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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407516

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407516

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 et 24 décembre 2024, M. C B A, représenté par Me Le Strat demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 13 décembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui indiquer un lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, et d'assortir la somme à lui verser des intérêts au taux légal ou, à titre subsidiaire d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de trois jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État, le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ; rien ne permet de penser que la situation de vulnérabilité a été prise en compte ; cette évaluation constitue une garantie dont il a été privé, ce qui constitue un vice de procédure ;

- cette décision méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; il présente un dermite atrophique causée par l'emploi de maçon qu'il a occupé en Lybie et qui est à l'origine de l'altération de ses empreintes digitales ; il est dans une situation de vulnérabilité en raison de son état de santé et de son isolement ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le directeur général de l'Office de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/ UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Le Strat, représentant M. B A, absent.

La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né en 1993, est entré en France le 25 octobre 2024 et a déposé une demande d'asile, laquelle a été enregistrée le 13 décembre 2024. Le même jour, après une évaluation de sa vulnérabilité, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé, par la décision attaquée, les conditions matérielles d'accueil prévues aux articles L. 551-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. Il y a lieu, en raison de l'urgence, d'admettre M. B A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. "

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; 3° Il présente un demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

5. Aux termes de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile est refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon les modalités définies à l'article D. 551-17 : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; / 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 ; / 3° En cas de fraude. "

6. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. "

7. La décision attaquée vise l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, les conditions matérielles d'accueil lui sont refusées au motif qu'il " a tenté d'obtenir frauduleusement les conditions matérielles d'accueil ". Une telle motivation qui ne permet pas à sa lecture d'identifier les faits qui ont pu être regardés par l'OFII comme constitutifs d'une fraude et qui ne comporte pas davantage de renvoi à un document remis à son destinataire dans lequel ces faits seraient décrits, ne lui permet pas de connaître les motifs de fait du refus qui lui est opposé. Au surplus, le visa de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le 3° est une transposition au sein de ce code du principe général du droit, notamment de l'Union européenne, d'interdiction de la fraude et de l'abus de droit, ne motive en droit que le refus du bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et non celui de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil. Par suite M. B A est fondé à soutenir que la décision attaquée du 13 décembre 2024 est insuffisamment motivée et pour ce seul motif à en obtenir l'annulation.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée pour un motif de légalité externe, implique uniquement que l'OFII réexamine la situation de M. B A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder au réexamen de la demande de bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. B A dans un délai de quinze jours.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit à la demande présentée par M. B A sur le fondement l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 13 décembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à M. B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la demande de M. B A dans un délai de quinze jours.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLe greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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