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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407509

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407509

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantJEANMOUGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 24 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Jeanmougin demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 13 décembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 13 décembre 2024 ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Office de l'immigration et de l'intégration de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le versement à Me Jeanmougin d'une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est dépourvue de motivation en droit et est insuffisamment motivée en fait ;

- l'entretien de vulnérabilité a été réalisé en langue arabe, sans l'aide d'un interprète en méconnaissance de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par suite il n'est pas établi qu'il a été destinataire des informations prévues à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend et il n'a pas pu apporter d'explication sur sa vulnérabilité ni se défendre contre l'accusation de fraude motivant la décision attaquée ;

- cette décision est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; la fraude n'est pas au nombre des motifs permettant de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et ne peut motiver, sur le fondement de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un refus de versement de l'allocation pour demandeur d'asile que si sont établies des manœuvres frauduleuses pour l'obtention des conditions matérielles d'accueil ; les dispositions de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaissent l'article 20 de la directive n° 2013/33/ UE du 26 juin 2013 ; il conteste avoir altéré volontairement ses empreintes digitales ; la matérialité de cette altération et son caractère frauduleux ne sont pas établis ; il s'est rendu à chaque fois aux convocations de prise d'empreintes digitales ; étant sans ressources et hébergé chez un tiers, il est dans une situation de vulnérabilité devant lui permettre de bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le directeur général de l'Office de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/ UE du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Albouy a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant soudanais né en 2005, est entré en France le 25 octobre 2024. Sa demande d'asile a été enregistrée le 13 décembre 2024 et le même jour, après une évaluation de sa vulnérabilité, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé, par la décision attaquée, les conditions matérielles d'accueil prévues aux articles L. 551-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. Il y a lieu, en raison de l'urgence, d'admettre M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. "

4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

5. Aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. "

6. Alors qu'il est constant que M. A ne parle pas et ne comprend pas le français, la fiche d'évaluation de sa vulnérabilité indique que l'entretien a été réalisé en langue arabe sans l'aide d'un interprète. Si aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit que cet entretien doit être mené dans une langue que l'étranger comprend et si, par suite, le respect des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constitue pas une condition de sa régularité, cet entretien ne peut avoir un caractère effectif que si l'étranger et l'agent le menant se comprennent suffisamment. Or aucune pièce du dossier n'établit que l'entretien du 13 décembre 2024 a été mené par un auditeur parlant couramment l'arabe. Par ailleurs, cette fiche d'évaluation permet également à l'étranger de certifier qu'il a été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil, informations qui doivent lui avoir été communiquées dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il l'a comprend et qui, par suite, doivent lui avoir été délivrées, en application de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avec l'assistance d'un interprète remplissant les conditions prévues par les dispositions de cet article, lorsque, comme en l'espèce, l'étranger ne parle pas le français et ne sait pas le lire. Dès lors, il n'est pas établi que M. A a été informé, conformément aux prévisions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des conditions et des modalités selon lesquelles le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé ou retiré ni même qu'il aurait bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité présentant un caractère effectif. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à obtenir, seulement pour ce motif, son annulation.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée pour un motif de légalité externe, implique uniquement que l'OFII réexamine la situation de M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de réexaminer la situation de M. A au regard des dispositions régissant les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. A sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 13 décembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et l'intégration a refusé à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de M. A au regard des dispositions régissant les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLe greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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