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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407377

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407377

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLE DANTEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 27 décembre 2024, Mme E B, représentée par Me Le Dantec, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 4 novembre 2024 du recteur de l'académie de Rennes refusant l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 12 septembre 2024 et décidant que les arrêts et soins qui lui ont été prescrits sont à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, d'adopter une décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident du 12 septembre 2024 et de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service depuis le 13 septembre 2024, dans un délai de 15 jours courant à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'État à lui verser une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite : d'une part, en congé maladie ordinaire, elle passera à demi-traitement à compter du 13 décembre 2024 et son traitement mensuel passera à 900 euros environ, soit 2 350 euros au total pour le couple, alors que leurs dépenses obligatoires se montent à 1 191 euros par mois, sans compter le loyer pour le stage Erasmus de leur fils d'un montant de 853,76 euros jusqu'au 17 janvier 2025 et les dépenses alimentaires et d'essence d'environ 540 euros par mois ; la bourse Erasmus d'un montant total de 1 540 euros perçue par leur fils n'est pas de nature à remettre en cause l'atteinte portée aux ressources et charges du foyer en raison du passage à demi-traitement de la requérante ; d'autre part, elle souffre aujourd'hui de nombreux troubles et la gravité de son état psychique nécessite un suivi par un psychiatre ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- l'agression verbale qu'elle a subie le 12 septembre 2024, sur le temps et le lieu du service, et dont il est résulté un choc émotionnel post-traumatique, constitue un accident de service ;

- la décision contestée est entachée d'erreur de droit car l'agent comptable, qui l'a agressée n'est pas son supérieur hiérarchique ; au surplus, l'entretien surprise qui lui avait été réservé par l'agent comptable n'était ni adapté, ni " normal " dans un cadre professionnel ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation car elle a ressenti un grand choc émotionnel suite aux propos de l'agent comptable qu'elle a perçus comme une agression verbale ; la soudaineté et la violence de l'attitude de l'agent comptable, l'effet de surprise ménagé, excèdent le comportement normal attendu dans les relations de travail ; en ce prononçant ainsi le recteur a inexactement qualifié les faits ; l'échange de mails versé au dossier confirme sa version des faits et le fait qu'elle était bien attendue le jeudi 12 septembre au matin par M. C, lequel avait prévu de lui faire part des reproches sur son travail ;

- cet accident a eu des répercussions très graves sur son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie dans la mesure où les pièces communiquées sont insuffisantes pour apprécier de manière objective si les revenus que perçoit le foyer de Mme B ne lui permettent pas de couvrir ses besoins essentiels ;

- en ce qui concerne la condition du doute sérieux, M. A, signataire de la décision querellée, était compétent pour le faire ;

- il ne ressort pas des attestations jointes à la requête, rédigées par des agents du collège Jules Ferry qui n'ont pas été témoins de l'échange entre Mme B et M. C, que ce celui-ci aurait eu un comportement ou des propos excessifs envers la requérante ;

- en tant qu'agent comptable du lycée de Kerneuzec, ce dernier était fondé, bien que n'étant pas le supérieur hiérarchique de Mme B, à demander à cette dernière si elle avait corrigé les erreurs de saisie signalées par lui et si elle était informée des modalités de validation préalables des chèques avant transmission à l'agence comptable ;

- enfin, la circonstance que l'événement ait eu des effets sur la requérante, quels qu'ils soient, ne peut suffire, en elle-même, à regarder l'échange verbal du 12 septembre 2024 comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service.

Vu :

- la requête au fond n° 2407327, enregistrée le 11 décembre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 décembre 2024 :

- le rapport de M. Descombes,

- les observations de Me Le Dantec, représentant Mme B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur l'urgence qui résulte de la baisse de revenus subie ; elle soutient que le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée résulte de l'imputabilité au service de son choc émotionnel, qui résulte de la réaction disproportionnée de l'agent comptable ;

- et les observations de M. D, représentant le recteur de l'académie de Rennes, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, fait valoir que la condition d'urgence est loin d'être évidente au regard des pièces produites au dossier, en l'absence de copie des relevés de compte ; que s'agissant du doute sérieux, il n'y a pas de témoignage direct sur l'altercation invoquée, alors que M. C en tant que chef comptable était en droit de contrôler et de faire des remarques à la requérante, laquelle ne conteste pas les reproches qui lui ont été faits.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

3. Pour demander la suspension de l'exécution de la décision du 4 novembre 2024 du recteur de l'académie de Rennes refusant l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 12 septembre 2024 et décidant que les arrêts et soins prescrits sont à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire, Mme B soutient, d'une part, que cette décision est entachée

d'incompétence et, d'autre part, qu'en se prononçant en ce sens, le représentant de l'Académie a tout à la fois commis une erreur de droit, inexactement qualifié les faits et commis une erreur manifeste d'appréciation.

4. Toutefois, en l'état de l'instruction, aucun de ces moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 4 novembre 2024. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, Mme B n'est pas fondée à demander la suspension de son exécution.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B et à la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au recteur de l'académie de Rennes.

Fait à Rennes, le 8 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne à la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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