lundi 13 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2407669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les arrêtés du 17 décembre 2024 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert vers les Pays-Bas et l'assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'autoriser à solliciter l'asile en France et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile sous procédure normale dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de transfert est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 puisqu'il n'est pas établi qu'un entretien individuel respectant les exigences de cet article a été mené ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision l'assignant à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Le Bonniec, premier conseiller, en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Bonniec,
- les observations de Me Louis, substituant Me Le Strat, représentant M. A, assisté d'un interprète en langue anglaise, qui reprend ses écritures, en insistant sur le moyen du défaut d'examen en raison de sa vulnérabilité au plan psychologique, et soulève un nouveau moyen à l'audience, tiré de ce que l'arrêté violerait le 2° de l'article 13 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, en ce que l'Italie serait l'État compétent pour sa demande d'asile et non pas les Pays-Bas ;
- les observations de M. B représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine qui confirme les écritures du préfet, réfute le défaut d'examen ainsi que le nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article 13-2° précité, les autorités néerlandaises ayant accepté après examen leur responsabilité en matière d'instruction de demande d'asile de M. A, alors que celui-ci fournit pour la première fois à l'audience une copie du recto d'une carte d'identité italienne dont l'authenticité n'a pas pu être établie en l'absence de transmission à la préfecture.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de nationalité nigériane, né en 1986, entré en France le 30 octobre 2024, a sollicité l'asile en France auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 19 novembre 2024. À l'occasion de la consultation du fichier EURODAC, les autorités françaises ont constaté qu'ils avaient déjà sollicité l'asile aux Pays-Bas. Après accord des autorités néerlandaises, le préfet d'Ille-et-Vilaine, par deux arrêtés du 17 décembre 2024 dont M. A demande l'annulation, a décidé son transfert aux autorités néerlandaises et l'assigné à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de transfert aux autorités néerlandaises :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris les décisions attaquées. Il y est ainsi précisé que l'intéressé a déposé une demande d'asile dans un État membre de l'Union européenne et que sa demande doit être examinée selon la procédure du Règlement Dublin et que ce sont les autorités néerlandaises qui sont responsables de l'examen de sa demande d'asile. Il y est également indiqué qu'il déclare avoir des problèmes de santé sans en justifier, qu'il aurait déposé une demande d'asile dans d'autres pays, qu'il déclare être célibataire et père de trois enfants non présents sur le territoire. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-4 du même code : " Les informations attestant une situation particulière de vulnérabilité sont transmises, après accord du demandeur d'asile, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'évaluation de la vulnérabilité par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne préjuge ni de l'appréciation par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de la vulnérabilité du demandeur en application de l'article L. 531-10 ni du bien-fondé de la demande. ".
5. L'arrêté litigieux énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi à l'obligation de motivation. Le requérant soutient, d'une part, que le préfet n'a pas tenu compte des informations médicales contenues dans le formulaire de consultation de prévention du médecin de l'OFII établi le 25 novembre 2024, préconisant une prise en charge psychologique rapide, aucun texte ne prévoit la transmission à l'autorité préfectorale de ces informations relevant du secret médical, ni du compte-rendu de l'entretien conduit par l'OFII, dont la finalité est de déterminer les besoins du demandeur d'asile en matière d'accueil. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que si M. A a, lors de l'entretien individuel organisé en préfecture le 19 novembre 2024, indiqué qu'il souffrait de problèmes de santé, il n'a fait état d'aucune circonstance particulière caractérisant une vulnérabilité. Si dans le cadre de l'instance, M. A apporte de nouveaux éléments sur sa santé, ceux-ci ne sont pas de nature à faire obstacle à son transfert dès lors qu'il n'est aucunement allégué, ni établi qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement adapté aux Pays-Bas. En outre, M. A fait valoir être titulaire d'un récépissé de demande d'asile italien en cours de validité. Toutefois, il ressort de la décision attaquée que le requérant a soutenu lors de son entretien en préfecture avoir sollicité l'asile auprès de plusieurs pays européens tels que les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Italie, sans en apporter la preuve. Si M. A fournit dans le cadre de la présente instance un document officiel italien, d'une qualité de reproduction rendant difficile sa lecture, dont il soutient qu'il constitue un récépissé valide de demande d'asile en Italie, cette circonstance à la supposer établie n'est pas de nature à entacher d'un défaut d'examen la décision attaquée, dès lors qu'il a déclaré lui-même avoir demandé l'asile dans au moins trois pays européens, et qu'il n'a pas indiqué dans le cadre de son entretien qu'une demande d'asile était en cours en Italie et qu'il était titulaire d'un droit au maintien sur le territoire de cet État. Enfin, si M. A soutient avoir un fils né en 2019 aux Pays-Bas, qui vivrait avec sa mère en Italie, il ne l'établit pas, pas plus qu'il n'établit avoir des relations avec lui. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas procédé à un examen complet de sa situation au vu des éléments dont il avait connaissance.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable () ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune () / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () / Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement. ". Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné () ".
7. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre, le 19 novembre 2024 jour du dépôt de sa demande d'asile auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, la brochure A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " ainsi que la brochure B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue anglaise, qu'il a déclaré comprendre et lire. Ces documents comportent l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 de ce règlement et M. A en a ainsi été destinataire, en temps utile pour lui permettre de faire valoir des observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
10. S'il ne résulte ni des dispositions citées au point précédent ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié le 19 novembre 2024, d'un entretien individuel en langue anglaise comprise par lui, en présence d'un interprète. Cet entretien a été mené par un agent de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui est identifié sur le résumé qui en a été établi, par ses initiales " HL " et une signature apposée près du cachet de la préfecture. Au terme de cet entretien, le requérant a reconnu avoir été informé que sa demande d'asile était traitée conformément au règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et avoir compris la procédure engagée à son encontre. Au regard des mentions figurant sur ce résumé, le préfet d'Ille-et-Vilaine établit que cet entretien a été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions dans lesquelles il a été mené n'en auraient pas garanti la confidentialité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. () ". Aux termes de l'article 7 du même règlement : " () 2. La détermination de l'Etat membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un Etat membre. () ". Aux termes de l'article 13 du même règlement : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n°603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. /2. Lorsqu'un État membre ne peut pas, ou ne peut plus, être tenu pour responsable conformément au paragraphe 1 du présent article et qu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, que le demandeur qui est entré irrégulièrement sur le territoire des États membres ou dont les circonstances de l'entrée sur ce territoire ne peuvent être établies a séjourné dans un État membre pendant une période continue d'au moins cinq mois avant d'introduire sa demande de protection internationale, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale./ Si le demandeur a séjourné dans plusieurs États membres pendant des périodes d'au moins cinq mois, l'État membre du dernier séjour est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. ". Aux termes de l'article 18 du même règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre; / () ".
13. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que les critères prévus à l'article 13 du règlement ne sont susceptibles de s'appliquer que lorsque le ressortissant d'un pays tiers présente une demande d'asile pour la première fois depuis son entrée sur le territoire de l'un ou l'autre des Etats membres et qu'en particulier, les dispositions de cet article ne s'appliquent pas lorsque le ressortissant d'un pays tiers présente, fût-ce pour la première fois, une demande d'asile dans un Etat membre après avoir déposé une demande d'asile dans un autre Etat membre, que cette dernière ait été rejetée ou soit encore en cours d'instruction.
14. Si M. A conteste, de manière confuse, son transfert aux autorités néerlandaises alors qu'il disposerait d'une famille en Italie, en l'espèce un enfant et la mère de celui-ci, sans établir entretenir le moindre lien avec eux, et verse, dans le cadre de l'instance, un récépissé italien de demande d'asile, d'une qualité de reproduction médiocre, ainsi que, pour la première fois à l'audience, une reproduction du recto d'une carte d'identité italienne, et allègue, sans l'assortir du moindre élément de preuve, avoir séjourné plus de cinq mois en Italie, de sorte que celle-ci serait désormais le nouvel État responsable de l'instruction de sa demande d'asile, il ressort toutefois des pièces du dossier que les recherches effectuées le 19 novembre 2024 sur le fichier européen EURODAC à partir du relevé décadactylaire du requérant ont permis de constater que les empreintes de l'intéressé sont identiques à celles relevées le 25 novembre 2016 par les autorités italiennes sous le numéro IT 1-SA01SUY, le 27 août 2018 par les autorités allemandes sous le numéro DE 1-180828XXX00344, en en dernier lieu le 11 mars 2019 par les autorités néerlandaises sous le numéro NL 1-2870246393-20190311T103815. En application de l'article 18 du règlement précité, dès lors que rien ne permet pas d'établir, en l'état du dossier, que les autorités néerlandaises se seraient opposées postérieurement à sa demande d'asile alors qu'elles ont accepté de la reprendre en charge, ni que sa demande d'asile ne serait pas enregistrée, puis examinée, les Pays-Bas demeurent, par principe, l'Etat responsable de l'examen de sa demande de protection internationale, ainsi d'ailleurs que l'ont reconnu ces autorités en donnant leur accord d'une manière explicite le 10 décembre 2024 à la reprise en charge de l'intéressé en application de l'article 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaitrait le 2° de l'article 13 du règlement précité.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. () ".
16. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
17. Si M. A se prévaut de son état de santé, étant atteint de troubles psychiques pour lesquels une prise en charge rapide est recommandée par la médecine de prévention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ne démontre pas l'incompatibilité entre son état de santé et un transfert aux Pays-Bas, ainsi qu'il a été dit au point 5, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il ne pourrait y être soigné. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est âgé de 38 ans, n'est présent en France que depuis le 30 octobre 2024, qu'il se déclare marié et père de trois enfants, dont deux vivraient au Nigéria et un en Italie, sans apporter d'élément de nature à étayer ses allégations ni démontrer l'intensité de leurs liens. Dès lors qu'il ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France, il ne démontre pas que la décision de transfert à destination des Pays-Bas, porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors même qu'il n'a aucun lien aux Pays-Bas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.
19. En se bornant à soutenir que l'Etat membre dans lequel la personne étrangère formule une demande d'asile, en l'espèce la France, n'est pas lié par les informations disponibles dans le fichier EURODAC, M. A n'apporte pas d'élément probant de nature à renverser la présomption précitée et à établir l'existence de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile aux Pays-Bas qui constitueraient des motifs sérieux de croire qu'à la date de la décision attaquée, sa demande d'asile ne serait pas traitée par les autorités néerlandaises dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas tenu de mettre en œuvre les dispositions du point 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du parlement et du conseil du 26 juin 2013 et ainsi n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant de transférer M. A à destination des autorités néerlandaises.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté de transfert du 17 décembre 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés préfectoraux contestés, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent dès lors être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
signé
J. Le Bonniec La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2407669
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026