précision sur ce point, alors même qu'il est constant qu'il réside au sein du bourg urbanisé de sa commune, la circonstance qu'il ne dispose pas de revenu pour assumer ses charges fixes, dont il ne justifie au demeurant pas, ne présentant aucun lien avec la décision en litige, dès lors que l'intéressé n'allègue pas même avoir entamé des démarches de recherches d'emploi que la privation temporaire de son permis de conduire empêcherait d'aboutir.

5. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a été contrôlé sur le territoire de la commune de Plounérin (22780) au moyen d'un appareil homologué à une vitesse retenue de 162 km/h, sur une voie de circulation où la vitesse maximale autorisée était de 100 km/h, soit un dépassement constaté de 62 km/h. L'infraction commise, dont il n'appartient en tout état de cause pas au juge administratif de contrôler la matérialité, révèle ainsi que l'intéressé a un comportement dangereux en tant qu'automobiliste, nonobstant la circonstance évoquée qu'elle ne concerne pas l'usage d'alcool ou de produits stupéfiants.

6. Eu égard à la gravité de l'infraction au code de la route commise par M. B, la suspension de son permis de conduire, pour une durée de sept mois, doit ainsi être regardée comme répondant à des exigences de protection et de sécurité routières, dont il appartient au juge des référés de tenir compte pour apprécier objectivement et globalement si la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées est satisfaite.

7. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 6, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite. Il s'ensuit que les conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 septembre 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a suspendu la validité de son permis de conduire pour sept mois doivent être rejetées, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions en injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera transmise pour information au préfet des Côtes-d'Armor.

Fait à Rennes, le 11 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

4

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