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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407588

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407588

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407588
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine suspendant le permis de conduire de M. B pour onze mois. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas démontré que son activité professionnelle de gestionnaire de biens immobiliers nécessitait absolument la détention de son permis, ni qu'aucune solution alternative n'était envisageable. En outre, la gravité de l'infraction (conduite sous un taux d'alcoolémie très élevé) a été considérée comme répondant à des exigences de sécurité routière, faisant primer l'intérêt public sur la situation individuelle. La requête a été rejetée sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Josseaume, demande au juge des référés de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision référencée 3F du 19 novembre 2024 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de onze mois.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la détention de son titre de conduite est nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle ; il exerce une activité de gestionnaire de biens immobiliers, ce qui implique des déplacements permanents, qu'il ne peut effectuer avec un autre mode de transport ; recourir à un chauffeur engendrerait des coûts disproportionnés ; le caractère suspensif d'un recours est une condition de son caractère effectif ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ; aucune urgence ne justifie le non-respect de cette procédure ; l'infraction reprochée est isolée ;

* elle est entachée de disproportion et méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ;

* elle méconnaît les dispositions de son article R. 224-6 ; il satisfait les conditions pour que son véhicule soit équipé d'un éthylotest anti-démarrage.

Vu :

- la requête au fond n° 2407457, enregistrée le 16 décembre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté en litige, M. B soutient que la détention de son titre de conduite est nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle, qu'il exerce une activité de gestionnaire de biens immobiliers, ce qui implique des déplacements permanents qu'il ne peut effectuer avec un autre mode de transport, que recourir à un chauffeur engendrerait des coûts disproportionnés, outre que le caractère suspensif d'un recours est une condition de son caractère effectif.

4. Au soutien de son recours, M. B ne produit qu'une attestation du maire d'une commune sur le territoire de laquelle il possède plusieurs biens immobiliers et où il œuvre à la remise en valeur de logements vacants, ce qui ne saurait établir que la détention de son titre de conduite est absolument indispensable à l'exercice de son activité professionnelle, sur laquelle il ne donne aucune précision étayée et circonstanciée, et qu'aucune solution temporaire d'organisation ne pourrait être mise en œuvre. L'intéressé n'établit par ailleurs pas, ni même n'allègue sérieusement, que son emploi serait menacé ou que la pérennité de son activité professionnelle serait remise en cause.

5. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a été contrôlé sur le territoire de la commune de Montauban de Bretagne, le 17 novembre 2024 à 1 h00 et que les vérifications auxquelles il a été procédé ont révélé qu'il conduisait sous l'empire d'un état alcoolique, avec un taux d'1,08 mg/l, soit plus de quatre fois le taux maximal autorisé. L'infraction commise révèle ainsi que l'intéressé a un comportement dangereux en tant qu'automobiliste.

6. Eu égard à la gravité de l'infraction au code de la route commise par M. B, la suspension de son permis de conduire, pour une durée de onze mois, doit ainsi être regardée comme répondant à des exigences de protection et de sécurité routières, dont il appartient au juge des référés de tenir compte pour apprécier objectivement et globalement si la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées est satisfaite.

7. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 6, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite. Il s'ensuit que les conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 novembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a suspendu la validité de son permis de conduire pour onze mois doivent être rejetées, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera transmise pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 26 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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